MasukClaraRome, en juin. La lumière est différente ici, plus dorée, plus douce, comme si le soleil lui-même voulait nous envelopper de sa clémence.Je suis debout devant la fenêtre ouverte de notre chambre d'hôtel. Les volets sont repliés, les rideaux de lin blanc gonflent doucement sous la brise. En contrebas, les ruines du Colisée se dressent dans la lumière du soir, majestueuses, éternelles. Des hirondelles tournoient autour des arcades antiques, leurs cris se mêlent à la rumeur lointaine de la ville. Je respire l'air chaud, chargé de senteurs de pierre chauffée, de jasmin et de quelque chose de plus ancien, de plus profond.Alexandre est derrière moi depuis quelques secondes. Je ne l'ai pas entendu approcher, mais je sens sa présence, sa chaleur, son regard sur ma nuque. Ses mains se posent sur mes épaules, ses pouces massent do
ClaraLe cabinet du thérapeute est clair, sobre, presque impersonnel. Un bureau en bois clair, deux fauteuils confortables, une bibliothèque remplie de livres aux titres sérieux. Et lui, le docteur Morel, un homme d'une cinquantaine d'années, calme, attentif, qui nous regarde par-dessus ses lunettes avec une expression à la fois neutre et bienveillante.— Pourquoi êtes-vous ici ? demande-t-il.Alexandre et moi échangeons un regard. Nous sommes assis côte à côte, mais nous n'osons pas nous toucher. Pas ici. Pas encore.— Parce qu'on n'arrive plus à se parler, dit Alexandre. Ou plutôt, on se parle, mais on ne se comprend pas.— Ou on se comprend, mais trop tard, j'ajoute. Après les crises. Après les
AlexandreJe sais tout. Depuis le début. Ou presque.Sophie, mon ancienne assistante, est devenue amie avec Maxime. Je ne sais pas comment c'est arrivé, probablement un de ces mystères de la vie de bureau, mais ils déjeunent ensemble, ils se confient, ils se racontent leurs vies. Et Sophie m'a appelé.— Alexandre, il faut que je te parle.— À quel sujet ?— Clara. Et Maxime.Mon sang se glace. Ma main serre le téléphone à m'en blanchir les jointures.— Quoi, Clara et Maxime ?— Maxime m'a dit... il m'a dit qu'il l'avait embrassée. L'autre soir. Dans son bureau.
ClaraMaxime est devenu un ami.Je ne sais pas exactement quand c'est arrivé. Peut-être le jour où j'ai refusé son offre et qu'il m'a dit je comprends avec ce sourire triste mais sincère. Peut-être les semaines qui ont suivi, quand il m'a envoyé des messages pour prendre de mes nouvelles, pour me féliciter de mes premiers contrats, pour me donner des conseils. Peut-être les déjeuners qu'on a commencé à prendre ensemble, de temps en temps, pour parler travail, stratégie, ambition.Il est drôle. Il est intelligent. Il est attentif. Il ne me drague pas, ne me fait pas de déclarations, ne me parle plus de ses sentiments. Il est juste... là. Présent. Amical.J'en
ClaraLes premiers mois sont durs. Vraiment durs.Je travaille depuis mon appartement, sur une table de cuisine qui me sert de bureau. Mon seul équipement : un ordinateur portable, un téléphone, une imprimante qui tombe en panne une fois par semaine. Mes premiers clients sont difficiles à trouver, difficiles à convaincre, difficiles à garder.Je démarche des entreprises qui ne me répondent pas. Je propose des projets qui sont refusés. Je facture des prestations qui sont payées en retard. Je doute. Tous les jours. Toutes les heures. Toutes les minutes.— Je n'y arriverai jamais, je dis à Alexandre un soir.Il est assis en face de moi, dans mon petit appartement qui est devenu notre petit a
ClaraJe n'arrive pas à dormir.Il est trois heures du matin, Alexandre dort à côté de moi, son souffle régulier, son visage apaisé, son bras qui repose encore sur ma taille comme s'il voulait me retenir même dans son sommeil. Je le regarde. La lumière de la lune filtre à travers les rideaux, dessine des ombres sur son visage, sur son torse nu, sur ses mains.Maxime m'a fait une proposition. Une vraie proposition professionnelle. Un poste de consultante senior dans sa future startup, un salaire intéressant, des missions variées, une liberté totale. Et Alexandre, mon Alexandre si jaloux, si possessif, si tourmenté, m'a dit oui. Fais-le. Apprends. Grandis. Et le soir, rentre à la maison.Je n'arrive pas à y croire.Est-ce que c'est un test
ChloéCe n’est pas un reproche. C’est une louange rauque, admirative. Une constatation triomphante.— C’est… c’est toi, j’arrive à haleter. Tu as fait ça.Un grognement sourd lui échappe. Sa main, enfin, se déplace vers le centre de ma chair, là où la chaleur est la plus intense, l’humidité la plus
ChloéLe silence n’est qu’une illusion. Il est plein du bourdonnement sourd de mon sang dans mes oreilles, du martèlement lent de mon cœur qui refuse de se calmer, du souffle rauque de Gabriel contre mon cou. Sa chaleur est partout, un fourneau vivant contre lequel je suis plaquée, nos peuls collée
ChloéLe jour se lève, impitoyable.La première bande de lumière franche tranche l’obscurité, coupant notre bulle en deux. Elle trace une ligne dorée et poussiéreuse sur le parquet, remonte le long du drap en lambeaux tombé au sol, effleure nos pieds entrelacés. Je ferme les yeux, essayant de reten
Gabriel Je suis sur le seuil du bar , les doigts crispés sur le montant de la porte, et je la vois.Chloé.Elle glisse entre les tables, un plateau alchimiste équilibre sur la paume d’une main. Elle porte le uniforme du lieu , un chemisier noir, serré, une jupe courte qui souligne la longueur de s