Mag-log inRobert, jeune homme exemplaire prisonnier des attentes familiales, dissimule depuis toujours un secret qu'il n'ose révéler. Sa vie parfaitement orchestrée bascule le jour où il croise William, un musicien de rue rebelle et magnétiquement libre, qui chante au coin d'une rue. Malgré leurs univers diamétralement opposés l'un discipliné et conformiste, l'autre sauvage et insouciant une connexion profonde naît entre eux. Ce qui commence comme une rencontre fortuite se transforme rapidement en une attirance irrésistible. Mais leur amour émergent devra affronter de multiples épreuves : le poids écrasant des conventions familiales de Robert, sa peur de décevoir et de perdre tout ce qu'il a construit, ainsi que les blessures cachées de William qui doute de sa propre valeur. Entre authenticité et conformité, passion et raison, ces deux âmes contraires devront choisir entre la sécurité du mensonge et le courage de vivre leur vérité.
view moreDepuis sa plus tendre enfance, Robert avait appris à étouffer ses propres désirs sous le poids des espérances familiales. Chaque bulletin scolaire impeccable, chaque diplôme obtenu avec mention, chaque « oui » docile prononcé aux dîners du dimanche autant de briques ajoutées au mur qu'il avait érigé autour de son véritable moi. Il était le fils modèle, celui dont on parlait avec fierté lors des réunions de famille, celui qui ne décevait jamais. Pourtant, derrière ce masque de perfection soigneusement entretenu, vibrait un secret brûlant qu'il gardait enfoui au plus profond de son être, comme une flamme qu'il ne pouvait ni alimenter ni éteindre complètement.
Robert s'était convaincu qu'il pourrait continuer ainsi indéfiniment, naviguer toute sa vie dans cette zone grise entre authenticité et conformité. Jusqu'à ce jour d'automne où le destin en décida autrement. C'était un après-midi banal le ciel gris menaçait la pluie, les passants pressaient le pas. Et soudain, au détour d'une rue pavée du centre-ville, il l'entendit. Une voix rauque et envoûtante qui déchirait l'air ambiant comme un cri de liberté. William. Assis nonchalamment sur un muret écaillé, sa guitare cabossée reposant contre ses genoux déchirés, il chantait avec une intensité qui semblait défier le monde entier. Ses doigts couraient sur les cordes avec une aisance désordonnée, ses yeux fermés, complètement absorbé par sa musique. Il incarnait tout ce que Robert n'était pas sauvage, libre, magnifiquement indifférent au regard des autres. Leurs regards se croisèrent lorsque William rouvrit les yeux. Une fraction de seconde qui sembla suspendre le temps. Robert aurait dû détourner les yeux, continuer son chemin, rentrer dans sa vie bien ordonnée. Mais quelque chose en lui refusa de bouger. Les jours suivants les ramenèrent l'un vers l'autre comme aimantés par une force invisible. Une conversation hésitante se transforma en rendez-vous improvisés dans des cafés enfumés. Le rebelle insouciant et l'étudiant exemplaire un contraste si frappant que leurs amis respectifs n'y auraient jamais cru. Pourtant, dans cet espace entre eux, quelque chose de magique se tissait. William faisait rire Robert d'un rire qu'il ne se connaissait pas, profond et libérateur. Robert, de son côté, offrait à William une écoute attentive que personne ne lui avait jamais accordée, voyant au-delà du masque de rébellion la vulnérabilité qu'il cachait. Et puis vint cette étincelle. Inattendue, fulgurante, terrifiante. Un frôlement de mains au-dessus d'une table de bistrot. Un silence chargé d'électricité après une blague partagée. Un regard qui s'attardait une seconde de trop. L'amour ne leur demanda pas la permission il s'imposa, sauvage et incontrôlable, balayant toutes leurs défenses. Mais l'euphorie de cette découverte portait en elle son propre poison. Leur amour naissant, aussi intense fût-il, devrait affronter des obstacles que ni l'un ni l'autre n'avait anticipés. Les attentes familiales de Robert se dressaient comme une muraille infranchissable. La peur de décevoir, de tout perdre, de voir s'effondrer l'édifice de sa vie soigneusement construite. Et William, malgré son apparente insouciance, traînait ses propres blessures, ses propres doutes sur sa capacité à être aimé, à rester. Entre passion et raison, liberté et devoir, vérité et mensonge, leur histoire commençait à peine fragile, tumultueuse, et pourtant irrésistiblement vivante.Tout ce qu'on a oséDix ans.Robert les compta un matin de mai sans l'avoir décidé il faisait du café, regardait la lumière entrer par les fenêtres sud, et réalisa soudain que c'était mai, et que mai voulait dire dix ans depuis la première fois qu'il avait entendu William jouer dans une rue.Il resta un moment avec cette pensée.Dix ans ne ressemblaient pas à ce qu'il aurait imaginé. Ils ne pesaient pas. Ils n'avaient pas cette texture de durée qu'on attribue aux longues périodes au contraire, ils semblaient compacts, denses, pleins de chaque journée qui les composait sans en écraser aucune.Il prit les deux tasses. Alla dans la chambre.---William dormait encore.Il dormait toujours sur le côté gauche, le bras passé sur le côté de Robert même quand Robert n'était plus là une habitude du corps qui cherchait sans se réveiller. Les cheveux légèrement plus longs qu'avant, quelques fils gris aux tempes qu'il ne re
