LOGINSes paroles le calmèrent un peu.
Sa respiration resta irrégulière quelques secondes encore, comme si son corps refusait d’obéir. Maëlys ne bougea pas. Ses mains étaient toujours posées sur ses épaules. Elle sentait la tension sous ses doigts, les muscles tendus, prêts à fuir ou à attaquer. Petit à petit, il reprit contenance. Il se redressa. Recule d’un pas. Comme si le simple fait qu’elle l’ait vu dans cet état était déjà une faiblesse de trop. — Je vais bien. Sa voix était plus basse, plus rauque. — Non. Elle ne haussa pas le ton. Elle constatait. Il passa une main sur son visage, essuya ses lèvres d’un geste rapide, puis ajusta sa chemise comme si tout pouvait redevenir normal par la simple force de sa volonté. Mais rien n’était normal. Les photos étaient toujours au sol. Le téléphone affichait encore les messages. L’air dans la pièce semblait plus lourd. Il finit par se baisser et ramassa les clichés un à un. Cette fois, il les regarda vraiment. Ses doigts ralentirent. Son regard se figea. Maëlys observa son expression changer presque imperceptiblement. Ce n’était plus seulement du choc. C’était de la reconnaissance. — Vous savez qui c’est. Il ne répondit pas. Elle s’approcha légèrement. — Eden. Le son de son prénom le traversa. Il fixa une photo plus longtemps que les autres. On distinguait un mur en béton fissuré, une bande jaune peinte au sol, un numéro de place effacé à moitié. Un parking souterrain banal pour n’importe qui. Mais pas pour lui. Il connaissait cet endroit. Il inspira profondément. — Ce n’est pas ton problème. — Ça l’est devenu au moment où quelqu’un m’a envoyé ma photo dans cette chambre. Silence. Il releva brusquement la tête. — Montre-moi. Elle lui tendit son téléphone. Il fit défiler les messages. Numéro inconnu. Aucune signature. Juste des phrases courtes. “On te voit.” “Tu ne peux pas effacer le passé.” Et cette photo d’elle, prise quelques minutes plus tôt. Elle entra dans la chambre. En pyjama. Angle légèrement surélevé. Pas depuis le couloir. Le téléphone vibra encore. Un nouveau message s’afficha. “Tu crois vraiment que le dossier Warner est ton vrai problème ?” Le regard d’Eden se durcit. Ce n’était pas une coïncidence. Ce n’était pas un admirateur obsessionnel. Quelqu’un savait exactement où frapper. Et ce quelqu’un se servait d’elle. Il posa le téléphone sur la table. — Rentre dans ta chambre. Verrouille la porte. N’ouvre à personne. — Non. Il la fixa, surpris par la fermeté de sa réponse. — Ce n’est pas une demande. — Et ce n’est pas logique. Si quelqu’un a pris cette photo, ça veut dire que je suis déjà impliquée. Elle soutint son regard sans détourner les yeux. — Vous ne pouvez pas me mettre de côté maintenant. Il resta silencieux quelques secondes. Puis il hocha très légèrement la tête. — Très bien. Ils s’assirent à la table basse. Les photos étalées devant eux. L’enveloppe ouverte. Le téléphone au centre. La climatisation soufflait doucement. Tout semblait paisible. Trop paisible. — L’enveloppe était déjà ouverte, murmura Maëlys. Donc la personne savait qu’on la trouverait rapidement. — Elle voulait être sûre que je regarde. — Ou que je regarde moi. Il ne répondit pas. Il analysait. Toujours analyser. Son regard parcourut la pièce plus lentement cette fois. Les murs. Les cadres. La télévision. Le détecteur de fumée au plafond. Il se leva. — Ne bouge pas. Il tira une chaise, monta dessus et observa le petit appareil circulaire fixé au plafond. Il resta immobile quelques secondes. Puis son expression changea. — Recule. Elle obéit immédiatement. Il dévissa le détecteur d’un geste sec. Un petit composant noir tomba à l’intérieur de sa paume. Un micro. Maëlys sentit