LOGINDevant une telle situation pour une personne médiatisée, rien de mieux qu’une conférence de presse pour tout expliquer et gagner la sympathie du public. C’est ainsi qu’elle devra mentir devant les caméras. Son mari la manipule en direct mais personne ne voit cela.
La salle était une fournaise. Des projecteurs braqués sur l’estrade, des caméras qui clignotaient comme des yeux de prédateurs, des micros tendus comme des mâchoires prêtes à mordre. Laetitia sentait la sueur perler à sa nuque, couler le long de sa colonne vertébrale, tremper le tissu de sa robe bleu marine qu’elle avait choisie ce matin-là en pensant qu’elle ferait sobre et professionnelle. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait la proie, pas la présentatrice. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait sur le grill, offerte en pâture à des dizaines de journalistes assoiffés de scandale. Mathias Delacroix lui prit la main. Sa paume était chaude, sèche, parfaitement maîtrisée. Pas une goutte de sueur. Pas un tremblement. Ses doigts s’enroulèrent autour des siens avec une fermeté qui n’était pas une caresse, mais une prise de contrôle. Elle comprit qu’il ne tenait pas sa main par tendresse. Il la tenait pour l’empêcher de fuir. Pour l’ancrer à lui, à son mensonge, à cette comédie qu’ils jouaient devant le monde entier. — Souriez, murmura-t-il à son oreille, si bas que seul elle put l’entendre. Et laissez-moi parler. Si vous ouvrez la bouche, vous vous enfoncez. Il s’avança vers le pupitre, la tirant doucement avec lui. Les flashs crépitèrent comme des milliers d’éclairs. Les journalistes se turent. Un silence de cathédrale s’abattit sur la salle, un silence lourd, chargé d’attente et de jugement. Laetitia sentit son cœur battre si fort qu’elle croyait que tout le monde l’entendait. Elle s’efforça de respirer calmement, de ne pas laisser transparaître la panique qui la submergeait. Mathias Delacroix n’avait pas besoin de micro pour être entendu. Sa voix portait, grave, posée, celle d’un homme habitué à ce qu’on l’écoute et à ce qu’on lui obéisse. Il y avait dans son timbre une autorité naturelle, une certitude qui désarmait les plus sceptiques. Il était chez lui, sur cette estrade, sous les projecteurs. Il était fait pour ça. Elle, elle était faite pour l’ombre, pour l’invisibilité, pour les coulisses. Et pourtant, elle était là, en pleine lumière, exposée à tous les regards. — Mesdames, messieurs, commença-t-il en balayant la salle du regard. Je suis ici pour clarifier une rumeur qui circule depuis ce matin. Une rumeur malveillante, lancée par des personnes jalouses de notre bonheur. Je le sais bien que, je ne suis pas un saint mais, c’est cruel ce que ma famille et moi subissons actuellement. Il marqua une pause. Les journalistes retenaient leur souffle. Laetitia sentit sa main se crisper dans la sienne. Il parlait de leur bonheur comme s’il était réel, comme si les nuits qu’ils passaient dans des chambres séparées, les dîners qu’ils prenaient en silence, les regards qu’ils échangeaient sans se toucher, tout cela n’existait pas. Il construisait un château de mensonges et elle était la pierre angulaire. — La photo de ma femme avec un ancien ami, prise à la gare la veille de notre mariage, n’est qu’un malentendu. Un simple quiproquo amplifié par des esprits mal intentionnés. Il se tourna vers elle, un sourire aux lèvres, un sourire qui ne touchait pas ses yeux gris. Ses yeux, à cet instant, étaient deux lames d’acier. Elle dut se forcer à ne pas baisser le regard. Elle dut se forcer à sourire, à hocher la tête, à jouer le rôle de l’épouse