Léa Mia était concentrée sur la guitare, la langue légèrement sortie un tic de concentration qu'elle tenait de William qui le tenait lui-même de quelque part sans l'avoir jamais remarqué. Ses petits doigts cherchaient les cordes.Elle joua quatre notes.Justes.Leva les yeux vers Robert avec une expression qui n'avait pas besoin d'être traduite.« C'est parfait, » dit-il.« Je sais. » Elle reposa la guitare sur ses genoux. « Pa dit que je suis douée. »« Pa a raison. »William croisa le regard de Robert par-dessus la tête de Léa Mia.Il y avait dans ses yeux quelque chose que Robert connaissait par cœur maintenant cette façon d'être complètement là, complètement présent, sans chercher à être ailleurs.La même chose que ce soir sur la place Saint-Sulpice.Juste plus.---Plus tard, après le dîner, après que Léa Mia eut négocié puis finalement accepté l'heure du coucher avec la
Ce que les années font Léa Mia eut trois ans en mars. Ils organisèrent une fête simple l'appartement décoré de guirlandes jaunes que William avait choisies avec une logique évidente, un gâteau au chocolat que Robert avait fait lui-même en suivant la recette de sa mère avec une concentration qui avait amusé tout le monde, les deux familles réunies dans le salon de la rue Beaurepaire avec ce bruit particulier des fêtes d'enfants qui déborde légèrement de ce qu'on avait prévu. Léa Mia avait soufflé ses bougies avec une détermination totale une seule tentative, les joues gonflées, les trois flammes mortes d'un coup. Puis elle avait regardé les adultes applaudir avec l'expression de quelqu'un qui trouve la réaction des grands légèrement disproportionnée mais l'accepte avec grâce. Elle parlait maintenant. Vraiment parlait des phrases, des questions, des opinions sur tout. Sur la couleur de ses chaussures. Sur la façon dont Willia
Ce qu'on gardeLéa Mia revint un jeudi.Puis le jeudi suivant.Puis elle resta le weekend.Puis le weekend suivant elle ne repartit pas.Ce ne fut pas annoncé comme un grand moment Madame Forestier avait prévenu que ça se passerait souvent ainsi, progressivement, une nuit puis deux puis une semaine, jusqu'à ce que l'appartement devienne le repère naturel et que la question du retour ne se pose plus vraiment. Les enfants de cet âge s'adaptent par le corps avant de comprendre par la tête. Laissez les habitudes s'installer. La routine est votre meilleur allié.Robert avait retenu ça. La routine.Il avait toujours été quelqu'un de routine le café à la même heure, le bureau rangé avant de travailler, les habitudes comme armature invisible d'une journée. Ce qu'il n'avait pas anticipé c'était comme une petite personne de vingt-deux mois pouvait s'insérer dans ces habitudes et les transformer sans les briser. Les enrichir, plutô
William embrassa Robert lentement, profondément, tandis que ses mains exploraient le creux de sa clavicule, la courbe de ses côtes, le galbe de ses hanches.Robert se cambra sous ses caresses, ses propres mains traçant les muscles du dos de William, la ligne de sa colonne vertébrale, la
Le séminaire de l'après-midi fut une torture. Robert était physiquement présent mais mentalement à des kilomètres de là. Le bout de papier avec l'adresse du bar brûlait dans sa poche comme un charbon ardent. Il ne cessait d'y porter la main, vérifiant qu'il était toujours là, comme s'il risquait de
Leurs épaules se touchaient sous le parapluie. Robert était hyperconscient de ce contact, de la chaleur du corps de William si proche du sien, de l'odeur de cuir mouillé et de tabac qui émanait de lui.« Tu veux aller quelque part au sec ? » proposa William. « Y'a un café juste là. Ils f
Le cours de droit constitutionnel n'en finissait pas. Robert fixait l'horloge murale comme si la force de son regard pouvait accélérer le temps. Onze heures trente. Encore une demi-heure avant qu'il puisse s'échapper. Il n'avait presque pas touché à son petit-déjeuner ce matin, incapable d'avaler
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