Mag-log inLa réconciliation est passionnée, comme toujours entre nous, comme si chaque dispute était le prélude à une étreinte plus intense encore que les précédentes, comme si la colère et la frustration accumulées pendant nos affrontements verbaux ne pouvaient trouver d'exutoire que dans cette fusion des corps qui efface tout, qui répare tout, qui nous rappelle à chaque fois pourquoi nous nous battons, pourquoi nous nous accrochons l'un à l'autre malgré toutes les difficultés, malgré tous les obstacles, malgré tous ceux qui voudraient nous voir séparés et qui ne comprennent pas que notre amour se nourrit de ces épreuves, qu'il en sort plus fort, plus solide, plus indestructible à chaque fois.Quand nous nous sépa
Le silence qui suit mes mots est tellement dense, tellement épais, tellement palpable que j'ai l'impression de pouvoir le toucher, de pouvoir le saisir à pleines mains pour le déchirer comme on déchire un voile trop lourd qui empêche de respirer et de voir clair.Il me regarde, et dans ses yeux gris je vois passer une succession d'émotions si rapide que je n'ai pas le temps de toutes les identifier, mais je reconnais la surprise, l'incompréhension, la colère naissante, et puis quelque chose d'autre, quelque chose de plus profond, de plus ancien, de plus douloureux qui ressemble à s'y méprendre à de la peur, cette peur primale que tous les êtres vivants ressentent quand ils prennent conscience qu'ils sont sur le point de perdre ce qu'ils ont de plus précieux au monde.
MiaIl veut tout contrôler, absolument tout, comme si j'étais incapable de la moindre décision par moi-même, comme si les vingt-cinq années que j'ai passées sur cette terre avant de le rencontrer ne comptaient pour rien, comme si mon existence entière se résumait à cette parenthèse ouverte le jour où nos regards se sont croisés dans la pénombre du manoir et qui menace maintenant de se refermer sur moi comme un piège doré dont je ne pourrai plus jamais m'échapper parce que j'aurai trop peur de perdre tout ce que j'ai gagné en acceptant de devenir sienne.Le pire, c'est que je sais qu'il ne fait pas exprès, qu'il ne se rend même pas compte de ce qu'il est en train de faire, que cette manie de tout décider, de tout o
Il disparaît dans l'arrière-boutique et revient quelques instants plus tard porteur d'un écrin plus grand que les autres, recouvert de velours bleu nuit qui semble absorber la lumière plutôt que la refléter, comme si ce qu'il contient était si précieux qu'il fallait le protéger même des regards indiscrets que les pierres précieuses attirent naturellement comme le miel attire les abeilles.Quand il l'ouvre, je retiens mon souffle, et c'est un phénomène si rare pour une créature qui n'a pas techniquement besoin de respirer que j'en suis moi-même surpris, comme si mon corps se souvenait soudainement de ce que c'était qu'être humain, vulnérable, capable d'être ému par la simple vision d'un objet inanimé qui ne devrait être qu'un morceau de métal et de carbone cristallisé d&e
DorianLa bijouterie Van Cleef & Arpels occupe tout un étage d'un immeuble haussmannien dont la façade de pierre blanche semble avoir été sculptée par des anges atteints de folie douce, et chaque fois que j'en franchis le seuil monumental gardé par des portes de bronze massif qui pèsent plus lourd que la conscience de mes péchés accumulés, je ressens cette même impression étrange de pénétrer dans un sanctuaire où les dieux anciens auraient choisi de fondre leurs larmes pour en faire des joyaux destinés à orner les poitrines et les doigts des mortels assez fortunés ou assez fous pour croire que la beauté peut s'acheter avec de l'or et des promesses.Aujourd'hui, pourtant, cette impression familière est teint&
Madame Rosenthal s'éclaircit la gorge avec une discrétion toute professionnelle, nous rappelant que nous ne sommes pas seuls, que le monde continue de tourner autour de nous malgré notre conviction intime d'en être devenus le centre névralgique, et je recule à contrecœur, les doigts encore frémissants du contact de sa peau tiède contre la mienne, les lèvres encore humides de ce baiser avorté qui n'attend qu'un moment de solitude pour éclore enfin dans toute sa splendeur sauvage et désespérée.— Reste, dit Mia soudainement, et sa voix est ferme, décidée, celle d'une future dame du manoir qui apprend chaque jour un peu plus à commander plutôt qu'à obéir, à prendre plutôt qu'à recevoir, à exiger plutôt qu'à espérer
MiaIl jure entre ses dents.— Quoi ?Je demande.— Rien. Concentre-toi. Il arrive.L'Ombreux a disparu.Un instant il était là, l'instant d'après il n'est plus qu'une ombre parmi les ombres, une tache noire qui file vers nous à une vitesse terrifiante.— MAINTENANT !Crie Dorian.Je n'ai pas le te
MiaLa journée passe ainsi. Puis une autre. Puis une autre encore.Dorian m'apprend le calme, la respiration, le toucher des fils. Il m'apprend à bloquer un coup, à esquiver, à tomber sans me faire mal. Il m'apprend à reconnaître les plantes, à lire les traces, à écouter le silence.Et chaque nuit,
MiaNous marchons toute la nuit.Ou ce qui ressemble à la nuit. Ici, le temps n'a pas de vrai sens. Parfois le ciel s'assombrit, parfois il s'éclaircit sans raison. Dorian guide, lisant des signes que je ne vois pas dans la pierre, la mousse, la direction du vent.Vers l'aube - si c'est l'aube - no
MiaIl fait un signe. Ses hommes se déploient, commencent à nous encercler.Je sens mon corps réagir avant même que ma pensée ait le temps de se former. Une chaleur dans mes paumes. Une tension dans l'air autour de moi. Comme si quelque chose en moi s'éveillait, reconnaissait le danger, se préparai