aimante et confiante. Ses joues la brûlaient. Ses doigts tremblaient dans la main de Mathias. — Ma femme se rendait à la gare pour accueillir sa tante, qui devait assister à la cérémonie. Ce jeune homme, Thomas, est un ami d’enfance. Rien de plus. Il était là par coïncidence. La photo a été prise hors contexte, comme cela arrive si souvent à l’ère des réseaux sociaux. Un journaliste leva la main, un homme d’âge moyen avec des lunettes épaisses et un regard de fouine. Il avait l’air de celui qui ne lâche jamais un os, qui gratte jusqu’à ce qu’il trouve une veine. — Monsieur Delacroix, pourquoi votre femme portait-elle sa robe de mariée à la gare ? Laetitia sentit son cœur s’arrêter. Elle avait oublié ce détail. La robe. La robe blanche qu’elle avait essayée chez la couturière, qu’elle avait gardée sur elle parce qu’elle n’avait pas eu le temps de la changer avant de fuir, avant que Mathias ne la rattrape, avant qu’elle ne soit ramenée de force devant l’autel. La robe qui était devenue le symbole de sa prison. Elle serra la main de Mathias, trop fort, si fort qu’elle sentit ses ongles s’enfoncer dans sa paume. Il ne broncha pas. Il ne cilla pas. Il avait une réponse pour tout. Il avait préparé cette conférence comme il préparait une négociation, comme on prépare une bataille. — Ma femme venait d’essayer sa robe chez la couturière. Elle était ravie du résultat, comme toute future mariée, et elle souhaitait la montrer à sa tante avant la cérémonie. C’est simple. C’est humain. C’est la vérité. Un autre journaliste, une femme blonde au sourire carnassier, se leva sans attendre la permission. Elle avait l’air de connaître Mathias, de l’avoir déjà croisé dans d’autres conférences, d’autres scandales. Elle ne lui pardonnerait pas de lui avoir échappé. — Et pourquoi cet « ami d’enfance » a-t-il posté une photo d’eux en vacances sur I*******m avec un commentaire si… ambigu ? Il disait qu’elle était « sa première grande amoureuse ». Cela ressemble plus à un message de dépit qu’à une simple nostalgie. Mathias ne cilla pas. Il était un maître dans l’art de la réponse sans faille. — Parce qu’il est nostalgique. Nous sommes tous nostalgiques, mademoiselle. Les souvenirs d’enfance nous rattrapent parfois, et on les partage maladroitement. Thomas est un homme sensible, un peu romantique, qui n’a pas mesuré l’impact de son geste. Il ne lui en veut pas. Nous ne lui en voulons pas. De plus on a tous un passé par conséquent, pourquoi celui de la femme fait il tant scandale ? Cet homme n’est pas là donc, il n’y à pas eu infidélité. Laetitia regarda Mathias parler, fascinée et horrifiée. Il mentait avec une aisance déconcertante. Chaque mot était calibré, chaque geste pesé. Il était un acteur, un manipulateur, un artiste du mensonge. Et elle était son accessoire, son joli accessoire qui devait sourire et hocher la tête comme une poupée mécanique. Elle se demanda s’il avait toujours été comme ça, ou si la vie l’avait transformé en ce prédateur aux yeux d’acier. — Ma femme et moi sommes heureux, poursuivit-il en se tournant vers elle, la main toujours dans la sienne. Nous avons un contrat clair — il marqua une pause, laissant le mot flotter — un engagement mutuel, une vie commune, et aucun secret. Si vous voulez des preuves de notre bonheur, nous vous inviterons à dîner chez nous demain soir. Vous verrez l’amour dans nos yeux. Vous verrez que ces rumeurs ne sont que des fumées sans feu. Il se tourna vers elle, la regarda intensément. Ses yeux gris plongèrent dans les siens avec une force qui la cloua sur place. Il lui prit le menton, doucement, pour la forcer