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PÉCHÉS INAVOUABLES
PÉCHÉS INAVOUABLES
Autor: Déesse

CHAPITRE 1 : LE MARIAGE

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-09-24 02:16:47

Pénélope « Penny » Ashworth

Les vitraux de Saint-Barthélemy fragmentent la lumière de juin en éclats bleus et or qui tombent sur la nef comme des pétales de verre. Je suis debout à l'autel, mes doigts serrés autour du bouquet, des roses blanches David Austin, exactement comme je les voulais, leur parfum miellé montant jusqu'à moi par bouffées oppressantes. La soie de ma robe, du Mikado, cent vingt livres le mètre, est si lourde qu'elle tire sur mes épaules, mais je tiens droite. Je tiens droite parce que c'est mon jour.

Mon jour. Ces deux mots tournent dans ma tête depuis ce matin, depuis que ma mère a noué les derniers boutons dans mon dos, depuis que mon père m'a pris le bras dans le hall de l'hôtel, depuis que la Rolls blanche nous a déposés devant l'église. Mon jour. Le jour que j'attends depuis que j'ai douze ans, le jour que j'ai imaginé mille fois, le jour où tout doit être parfait.

Alistair se tient à ma gauche. Son costume sur mesure, gris anthracite, coupe italienne, boutons en corne véritable, épouse ses épaules avec une précision qui doit coûter plus que mon loyer annuel d'avant nos fiançailles. Ses cheveux châtains, gominés en arrière, brillent sous l'éclairage. Il est magnifique. Il est aussi à mille lieues d'ici.

Je le sais parce que ses yeux, ces yeux noisette que j'ai cru pouvoir lire, fixent un point au-dessus de la tête du prêtre. Pas moi. Pas l'autel. Pas les promesses qu'il est en train de prononcer. Ses lèvres bougent, le Père McGuire hoche la tête, mais le regard d'Alistair flotte quelque part entre la galerie et le plafond voûté. Comme s'il jouait son rôle dans une pièce dont il connaissait déjà la fin.

Je l'ai remarqué ce matin, déjà. Quand il est venu me chercher à l'hôtel, quand il a frappé à ma porte, quand il m'a vue dans ma robe pour la première fois. Il a dit les mots qu'il fallait dire, les mots que tous les mariés disent. Tu es magnifique. Je suis l'homme le plus chanceux du monde. Mais ses yeux ne le disaient pas. Ses yeux regardaient à travers moi, comme si j'étais un décor, un accessoire, une figuration dans une scène qu'il jouait depuis trop longtemps.

J'ai mis ça sur le compte du stress. Le stress du mariage, les préparatifs, la famille, les cent cinquante invités. J'ai mis ça sur le compte de la fatigue. Il travaille trop, Alistair. Il rentre tard. Il se lève tôt. Il est ailleurs, souvent. Mais je me suis dit que c'était normal. Que les hommes sont comme ça. Que le mariage arrangerait tout.

Je me suis trompée.

— Je le veux.

Sa voix est ferme. Nette. Parfaite. Trop parfaite, en fait, la cadence d'un homme qui a répété. Pas avec son cœur. Avec sa mémoire.

Le Père McGuire se tourne vers moi. Je sens les cent cinquante invités derrière moi, leurs regards posés sur mon dos comme des doigts, et je prends une inspiration qui sent l'encens, le lys et la cire bougie. Je sens aussi autre chose. Une odeur de rose, ma rose, celle que j'ai choisie pour le bouquet, celle qui embaume toute la nef. Je sens le parfum de ma mère, un Chanel N°5 qu'elle porte depuis trente ans. Je sens la sueur de mon père, à côté de moi, qui essaie de ne pas pleurer.

— Je le veux.

Ma voix tremble un peu. D'émotion, croient-ils. C'est ce que je crois aussi, à ce moment-là. Je crois que je tremble parce que je suis heureuse. Je crois que je tremble parce que c'est le plus beau jour de ma vie. Je ne sais pas encore que je tremble parce que quelque chose, au fond de moi, sait déjà. Quelque chose, au fond de moi, a déjà compris.

L'alliance glisse sur mon doigt. L'or est froid. La main d'Alistair est sèche, immobile, professionnelle. Il me regarde enfin, une seconde, peut-être deux, et sourit. Ce sourire public, celui qui a fait tomber tant de gens dans son sillage, poli comme une poignée de main, charmant comme une signature au bas d'un contrat. Pas le sourire qu'il m'adresse le matin, dans le lit de son appartement de Mayfair, quand il me regarde comme s'il ne savait pas encore s'il voulait que je reste.

Le Père McGuire prononce les mots. Alistair me soulève le voile. Il m'embrasse. Ses lèvres sont exactes, ni trop longues, ni trop courtes, et elles goûtent le champagne et quelque chose d'autre. Quelque chose de métallique, d'amer, que je n'arrive pas à identifier. Quelque chose qui me reste sur la langue, comme un arrière-goût de mensonge.

L'assistance applaudit. Arabella, derrière moi, renifle bruyamment, je l'entends distinctement, elle pleure, ou fait semblant de pleurer, avec elle on ne sait jamais. Séraphin Thorne se lève au premier rang, ajuste son nœud papillon, soie bleu nuit, évidemment, et applaudit avec la retenue d'un homme qui n'a jamais fait un geste de trop en cinquante-deux ans. Son visage est un masque de marbre. Ses yeux gris me traversent sans s'arrêter.

Cordélia, à côté de lui, boit déjà. Je vois la coupe de champagne dans sa main gantée, la façon dont ses doigts serrent la coupe, le tremblement imperceptible de son poignet. Elle me déteste. Elle m'a détestée depuis le premier dîner, quand j'ai mis mon coude sur la table en riant trop fort. Je le sais. Alistair le sait. Personne n'en parle.

La sortie de l'église est un brouillard de riz, de pétales et de flashs. Je souris. Je souris jusqu'à ce que mes joues me fassent mal. Alistair me tient la main, sa paume contre la mienne, sèche, chaude, absente, et nous traversons le seuil de Saint-Barthélemy comme un couple sortant d'une publicité pour une marque de montres suisses.

La voiture nous attend. Une Bentley Continental, décapotable, blanche. Le chauffeur, un certain George, qui travaille pour les Thorne depuis vingt ans, ouvre la portière. Alistair m'aide à monter, sa main sur le bas de mon dos, et pendant une seconde, une seule, je sens ses doigts se crisper. Comme une contraction involontaire. Comme s'il retenait quelque chose.

— Tu es magnifique, Penny.

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