LOGINLe claquement de la porte laissa Adams seul face à son propre reflet sur le bois verni. Anéanti, il redescendit les escaliers, ignorant que le véritable orage n'était pas celui qu'il portait en lui, mais celui qui l'attendait sur le trottoir.
Lorsqu'il atteignit la rue, il ne vit pas la silhouette qui se dissimulait dans l'ombre d'une porte cochère. Ce n'est qu'après qu'il eut démarré sa moto que la femme sortit de la pénombre. Esmeralda, encore tremblante de sa dispute avec Adams, s'apprêtait à éteindre ses lumières quand un coup frappé à la porte, beaucoup plus discret que le précédent, la fit sursauter. Pensant qu'Adams revenait à la charge, elle ouvrit brusquement, un reproche au bord des lèvres. Les mots moururent dans sa gorge. Face à elle se tenait une femme à l'élégance stricte, celle dont elle avait deviné l'existence mais dont elle n'avait jamais croisé le regard. La fiancée d'Adams. Ses yeux, d'ordinaire si doux, étaient deux lames d'acier. — Je ne m’appelle pas Adams, dit-elle d’une voix monocorde, brisant le silence pesant. Mais je pense que nous avons beaucoup de choses à nous dire. Esmeralda recula d'un pas, laissant instinctivement entrer l'inconnue. La fiancée entra dans l'appartement, ses yeux balayant la pièce avec une précision chirurgicale, s'arrêtant un instant sur le lit défait avant de se poser sur Esmeralda. — Alors, c'est ici qu'il vient pour oublier ses "nuits de travail", commença la fiancée en s'asseyant sur le bord d'une chaise, sans y être invitée. Je m'appelle Fatim. Et toi, tu es la raison pour laquelle il ne me regarde plus. Esmeralda se redressa, puisant dans sa fierté pour ne pas s'effondrer. — Je ne suis pas "la raison", Fatim. Je suis une erreur qu'il ne veut pas admettre. Et si tu étais là il y a cinq minutes, tu aurais entendu que je l'ai mis dehors. Sarah laissa échapper un rire amer. — Le mettre dehors ne suffit pas quand son odeur est restée sur tes draps, et la tienne sur ses vêtements. Tu penses être la victime ? J'ai respecté les dernières volontés de sa mère. J'ai construit ma vie autour de lui, un avenir fondé sur la loyauté. Et toi, en une nuit, tu as tout réduit en cendres. — La loyauté ne s'impose pas par un testament, répliqua Esmeralda, la voix de plus en plus ferme. S'il t’aimait vraiment, aucune femme, pas même moi, n'aurait pu se mettre entre vous. Tu ne te bats pas contre moi, Sarah. Tu te bat contre un homme qui n'est déjà plus là. Le silence qui suivit fut électrique. Le masque de dignité de Sarah se fissura. Ses mains se mirent à trembler sur son sac à main. — Je le sais, murmura-t-elle, et c’est bien là le plus douloureux. Mais je ne le laisserai pas partir. Pas pour toi. Pas après tout ce que j'ai sacrifié. Elle se leva, se rapprochant si près d'Esmeralda que cette dernière pouvait sentir son parfum , ce musc dont Adams s'était plaint sans le savoir. — Si je te revois près de lui, ou si j'apprends qu'il a encore mis les pieds ici, je ferai en sorte que ton nouveau départ, ton nouveau travail et ta réputation volent en éclats. Adams est à moi, par le sang et par la foi, comme il te l'a dit. Gardes tes souvenirs de passion, ils ne te tiendra pas chaud en hiver. Sarah se dirigea vers la porte, s'arrêtant juste avant de sortir. — Un dernier conseil, Esmeralda : le prochain homme que tu choisira, assure toi qu'il n'appartient pas déjà à quelqu'un d'autre. Ça t’évitera d'avoir à laver ta dignité en même temps que tes draps. La porte se referma avec un clic sinistre. Esmeralda resta immobile au milieu de son salon, le souffle court. Elle venait de comprendre que la guerre ne faisait que commencer. Adams était peut-être partagé entre deux femmes, mais ces deux femmes, elles, venaient de déclarer une guerre dont il serait la seule véritable victime. Le retour d'Adams au domicile conjugal se fit dans un silence de mort. Sarah l'attendait dans le salon, assise bien droite, une tasse de thé