INICIAR SESIÓN
Je défais la boucle. Le cuir claque, un bruit sec qui résonne contre les murs carrelés, et ce bruit me fait mouiller. Je défais le bouton. Je baisse la fermeture éclair. Dent par dent. Lente. Précaise. Je glisse ma main dans l'ouverture. Je le trouve. Chaud. Dur. Déjà trempé au bout. Je le sors. Je le regarde. Il est beau. Épais. Droit. Une veine qui court sur le côté. Le gland luisant, gonflé, violet. Je passe mon pouce dessus, et Thomas ferme les yeux, et sa tête part en arrière, et il émet un souffle, un souffle court, un souffle de bête.— Regarde-moi, dis-je.Il ouvre les yeux. Il me regarde. Il me regarde comme un homme qui se noie regarde la rive. Et moi, je m'agenouille. Lentement. Le carrelage est dur sous mes genoux. La vapeur tourne autour de nous. L'eau coule toujours. Je ne la coupe pas. Je veux ce bruit. Je veux cette vapeur. Je veux que tout soit flou, sauf lui.Je le prends dans ma main. Je le tiens à la base. Je le serre. Je sens
Je fais un pas. Un seul. Le peignoir s'ouvre un peu plus. Je ne le referme pas. Je ne fais rien. Je laisse la vapeur nous envelopper. Je laisse l'eau couler. Je laisse le silence se charger de tout ce qu'on ne dit pas. Il me regarde. Il me regarde vraiment, cette fois. Pas en dessous. Pas à la dérobée. Il me regarde comme un homme qui regarde une chose qu'il n'a pas le droit de regarder. Et dans ses yeux, je vois la jalousie. Pas la jalousie de celui qui a peur de perdre. La jalousie de celui qui n'a jamais eu. La jalousie de celui qui a épousé la copie et qui découvre l'original.— Clarisse t'aime, dit-il.— Clarisse m'aime parce que je suis sa sœur. Clarisse t'aime parce que tu es son mari. Mais toi, tu ne l'aimes pas. Pas comme ça. Pas de la façon dont tu me regardes. Tu l'aimes comme on aime une habitude. Tu l'aimes comme on aime une maison qu'on a construite et dans laquelle on ne se sent plus chez soi.— Tu ne sais rien.— Je sais
ÉléonoreLa porte de la salle de bain est entrouverte. Je le sais parce que je l'ai laissée comme ça. Pas par hasard. Parce que je savais qu'il monterait. Parce que je savais qu'il chercherait. Parce que je savais que sa femme, ma petite sœur, ma Clarisse, ma chair, mon sang, est en bas, dans la cuisine, en train de couper des légumes avec la précision d'une horloge suisse, et qu'elle ne montera pas avant au moins vingt minutes.Alors j'ai laissé la porte entrouverte. Et j'ai laissé le peignoir glisser. Et j'ai laissé l'eau couler, chaude, trop chaude, cette buée qui monte et qui colle à la peau et qui fait que tout devient flou, tout devient possible.Il frappe. Deux coups secs. Contre le chambranle.— Éléonore ? Tu en as pour longtemps ?Sa voix. Cette voix. Grave, posée, cette voix d'homme qui n'a jamais besoin de crier pour être entendu. La voix de quelqu'un qui sait qu'on l'écoutera de toute façon. Je ne réponds pas tout de
Un silence. Une fraction de seconde. Le nom de Séraphin flotte entre nous comme une lame. Je sens mon cœur qui bat, là, dans ma gorge, à l'endroit exact où sa queue est passée. Je sens la chaleur qui monte à mes joues. Je sens mes doigts qui se crispent sur le tissu de ma robe, à l'endroit de la tache, comme si je pouvais la cacher, comme si je pouvais effacer ce qui est là.— Oui. Il est monté devant.Alistair hoche la tête. Il s'approche, pose un baiser sur mon front, et je ferme les yeux. Ses lèvres sont chaudes. Les lèvres de son père étaient plus sèches, plus dures, et elles sentaient le tabac froid. Alistair sent le thé et le savon. Alistair sent la maison. Alistair sent la vie normale, celle que j'ai eue, celle que j'ai perdue dans l'espace de dix minutes.— Tu trembles, dit-il.— Il fait froid, en bas.— Va te changer. Le thé sera prêt dans cinq minutes.Il repart vers la cuisine. Je monte l'escalier. Chaque marche craque. Dans la chambre, je retire la robe de soie et je la re
Pénélope Séraphin ne s'arrête pas. Il continue de baiser ma bouche, ses hanches oscillant avec une lenteur délibérée, et il murmure : — Réponds-lui. Je ne peux pas. Sa queue bute contre le fond de ma gorge, et le moindre son que j'émettrais serait un gargouillis, un gémissement, une preuve. Je secoue la tête, les yeux levés vers lui, implorant. Il sourit, ce même rictus dur, et retire lentement son sexe. Un fil de salive relie encore ma lèvre à son gland luisant. Le fil s'étire, tremble, puis casse et tombe sur mes genoux, une goutte laiteuse et translucide qui roule sur ma peau et disparaît dans le pli de ma robe. — Réponds-lui, répète-t-il, plus bas. Dis-lui que tu es descendue chercher une bouteille. Que tu ne trouves pas la lumière. N'importe quoi. Mais réponds. Ma voix est rauque, éraillée. Je dois déglutir deux fois avant que le son ne sorte. Ma gorge est irritée, endolorie, et chaque déglutition me rappelle la forme de son sexe, la façon dont il a forcé le passage, la faç
Ses doigts se retirent. Le vide qu'ils laissent est presque douloureux, mes parois se contractent autour de rien, la mouille coule sur la nappe de la chaise. Séraphin porte sa main à sa bouche sous prétexte de tousser, et je vois sa langue passer entre ses doigts, goûter ce qui est mien, ce qu'il a pris de moi sous le nez de son fils. Le jus d'orange est acide. Je l'avale. Le scandale ne fait que commencer. Le jus d'orange acide me brûle la gorge quand Séraphin repousse sa chaise et se lève, essuyant le coin de sa bouche d'un revers de nappe négligent. — Il nous faut un Sancerre pour le déjeuner, dit-il d'une voix qui ne laisse aucune place à la discussion. Ses yeux gris ne me quittent pas. Alistair hoche la tête, déjà penché sur son téléphone, et marmonne un Bien sûr, père sans lever les yeux. Je pose ma tasse, lisse ma robe sur mes cuisses, et je me lève. Mes pieds nus s'enfoncent dans le parquet froid du couloir quand Séraphin prend les devants, ses épaules larges traçant un s