un frisson glacé lui parcourir le dos. — Depuis combien de temps… ? — Suffisamment. Il descendit lentement de la chaise, le regard fixé sur l’objet. On les écoutait. On les observait. Ce n’était pas une menace improvisée. C’était préparé. Le téléphone vibra encore. Cette fois, le message était accompagné d’une image. Maëlys le lut à voix basse. — “Chambre 814. On continue ?” Son estomac se noua. — Ils savent exactement où on est. Eden serra le micro entre ses doigts. — Ils veulent me faire réagir. — Vous les connaissez. Ce n’était plus une question. Il détourna légèrement le regard. — Dix ans, murmura-t-il. — Dix ans quoi ? Il resta silencieux un moment. Puis le téléphone vibra une dernière fois. Une nouvelle photo apparut. Plus ancienne. Un groupe d’adolescents. Un parking souterrain. Des visages flous. Mais au centre, parfaitement identifiable. Eden. Plus jeune. Souriant. Insouciant. Maëlys leva les yeux vers lui. Il n’était plus pâle. Il était figé. — Les souvenirs remontent toujours, lut-elle à haute voix. Le silence qui suivit était plus lourd que tout le reste. Il posa lentement les photos sur la table. — Tu aurais dû rester loin de moi. Elle secoua légèrement la tête. — Vous auriez dû me faire confiance plus tôt. Leurs regards se croisèrent. Ce n’était plus une relation hiérarchique. Ce n’était même plus seulement professionnel. Ils étaient désormais liés par quelque chose de dangereux. Et au fond d’elle, malgré la peur, Maëlys comprit une chose. Ce n’était pas le dossier Warner qui était fissuré. C’était le passé d’Eden. Et quelqu’un venait de l’ouvrir de force. Le silence retomba dans la chambre. Plus personne ne parlait. Le téléphone était posé face contre table. Les photos empilées. Le micro brisé au milieu, comme une preuve qu’ils n’étaient plus seuls depuis longtemps. Eden finit par s’asseoir sur le canapé. Puis il se laissa glisser contre le dossier, la tête basculée vers l’arrière, les yeux fixés au plafond. Il ne clignait presque pas. Maëlys le regarda quelques secondes. Puis son regard se posa sur le sol. La trace. Elle inspira discrètement. Sans rien dire, elle alla chercher des serviettes dans la salle de bain. De l’eau. Un peu de savon liquide. Elle s’agenouilla et commença à nettoyer. Le geste était simple. Répétitif. Presque apaisant. Elle frottait doucement, concentrée, comme si remettre le sol propre pouvait aussi remettre la situation en ordre. Derrière elle, aucun bruit. Pas un mouvement. — Vous devriez vous allonger correctement, murmura-t-elle sans se retourner. Il ne répondit pas. Elle continua. Elle se posait mille questions. Qui était le jeune homme sur les photos ? Pourquoi Eden avait-il réagi comme si on venait de rouvrir une plaie jamais cicatrisée ? Dix ans… qu’est-ce qui s’était passé dix ans plus tôt ? Est ce que c’était lié à la raison pour laquelle il l’avait posé un lapin ? Était-ce un accident ? Une erreur ? Une trahison ? Pourquoi quelqu’un attendrait dix ans pour revenir ? Et surtout… pourquoi maintenant ? Elle essuya une dernière fois le sol. La tache avait disparu. Elle se releva lentement. Eden était toujours allongé, les yeux ouverts. Mais son regard n’était pas vraiment là. — Vous comptez m’expliquer un jour ? demanda-t-elle doucement. Un silence. Puis, presque inaudible : — Pas ce soir. Elle hocha la tête. Elle n’insista pas. Elle ramassa les serviettes, les jeta dans la salle de bain, éteignit la lumière principale pour ne laisser qu’une lampe tamisée près du canapé. L’ambiance changea immédiatement. Plus douce. Plus fragile. Elle s’arrêta près de la porte. — Je reste ici ce soir. Comme prévu. Il tourna légèrement la tête vers elle. — Je dormirai sur le