à le regarder. Un geste intime, presque tendre, si elle n’avait pas su qu’il n’était que théâtral. — N’est-ce pas, chérie ? Toujours aussi belle même quand tu es stressée. La question tomba comme un couperet. Le silence s’épaissit. Laetitia ouvrit la bouche, et elle sentit les mots de Thomas résonner dans sa tête : « Tu es en danger. Il est dangereux. » Elle pensa à sa maison, à ses parents, au chèque qu’elle avait signé. Elle pensa à son père, le regard vide, à sa mère, les mains tremblantes. Elle ne pouvait pas tout faire exploser. Pas maintenant. Pas devant les caméras. Alors elle sourit. Un sourire qu’elle espérait sincère, qu’elle sentait faux comme un billet contrefait. Un sourire qui lui déchirait les joues. — Bien sûr, chéri. Nous sommes heureux. Très heureux. Et j’espère que cela durera. En tout cas, elle espère que cela durera six mois et pas une seconde de plus. Un autre divorce rapide d’hommes riches c’est plus courants que le fait de devenir milliardaire. Les flashs crépitèrent comme une salve d’honneur. Mathias l’embrassa sur la joue. Un baiser froid, public, professionnel. Un baiser qui scellait leur mensonge. Un baiser qui faisait d’elle sa complice, sa prisonnière, sa femme. Les journalistes applaudirent, certains avec enthousiasme, d’autres avec la satisfaction d’avoir obtenu leur scoop. Laetitia entendit leurs voix comme un bruit de fond, lointain, irréel. Elle était ailleurs, dans une bulle de verre où les sons arrivaient étouffés, où les lumières dansaient comme des spectres. La conférence était finie. Dans la voiture, dès que la portière fut refermée, Laetitia lâcha la main de Mathias comme si elle avait touché du feu. Elle se recroquevilla contre la vitre, les bras croisés, le regard fixé sur la ville qui défilait. — Vous êtes un manipulateur, dit-elle, la voix tremblante de colère et de larmes retenues. Il s’installa confortablement sur la banquette en cuir, ajusta sa cravate, et croisa les bras. Il ne semblait pas offensé. Au contraire, il avait presque l’air amusé, comme s’il s’attendait à cette réaction, comme s’il la provoquait délibérément. — Je suis un homme d’affaires, corrigea-t-il. Il y a une différence. — Laquelle ? demanda-t-elle, les dents serrées, les doigts enfoncés dans ses propres bras pour ne pas le frapper. Il la regarda, un sourire en coin, un sourire qui lui donna envie de hurler. — Les hommes d’affaires gagnent. Les manipulateurs perdent, un jour ou l’autre. Moi, je ne perds jamais. — Vous avez menti devant toute la presse. Vous avez fait de moi une menteuse. Vous avez fait croire à tout le monde que nous étions heureux alors que nous sommes deux étrangers qui jouent la comédie. Vous m’avez forcée à sourire, à hocher la tête, à dire que j’étais heureuse alors que je suis prisonnière. Prisonnière de vous, prisonnière de ce contrat, prisonnière de vos mensonges. Elle sentit les larmes monter, brûlantes. Elle les ravala avec peine, mais sa voix se brisa sur les derniers mots. Elle ne voulait pas pleurer devant lui. Elle ne voulait pas lui donner cette satisfaction. Il se pencha vers elle, soudain sérieux, soudain proche. Si proche qu’elle sentit son parfum, un mélange de bois et de cuir, et la chaleur de son corps. Ses yeux gris plongèrent dans les siens, et elle y vit quelque chose qui ressemblait à de la fatigue, à de l’usure. — Vous vouliez sauver votre famille, Laetitia. Vous avez signé pour ça. J’ai signé pour sauver mon entreprise. Nous avons signé pour gagner. Alors oui, j’ai menti. Mais vous avez menti aussi, là-haut, devant les caméras. Vous avez souri, vous avez dit « bien sûr, chéri ». Alors arrêtez de faire la victime. Vous êtes complice. Elle le regarda, les mâchoires serrées. Il avait raison. Elle avait menti. Elle avait souri. Elle avait joué le jeu. Elle avait tendu l’autre joue quand il l’avait embrassée devant les photographes. Elle était complice de sa propre prison, parce qu’elle avait accepté de porter les chaînes pour sauver sa famille. Mais elle ne pouvait pas lui donner raison, pas maintenant, pas alors qu’elle se sentait si humiliée. — Je ne suis pas complice, murmura-t-elle en détournant le regard. Je suis prisonnière. Il ne répondit pas. Il se renfonça dans son siège, ferma les yeux. Il avait l’air épuisé, soudain. Les cernes sous ses yeux, les traits tirés, la mâchoire crispée. Il n’était pas invincible. Il était juste un homme qui avait appris à cacher ses faiblesses, à les enterrer sous des couches de pouvoir et d’argent. Elle se demanda s’il avait toujours été comme ça, ou si la vie l’avait transformé en ce prédateur aux yeux d’acier. Elle se demanda s’il y avait encore un homme, quelque part sous cette carapace, ou si la carapace avait tout dévoré. Le silence s’installa entre eux, lourd, chargé de non-dits. La voiture glissait sur le bitume, les immeubles défilaient, les lumières des réverbères s’allumaient une à une comme des lucioles fatiguées. Et puis son téléphone vibra. Elle le sortit, les doigts tremblants. Le cœur lui manqua quand elle vit le nom sur l’écran. Thomas. Elle ouvrit le message, les yeux parcourant les mots qui s’affichaient en lettres noires sur fond blanc, chaque syllabe la frappant comme un coup de poing. « Tu as bien menti. Mais j’ai des preuves qu’il te trompe avec son ex. Viens ce soir. Dernière chance. Je t’attends au café Le Havane à 20h. Ne dis rien à personne. » Elle resta figée, le téléphone à la main, le regard fixé sur l’écran qui s’assombrissait lentement. Les mots dansaient devant ses yeux. Preuves. Tromperie. Ex. Dernière chance. Mathias ouvrit un œil, la regarda. Il avait ce don de savoir quand quelque chose n’allait pas, ce sixième sens des prédateurs qui sentent le danger avant qu’il ne frappe. — Quelqu’un d’important ? demanda-t-il, la voix neutre, trop neutre. Elle sentit son cœur s’emballer. Ses doigts se crispèrent sur le téléphone. Elle devait mentir. Elle devait faire comme lui, jouer la comédie, sourire et dire que tout allait bien. — Rien, mentit-elle en rangeant le téléphone dans sa poche. Rien du tout. Il ne la crut pas. Elle le vit dans son regard, dans ce pli imperceptible de ses lèvres, dans la façon dont son corps se tendit légèrement. Mais il ne dit rien. Il se contenta de refermer les yeux, comme s’il acceptait le mensonge, comme s’il le tolérait parce qu’il savait qu’il la rattraperait de toute façon. La voiture s’arrêta devant le penthouse. Le chauffeur ouvrit la portière. Mathias sortit, tendit la main pour l’aider à descendre. Elle hésita, puis la prit. Ses doigts étaient glacés, contrairement à tout à l’heure, quand ils étaient chauds et assurés. — Vous n’allez pas dîner avec moi ? demanda-t-elle, la voix faussement légère, presque moqueuse. — J’ai du travail, répondit-il en s’éloignant déjà. Mais je vous conseille de rester à l’intérieur. La presse pourrait rôder. ces satanés vautour ne lâcheront pas facilement l'affaire. Il rentra dans l’immeuble sans se retourner. Elle resta là, seule dans la rue froide, le téléphone brûlant dans sa poche. La nuit tombait, la ville s’illuminait, et elle était là, debout sur le trottoir, à regarder l’homme qu’elle détestait et qu’elle commençait à désirer s’éloigner dans l’ombre du hall. Thomas. Les