refroidie à la main. Elle ne cria pas. Elle ne pleura pas. Sa colère était plus profonde, plus glaciale. — Je suis allée chez elle, lâcha-t-elle sans même le regarder. Adams se figea au milieu du couloir, Le sang se retira de son visage. — Fatim, je peux t'expliquer… — Expliquer quoi ? l’interrompit-elle en se levant. Que tu as suivi cette fille comme un chien perdu après m'avoir menti les yeux dans les yeux ? J'ai vu tes yeux quand tu parles d'elle, Adams. J'ai vu la haine qu'elle avait pour toi ce soir, et j'ai surtout vu ton incapacité à rester digne. Elle s'approcha de lui, le visage déformé par le mépris. — Tu parles de loyauté envers ta mère, mais tu souilles son souvenir par ton hypocrisie. À partir d'aujourd'hui, il n'y a plus de "nous" en privé. Nous jouerons la comédie devant les familles, car je refuse de porter la honte de ton échec. Mais ne m'approche plus jamais. Et prie pour que je ne décide pas de tout détruire. - Détruire tout tu parles de quoi ? - Tu sais déjà que je suis fragile alors ne me pousse pas à bout. Adams resta là, impuissant. Il avait tout perdu : l'amour passionné d'Esmeralda et le respect de la femme qu'il devait épouser. Au bureau, l'atmosphère était tout autre, mais tout aussi pesante. Rahim, qui avait passé une soirée merveilleuse avec Esmeralda, était arrivé avec un large sourire et un café pour elle. Mais en la voyant, son sourire s'effaça. Esmeralda avait les traits tirés et le regard fuyant. Alors qu'ils partageaient une pause dans la cafétéria, Rahim posa doucement sa main sur la sienne. — Esmeralda, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu n'es pas la même qu'hier soir. — C'est rien, Rahim. Juste une mauvaise nuit, répondit-elle en tentant de retirer sa main. — Une mauvaise nuit ne laisse pas ce genre de traces, insista-t-il d'une voix douce mais perspicace. J'ai vu une moto roder près de chez toi quand je suis parti hier. Et ce matin, tu sursautes dès qu'un téléphone sonne. Si tu es en danger, ou si quelqu'un t'importune, dis-le moi. Esmeralda le regarda, touchée par sa sincérité. Rahim représentait tout ce qu'elle pouvait espérer : la stabilité, la gentillesse, un nouveau départ. Mais le spectre d'Adams et la menace de Sarah planaient sur elle. — C'est mon passé qui est venu frapper à ma porte, finit-elle par avouer à demi-mot. Un passé qui ne veut pas me laisser respirer. Le regard de Rahim se durcit imperceptiblement. Son instinct protecteur prenait le dessus, mais une pointe de jalousie s'immisçait aussi. — Ce passé... est-ce qu'il compte encore pour toi ? Parce que moi, Esmeralda, je ne suis pas là pour jouer les seconds rôles. Esmeralda resta silencieuse, incapable de lui mentir tout à fait. La vérité était un poison qu'elle n'était pas encore prête à partager. - Rien de bien grave ne t’inquiète pas. Avança t’elle. Rahim ne disa rien. Mais intérieurement il promis ne pas en rester là.Le claquement de la porte laissa Adams seul face à son propre reflet sur le bois verni. Anéanti, il redescendit les escaliers, ignorant que le véritable orage n'était pas celui qu'il portait en lui, mais celui qui l'attendait sur le trottoir.Lorsqu'il atteignit la rue, il ne vit pas la silhouette qui se dissimulait dans l'ombre d'une porte cochère. Ce n'est qu'après qu'il eut démarré sa moto que la femme sortit de la pénombre.Esmeralda, encore tremblante de sa dispute avec Adams, s'apprêtait à éteindre ses lumières quand un coup frappé à la porte, beaucoup plus discret que le précédent, la fit sursauter. Pensant qu'Adams revenait à la charge, elle ouvrit brusquement, un reproche au bord des lèvres.Les mots moururent dans sa gorge.Face à elle se tenait une femme à l'élégance stricte, celle dont elle avait deviné l'existence mais dont elle n'avait jamais croisé le regard. La fiancée d'Adams. Ses yeux, d'ordinaire si doux, étaient deux lames d'acier.— Je ne m’appelle pas Adams,