canapé. — Vous n’êtes pas en état de faire des négociations, répondit-elle calmement. Un léger souffle lui échappa. Pas un rire. Presque. Elle contourna le canapé et récupéra discrètement un coussin supplémentaire qu’elle posa près de lui. — Essayez de dormir. Il ne protesta pas. Elle éteignit la lumière principale pour ne laisser qu’une lampe tamisée près du canapé. L’atmosphère devint plus douce, presque irréelle après tout ce qui venait de se passer. Maëlys se dirigea vers le lit. Elle s’assit quelques secondes au bord du matelas, observant sa silhouette allongée. Toujours les yeux ouverts. Toujours fixé au plafond. — Si ça recommence, vous me réveillez, murmura-t-elle. — Ça ne recommencera pas. Elle savait que c’était faux. Mais elle ne le contredit pas. Elle s’allongea finalement sous les draps, tournée vers le plafond elle aussi. Le silence entre eux n’était plus inconfortable. Il était chargé. Dans la pénombre, elle entendait sa respiration encore irrégulière. Elle ferma les yeux. Les images défilaient dans sa tête. Le micro. Les photos. Le parking. Son sourire d’il y a dix ans. Qui était-il avant tout ça ? Et qu’avait-il fait ? Le sommeil mit du temps à venir. Sur le canapé, Eden ne bougea presque pas. Dans la chambre 814, la lumière resta allumée une grande partie de la nuit. Et le passé, lui, ne dormait toujours pas.Maelys était assise dans le petit café où elle avait l’habitude de retrouver Claire. L’air était doux, le soleil du matin se reflétait sur les vitres, mais à l’intérieur, elle sentait son cœur battre trop fort. Elle jouait nerveusement avec sa cuillère, regardant le café fumer devant elle, incapable de trouver les mots exacts.— Maelys, ça va ? demanda Claire en posant sa main sur la sienne. Tes yeux disent autre chose que ton sourire.Maelys soupira profondément et secoua la tête.— Je… Je sais pas comment gérer tout ça, Claire. Eden… tout ce qu’il fait, la façon dont il est, tout ce qu’il a dit et pas dit… je… je sais pas comment je dois réagir.— Respirons, dit Claire en souriant doucement. Commence par me dire exactement ce que tu ressens, pas ce que tu penses qu’il veut que tu ressentes.— C’est compliqué, murmura Maelys. Il y a… il y a ce truc avec lui… depuis la dernière fois, depuis qu’on a commencé à travailler ensemble. Je sais qu’il y a une barrière entre nous, mais je le v
Quelques mois s’étaient écoulés depuis le retour au bureau après l’hôpital. Le quotidien s’était réinstallé, ponctué de réunions, de présentations et de projets à gérer. Pourtant, pour Eden, chaque jour apportait un rappel subtil de Maelys. Il la voyait à travers les documents qu’elle traitait avec rapidité et précision, les dossiers qu’elle organisait et sa manière d’anticiper chaque problème avant même qu’il ne survienne. C’était fascinant. Il avait l’impression de découvrir une personne complète, ingénieuse, capable de presque tout gérer, et pourtant parfois vulnérable, distraite ou maladroite. Cette dualité le captivait.Il s’asseyait parfois à distance, juste pour l’observer. Ce n’était pas de la curiosité malsaine, ni de la fascination superficielle : il voulait la connaître, vraiment. Comprendre ce qui la motivait, comment elle réfléchissait, pourquoi elle choisissait telle solution plutôt qu’une autre. Il se surprenait à détailler son sourire, son ton quand elle expliquait que