preuves. La tromperie. Et cette question qui tournait dans sa tête comme un bourdon, insistante, lancinante : qu’allait-elle découvrir ce soir si elle osait se rendre à ce rendez-vous ? Elle serra le téléphone dans sa main, sentit le métal froid contre sa paume moite. Elle prit une inspiration, une longue inspiration, et suivit Mathias à l’intérieur. La porte du penthouse se referma derrière elle avec un claquement sourd, comme un couvercle de cercueil qu’on scelle. Elle était prisonnière. Prisonnière de ses mensonges, de ses choix, de ses sentiments naissants. Mais ce soir, elle avait une chance de connaître la vérité. Et elle irait. Coûte que coûte, elle irait. Si elle veut avoir de quoi se défendre, elle doit absolument y aller. Dans l’ascenseur qui montait vers le penthouse, son téléphone vibra à nouveau. Un autre message de Thomas : « J’ai tout préparé. Des photos, des enregistrements, des preuves irréfutables. Il t’a menti sur tout. Viens ce soir, Laetitia, ou tu ne sauras jamais qui il est vraiment. » Laetitia regarda le message, le cœur battant la chamade. Elle allait y aller. Elle devait y aller. Mais dans le reflet de la porte de l’ascenseur, elle vit le visage de Mathias, debout derrière elle. Il avait dû faire demi-tour. Il avait dû tout voir. « Tu vas où, ce soir, Laetitia ? » demanda-t-il, la voix glaciale. Elle sentit la sueur perler sur sa nuque. Elle était prise au piège.2h13. La pluie cognait contre les vitres du manoir. Dans le noir, deux ombres. Thomas. Élodie. — 3 minutes avant que les caméras reviennent, a chuchoté Thomas. Les mains moites. — Alors dépêche-toi, a répondu Élodie. Froide.Ils sont entrés par la porte de service. En haut, Laetitia dormait d’un sommeil agité. Depuis la dispute, elle ne dormait plus vraiment.Elle s’est réveillée avec une main sur la bouche. — Chut, c’est moi, a murmuré Thomas. Son cœur s’est brisé en mille. — Thomas... pourquoi ? — Parce que si je ne peux pas t’avoir, personne ne t’aura.Élodie a sorti un chiffon. Odeur chimique. Laetitia a lutté. En vain. Le noir.Elle s’est réveillée dans une camionnette. Poignets liés. Élodie en face, les jambes croisées. Un sourire. — Bienvenue dans le plan B, ma chérie.Ils l’ont retenue 6 heures. Dans un entrepôt. Puis les sirènes. La police. Appel anonyme de Mathias. De retour au manoir, le chaos. Élodie, en larmes, s’est jetée dans les bras de
La nuit était tombée. Lourde. Électrique. Dans un petit appartement mal éclairé, Thomas marchait de long en large. Ses poings étaient serrés. En face, Élodie sirotait du vin rouge. Calme. Dangereuse.— Tu as compris ? a-t-elle dit en posant son verre. Sa voix était douce. Trop douce. — Si tu ne peux pas l’avoir... alors personne ne l’aura.Thomas s’est arrêté net. — Tu parles de quoi ? — De Laetitia. Élodie s’est levée. Sa robe noire collait à sa peau. — Mathias l’a enfermée dans cette maison comme un trophée. Il l’humilie. Il la possède. Et toi tu restes là à l’appeler sans réponse ? Non. On la prend. On la kidnappe. On fait en sorte que Mathias perde tout. Et après... elle reviendra vers toi. Par peur. Par gratitude.Thomas a dégluti. Kidnapper. Le mot lui a brûlé la gorge. Mais l’image de Mathias au téléphone : *"Je n’aime pas partager"* lui est revenue. Il a hoché la tête. Une fois. — Ok. On fait ça.Dehors, la pluie a commencé à tomber.Laetitia vena
