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Chapitre 5 — Le pendentif

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-23 23:36:15

Ombretta De Luca

Le mot me brûle les lèvres. Je n'ose même pas le penser. Je n'ose même pas le prononcer. C'est trop tôt. C'est trop douloureux. C'est trop dangereux. Mais il est là. Quelque part au fond de moi. Quelque part dans ce cœur brisé qui continue de battre malgré tout. L'amour. Cet amour que je porte pour lui depuis l'enfance. Cet amour que je n'ai jamais avoué. Cet amour que je croyais impossible. Cet amour qui m'a été donné et repris en une seule nuit.

Je me lève. Je marche jusqu'à ma commode. J'ouvre le tiroir du haut. Je sors un petit coffret en bois. Un coffret que ma mère m'a donné quand j'étais enfant. Un coffret où je range mes souvenirs les plus précieux. Des photos. Des lettres. Des billets de concert. Des objets sans valeur mais qui ont une valeur immense pour moi.

Je soulève le couvercle. Je regarde à l'intérieur. Des photos de famille. Des photos de Dario et moi, enfants. Des photos de mes parents, avant l'accident. Des lettres de mon père. Des cartes postales de ma mère. Des souvenirs d'une vie qui n'existe plus. D'une vie qui a été brisée, elle aussi, comme mon cœur.

Je pose le pendentif au fond du coffret. Je le recouvre d'une photo. Je referme le couvercle. Je range le coffret dans le tiroir. Je referme le tiroir.

Je ne le jetterai pas. Je ne le rendrai pas. Je le garde. Pour l'instant. Je le garde parce que je ne sais pas quoi en faire. Je le garde parce que je ne sais pas ce qu'il signifie. Je le garde parce que, malgré tout, malgré la douleur, malgré le rejet, malgré les mots, une partie de moi refuse de croire que tout était faux. Une partie de moi refuse de croire que la nuit n'était qu'une erreur. Une partie de moi refuse de croire que Matteo ne ressentait rien.

Je m'assois sur mon lit. Je regarde par la fenêtre. La pluie a cessé. Le ciel est gris, mais il y a une éclaircie, là-bas, à l'horizon. Une lumière pâle, timide, qui perce les nuages. Une lumière qui ressemble à un espoir. Un espoir minuscule. Un espoir fragile. Un espoir que je n'ose pas encore toucher.

Je pense à Dario.

Dario, mon frère. Dario, qui est le meilleur ami de Matteo. Dario, qui ne sait rien. Dario, qui ne se doute de rien. Dario, qui va bientôt rentrer de son voyage d'affaires et qui va me trouver bizarre, silencieuse, absente. Dario, qui va me poser des questions. Dario, à qui je ne pourrai rien dire.

Parce que je ne peux pas lui dire. Je ne peux pas lui dire que j'ai couché avec son meilleur ami. Je ne peux pas lui dire que j'ai été rejetée. Je ne peux pas lui dire que je souffre. Je ne peux pas lui dire que je suis humiliée. Je ne peux pas lui dire que je ne comprends pas.

Dario est protecteur. Dario est un frère aîné dans toute sa splendeur. Il me considère comme une enfant. Il me protège. Il me surveille. Il m'aime. Et s'il apprenait ce qui s'est passé, il serait fou de rage. Il irait trouver Matteo. Il lui demanderait des comptes. Il le frapperait, peut-être. Il déclencherait une guerre entre les deux familles. Une guerre qui n'aurait pas lieu d'être. Une guerre qui ne ferait qu'ajouter de la douleur à la douleur.

Alors je ne dirai rien.

Je porterai ce secret. Je porterai cette honte. Je porterai cette nuit. Toute seule. Comme j'ai porté tant d'autres choses. Comme j'ai porté la mort de mes parents. Comme j'ai porté la solitude. Comme j'ai porté ma vie.

Je me lève. Je marche jusqu'à la cuisine. Je me fais un café. Je le bois debout, devant la fenêtre, en regardant la ville s'éveiller. Les gens passent dans la rue. Ils vont au travail. Ils font leurs courses. Ils vivent leur vie. Ils ne savent pas. Ils ne savent pas que quelque part, dans un petit appartement, une femme vient de voir son cœur se briser. Ils ne savent pas que cette femme porte un pendentif mystérieux et un secret encore plus mystérieux. Ils ne savent pas. Et c'est mieux ainsi.

Je repose ma tasse. Je respire profondément. Je dois avancer. Je dois continuer. Je ne peux pas me laisser mourir. Je ne peux pas me laisser détruire. Je ne peux pas laisser Matteo Rinaldi gagner. Je dois être forte. Je dois être digne. Je dois être moi.

Je retourne dans ma chambre. Je m'habille. Je me maquille légèrement. Je me coiffe. Je me regarde dans le miroir. Je ne suis pas belle. Je ne suis pas éclatante. Mais je suis debout. Je suis vivante. Je suis là.

Et c'est déjà beaucoup.

Je sors de chez moi. Je marche dans la rue. Je respire l'air frais. Je sens le vent sur mon visage. Je sens la vie qui continue, malgré tout, malgré la douleur, malgré le rejet. Je sens que je vais survivre. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand. Mais je vais survivre.

Parce que c'est ce que je fais.

Je survis.

Depuis toujours.

Et ce n'est pas Matteo Rinaldi qui va changer cela.

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