Quelques mois s’étaient écoulés depuis le retour au bureau après l’hôpital. Le quotidien s’était réinstallé, ponctué de réunions, de présentations et de projets à gérer. Pourtant, pour Eden, chaque jour apportait un rappel subtil de Maelys. Il la voyait à travers les documents qu’elle traitait avec rapidité et précision, les dossiers qu’elle organisait et sa manière d’anticiper chaque problème avant même qu’il ne survienne. C’était fascinant. Il avait l’impression de découvrir une personne complète, ingénieuse, capable de presque tout gérer, et pourtant parfois vulnérable, distraite ou maladroite. Cette dualité le captivait.Il s’asseyait parfois à distance, juste pour l’observer. Ce n’était pas de la curiosité malsaine, ni de la fascination superficielle : il voulait la connaître, vraiment. Comprendre ce qui la motivait, comment elle réfléchissait, pourquoi elle choisissait telle solution plutôt qu’une autre. Il se surprenait à détailler son sourire, son ton quand elle expliquait que
La porte se referma derrière Maelys, et un silence léger s’installa dans la pièce. Eden resta immobile, les yeux fixés sur le vide, le cœur encore battant plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Il sentait encore la chaleur de ses mains sur les siennes, l’odeur de sa peau, l’écho de son rire, et tout cela le laissait complètement dérouté.Ralph et Ash s’échangèrent un regard complice, puis Ash brisa le silence en s’asseyant sur l’accoudoir du canapé.— Eh bien… dit-il avec un sourire taquin, ça fait longtemps qu’on ne t’avait pas vu comme ça.Eden leva les yeux, un peu irrité, mais sans répondre. Il laissait ses pensées flotter, comme s’il se trouvait sur un petit nuage. Chaque moment avec Maelys avait réveillé quelque chose en lui, quelque chose de doux, de fragile, et pourtant inexplicablement puissant. Il ne savait pas exactement ce que c’était, mais il savait qu’il voulait la connaître encore plus, découvrir tout ce qui fait d’elle ce qu’elle est. Elle était brillante, incroyablement i
Eden se réveilla avec un mal de tête carabiné, le genre qui te fait regretter d’avoir trop bu… ou d’avoir trop pensé. Lentement, les souvenirs de la veille lui revinrent en fragments : le baiser, le délire, la façon dont Lys avait été là, attentive… Il se redressa, massant sa tempe.« Eden… t’as vraiment fait quoi… » murmura-t-il, la voix rauque et encore un peu ivre de fatigue. Il consulta sa montre : déjà 8 h passées. Trop tard pour le bureau. Trop tôt pour faire face au reste.Une sonnerie à la porte le fit sursauter. Avant qu’il n’ait le temps de se lever correctement, Ash et Ralph entrèrent sans attendre, les mains pleines de dossiers et un sourire malicieux collé aux lèvres.— Mec… t’es pas encore prêt ? lança Ash, un ton moitié exaspéré moitié taquin. On devait commencer à bosser y a un moment.Ralph leva les yeux, détaillant Eden de haut en bas : chemise froissée et déboutonnée, pantalon froissé, cheveux en bataille.— Eh ben… tu t’es réveillé dans un bar ou quoi ? ajouta Ralp
Le bureau était presque entièrement plongé dans le noir lorsque Maelys quitta enfin son propre espace de travail. Les couloirs étaient silencieux, vides depuis longtemps.Elle passa devant la porte du bureau d’Eden et remarqua encore de la lumière sous celle-ci.Elle fronça légèrement les sourcils.— Sérieusement…Elle frappa doucement.Aucune réponse.Elle poussa la porte.Eden était là, debout près de la grande baie vitrée, un verre à la main. Une bouteille ouverte reposait sur son bureau. Sa chemise était complètement déboutonnée, les manches retroussées de façon désordonnée, et sa cravate pendait encore autour de son cou comme s’il avait abandonné l’idée de l’enlever.Il se retourna lentement.— Lys… ? dit-il avec un léger retard.Sa voix avait quelque chose d’étrangement doux… presque enfantin.Elle soupira en voyant l’état dans lequel il était.— Eden… tu as bu ?Il leva vaguement son verre.— Peut-être un peu.— Un peu ? répéta-t-elle en croisant les bras.Il esquissa un sourir