Appartement d’Élodie. Lumière tamisée. Bouteille de vin à moitié vide. Thomas faisait les cent pas. Les nerfs à vif. — Il m’a dit de disparaître. "Je n’aime pas partager". Élodie, assise sur le canapé, robe noire, jambes croisées. Elle souriait. — Parfait. Il a mordu. Elle s’est levée. S’est approchée de lui. — On va lui donner une raison de la garder près de lui. Et une raison de te détester. — Comment ? — Toi tu joues le mec épris, désespéré. Tu l’appelles, tu la supplie. Et moi... moi je m’occupe du reste. Elle a posé sa main sur sa poitrine. — Tu me fais confiance ? Thomas a hoché la tête. Il n’avait plus rien à perdre. Cette nuit-là, ils ont couché ensemble. Par vengeance. Par calcul. Au matin, Élodie l’a regardé et a dit, toute douce : — Thomas... je suis enceinte. De toi. Il est resté figé. Et elle a souri. Le piège venait de se refermer. Le soir même. Manoir Delacroix. Dîner. Silence. Encore. Laetitia a craqué la première. — Tu peux ar
Thomas a raccroché. Sa main tremblait. "Je n’aime pas partager." La phrase de Mathias tournait en boucle dans sa tête. Il a balancé son téléphone contre le mur. L’écran a explosé. — Salaud ! Il a donné un coup de pied dans la table. -Perdu. Encore. Comme à la fac. Comme avec sa meilleure amie. Toujours le second. Et là, le souvenir est revenu. Élodie. Au bar. Son sourire. *"C’est une opportunité, Thomas. Pour toi. Pour Laetitia."* Il a ramassé les débris du téléphone. Le cœur en feu. Si Mathias voulait jouer au propriétaire... Lui allait jouer au sauveur. Il a rappelé Élodie. — On fait comme tu as dit. La voiture s’est arrêtée devant le portail. Le manoir. Immense. Froid. Les rideaux tirés. Dès que Laetitia est descendue, les domestiques étaient là. Dans le hall. Alignés. Les regards. Ceux qui disent : *"C’est elle. La meurtrière."* Aucun "bonjour". Aucun sourire. Juste le silence. Mira est passée devant elle avec un plateau. Elle s
La voiture était silencieuse. Personne n'osait faire quoi que ce soit. respirer même était difficile à faire.Cuir noir. Odeur de parfum cher. Mathias conduisait. il avait laissé son chauffeur pour être seul avec elle dans cette voiture. Les deux mains sur le volant. Les yeux droit devant. Droit devant ? quelques instants seulement car de temps en temps il l' observait dans la voiture. il voulait savoir ce qu'elle faisait.Laetitia, côté passager, regardait par la fenêtre. Les bras croisés. le regard droit devant mais, elle observait chaque détail de son visage pour savoir si il était en colère par jalousie ou si il l'a considère juste comme une propriété.Aucun des deux ne parlait. Dehors, la ville défilait. Les embouteillages, la poussière, les klaxons. Dedans, le silence pesait 10 tonnes.Au bout de 10 minutes, Mathias a brisé le silence. — Tu as mangé ? Elle n’a pas répondu. Pourquoi cette question ? qui plus est, elle était stupide ! jusqu'à preuve du contraire el
Thomas et Laetitia. Ça datait de l’université. Quelques mois. Des rires dans les amphis, des nuits à réviser, des promesses idiotes. Une vraie histoire d’amour.Jusqu’au jour où elle a appris. Il l’avait trompée. Avec sa meilleure amie. Elle n’avait rien dit. Elle avait juste fait ses valises. Et depuis, plus rien. Silence radio.Puis elle avait fait la une des journaux. "Disparue. Présumée morte." Et lui avait compris qu’elle était vivante. Il l’avait cherchée. Suppliée. Demandé pardon. Elle l’avait repoussé. A chaque fois.Mais la prison avait tout changé. Les barreaux, les visites, les avocats. Lui était là. Tous les jours. Et à force, un mur était tombé. Si proche qu’il se voyait déjà avec elle. Un appart. Un avenir. *Sa* Laetitia.Alors quand Élodie lui avait tendu cette perche... il l’avait saisie. Une occasion de se rapprocher. De redevenir indispensable.De l’autre côté, Laetitia se préparait. Sortie dans quelques jours. Et il y a trois jours,







