로그인Elle marque une pause. Ses yeux se perdent dans les motifs fanés de la soie murale, comme si elle y cherchait une image disparue depuis longtemps.— Quand j'avais vingt ans, j'étais une jeune fille romantique. Je lisais en cachette des romans que mon père réprouvait, je jouais du piano des heures durant, je rêvais d'une vie qui ne serait pas tracée d'avance. Et puis je suis tombée amoureuse. Violemment. Absolument. Comme on tombe malade.— De qui ? je demande, bien que je devine déjà la réponse.— D'un garçon que mon père jugeait indigne de moi. Un peintre. Sans fortune, sans famille, sans avenir. Un artiste bohème qui vivait dans une mansarde à Montmartre, qui vendait ses toiles sur la place du Tertre pour payer son loyer, qui portait des vêtements troués et des chaussures éculées.Elle sourit en évoquant ces détails, un sourire d'une tristesse infinie.— Il s'appelait Étienne. Étienne Moreau. Il était drôle, passionné, incroyablement vivant. Il avait des yeux noirs qui brillaient qu
ClaraC'est un dimanche soir, trois semaines avant le mariage. Nous dînons pour la deuxième fois chez les parents d'Alexandre, dans la maison grise de Versailles, celle qui m'avait tant intimidée la première fois. Aujourd'hui, pourtant, quelque chose a changé. Pas dans la maison elle-même, qui reste austère et silencieuse, mais dans l'atmosphère. La mère, Béatrice, m'accueille avec une chaleur inattendue. Elle pose sa main sur mon bras quand je franchis le seuil, me sourit, un vrai sourire, qui plisse le coin de ses yeux.Le père, Charles, a préparé lui-même le gigot. Il nous l'annonce avec une fierté enfantine, un torchon sur l'épaule, les joues rougies par la chaleur du four.— Une première en quarante ans de mariage, nous glisse-t-il avec un clin d'œil. Béatrice a failli s'évanouir quand elle m'a vu enfiler un tablier.— Je ne me suis pas évanouie, rectifie-t-elle. J'ai simplement vérifié que nous avions le numéro des pompiers.Nous rions. Nous rions tous les quatre, et ce rire par
La mère d'Alexandre nous reçoit dans le grand salon. Elle est grande, mince, vêtue d'un tailleur Chanel vert bouteille qui doit dater des années 1990 mais qui reste impeccable. Ses cheveux grisonnants sont relevés en chignon strict. Son visage est beau, lisse, dépourvu d'expression.— Clara, dit-elle en me tendant une main glacée. Alexandre nous a beaucoup parlé de vous.— En bien, j'espère.— Il nous a surtout très peu parlé de vous. Le peu est toujours bon signe.Je souris poliment. Déjà, je sens le piège. Cette femme ne lâchera rien, ne donnera rien, ne montrera rien. Elle est un bloc de marbre poli, froid, indéchiffrable.Le père d'Alexandre apparaît quelques minutes plus tard. Il ressemble &agrav
Ce soir-là, nous faisons l'amour sur le canapé, entourés de mes dossiers éparpillés et de ses magazines parfaitement empilés. C'est une trêve, une célébration, une manière de dire que malgré tout, nous sommes bien ensemble.Un matin, quelques semaines plus tard, une scène qui restera gravée dans ma mémoire.Je suis dans la cuisine, à peine réveillée, les cheveux en bataille, une vieille culotte en coton et un T-shirt de lui qui m'arrive à mi-cuisse. Je prépare le café dans un demi-sommeil, la lumière du matin traverse la verrière, le monde est calme et silencieux.Soudain, deux mains se posent sur mes hanches. Je sursaute légèrement, puis je reconnais son odeur, sa chaleur, sa présence.&m
Je lui souris, je l'embrasse. Sa confiance est un carburant plus puissant que tous les encouragements du monde.J'accepte le poste chez Constellation. La signature du contrat est un moment étrange, à la fois exaltant et mélancolique. Je renonce à mon indépendance, à ma liberté, à ce petit bureau où j'ai tant bossé, tant douté, tant grandi. Mais je gagne autre chose. Une reconnaissance, une équipe, une ambition nouvelle.Alexandre, lui, continue de développer notre agence commune. Elle porte nos deux noms désormais, Delaunay & Morel. Il a embauché trois collaborateurs, investi dans des locaux plus grands, décroché des contrats prestigieux. Le soir, nous rentrons chacun de notre côté, nous nous racontons nos journées, nous nous soutenons, nous nous conseillons.
Il me prend la main, m'entraîne hors de l'appartement, dans la rue, dans le métro. Il refuse de répondre à mes questions, sourit mystérieusement, serre mes doigts dans les siens.Nous descendons à la station Abbesses, marchons dans les ruelles de Montmartre, nous arrêtons devant un immeuble ancien aux pierres blondes.— Où on va ?, je demande.— Chez nous.— On est déjà chez nous.— Pas encore. Pas complètement.Il sort une clé de sa poche, ouvre la porte cochère, me guide dans une cour pavée, puis dans un escalier de bois. Quatrième étage. Une porte bleue. Il l'ouvre, s'efface pour me laisser entrer.L'appartement est une splendeur. Des poutres apparentes, un parque
AnaïsIl s'assoit en face de moi avec son assiette, nos pieds qui se frôlent sous la table comme au premier jour.On mange en regardant la terrasse par la fenêtre, le ciel bleu pâle, les premiers oiseaux.— Il fait beau, il dit.— On pourrait sortir.— Peut-être. Plus tard. Là, je suis bien.— Moi
ThéoMes hanches se soulèvent encore, désespérées, cherchant la chaleur humide de sa bouche qui vient de m’abandonner. Un gémissement frustré s’échappe de ma gorge quand je sens les doigts d’Anaïs effleurer l’intérieur de mes cuisses, traçant des motifs tortueux, comme si elle jouait avec moi.— Pa
Anaïs et Théo, un jeune couple enlisé dans une routine sexuelle, décident de rompre la monotonie par un jeu osé : chacun écrit un fantasme sur un papier, qu’ils s’échangent avant d’en tirer un au sort pour le réaliser immédiatement. Le hasard désigne celui de Théo, qui souhaite être entièrement sou
GABRIELUn sourire, alors, naît sur ses lèvres, un sourire léger, tremblant, qui n'est pas un sourire de joie triomphante ou d'apaisement, mais un sourire de reconnaissance profonde, de vérité brutalement partagée, comme si nous venions, tous les deux, de franchir une étape cruciale dans la compréh