Le silence de l'aube avait remplacé le fracas de l'orage. Adams s'éveilla le premier, le corps encore imprégné du souvenir de leur étreinte. Il observa un long moment le visage d'Esmeralda, apaisé par le sommeil, si loin de la froideur qu'elle lui avait opposée la veille. Il savait qu'il devait partir avant que le monde extérieur et surtout sa promise ne demande des comptes.Ne voulant pas briser ce moment par des paroles qui auraient pu raviver leur dispute, il chercha de quoi écrire. Sur un morceau de papier trouvé sur la table d’étude d’Esmeralda , il griffonna quelques mots d'une écriture pressée*La pluie s’est calmée, mais l'orage en moi gronde toujours pour toi. Ce soir n'était pas un égarement, c'était une vérité. Je t'aime au-delà des promesses imposées. Ne m'oublie pas.*Il déposa la feuille sur l'oreiller voisin, effleura son front d'un baiser imperceptible et s'éclipsa dans la fraîcheur du matin.Lorsque le soleil perça enfin les rideaux, Esmeralda s'étira, cherchan
Quelques semaines plus tard...Esmeralda s'évertuait à ignorer Adams, en dépit des multiples tentatives qu’il déployait pour la reconquérir. Elle feignait l’indifférence, mais en son for intérieur, elle priait pour que son ardeur ne faiblisse point. Si elle parvenait à tromper son entourage, elle ne pouvait mentir à son propre cœur : son amour pour Adams demeurait intact.Un soir, à l'issue de sa journée de travail, alors qu’elle attendait vainement un taxi, Adams s’approcha pour lui proposer de la raccompagner.— Permets-moi de te conduire, insista-t-il. Tu sais combien il est difficile de trouver un transport à cette heure indue, et il est imprudent pour une femme seule de s'attarder ainsi dans l'obscurité.— J’apprécie ton geste, mais je saurai me débrouiller par mes propres moyens, répliqua-t-elle avec froideur.— Ne te montre pas si obstinée, je t’en prie.— Obstinée ? Et quand bien même, en quoi cela t’importune-t-il ? Depuis quand ma sécurité est-elle devenue le centre de tes p
Épisode 2 Adam's, dont la fierté avait été profondément ébranlée, ne pouvait tolérer l'idée d'être ainsi évincé. Il était convaincu de la nature fugace de cette querelle. Pour lui, Esmeralda ne représentait qu'une aventure agréable, mais elle s'était révélée une conquête aisée, si aisément attachée qu'il la tenait pour acquise. Jamais il n'aurait imaginé que cette jeune femme, qu'il considérait comme naïve et malléable, pût remettre en question leur relation. Le message de son épouse l'avait certes irrité, mais c'était la réaction de Rose qui l'avait véritablement déstabilisé.Il décida de prendre contact avec sa promise pour régler cette affaire une bonne fois pour toutes, et si nécessaire, nier sa relation avec Esmeralda afin de maintenir sa promise à ses côtés . Il la tint pour responsable de la situation actuelle.— Allo, chérie ?— Enfin, tu me rappelles.— Qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi as-tu envoyé ce message à cette pimbêche ?
— Il est temps de cesser ce torrent de larmes... Ne crois-tu pas avoir déjà épuisé toutes les larmes de ton corps ?— tu ne pourrais concevoir l'épreuve que je traverse actuellement, Rose... C'est d'une telle iniquité... Pourquoi est-ce toujours sur moi que cela retombe ? Qu'ai-je donc commis pour mériter cela ?— tu n’as absolument rien commis, ma chère. Tu es une personne d'une grande valeur. Et cet individu n'en vaut manifestement pas la peine. Tu mérites infiniment mieux que cet homme abject. Dis -toi simplement que ce n'était pas la personne destinée. Tu devrai admettre que...— Admettre quoi, me dirai-tu ? Combien de fois devrai-je recommencer avant de rencontrer enfin l'élu ? Une centaine de milliers de fois ? Réponds -moi... sais-tu le dévouement dont j'ai fait preuve au sein de cette relation ?— Je suis consciente de ton profond investissement, mais ceci n'est point une catastrophe insurmontable. Vous n'étiez pas voués à une vie commune, vous n'êtes pas des âmes sœurs... C'e







