Share

CHAPITRE 03

Author: MICHA BOOKS
last update publish date: 2026-10-13 17:52:16

POINT DE VUE DE KAELEN

Il y a trois mois de cela.

Je n’allais certainement pas laisser une petite arnaqueuse sans envergure détruire d’un simple revers de main un projet industriel qui se chiffrait en milliards de dollars. J’ai relu le rapport d’enquête méticuleusement rédigé par Vincent pour la deuxième fois consécutive, en me répétant cette phrase comme un mantra en boucle dans mon esprit. La grande carte topographique détaillée du domaine était largement étalée au milieu de mon bureau, reposant directement à côté d’un relevé géologique officiel qui soulignait en rouge vif le fameux filon de minerai tant convoité. Ces lignes rouges parcouraient la page blanche avec la précision de veines ardentes, chacune d’entre elles représentant une richesse colossale, bien plus d’argent que je ne pourrais jamais espérer en compter au cours de toute mon existence.

Il y avait à peine quelques semaines de cela, l’équipe spécialisée dans l’exploration minière de la meute avait fait cette découverte stupéfiante au cœur même de la partie nord de notre territoire. La nuit exacte où j’avais pris connaissance de ce rapport confidentiel, je n’avais pas réussi à fermer l’œil une seule seconde. Et cette insomnie n’était pas seulement due à une simple excitation passagère. Mon cerveau tout entier tournait déjà à plein régime, échafaudant des plans d'avenir. Le cours du marché pour ce type exact de minerai rare se trouvait alors à son plus haut niveau historique depuis une décennie entière, tandis que les réserves mondiales disponibles ne cessaient de s'épuiser de jour en jour. Avec une exploitation menée de main de maître, l'estimation la plus basse des bénéfices futurs se chiffrait en milliards de dollars sonnants et trébuchants. Peut-être même bien davantage. Peut-être des centaines de milliards au total.

Et il n'était pas uniquement question d'amasser de l'argent pour le simple plaisir du pouvoir. Un tel accord stratégique et financier garantirait de maintenir la meute Bloodmoon au sommet absolu de la pyramide pour le demi-siècle à venir, nous assurant une suprématie telle que personne n'oserait plus jamais nous défier. Je venais tout juste d'hériter de la direction de cette meute après la disparition de mon père. Pour être parfaitement honnête, ce qu'il m'avait légué en héritage n'était pas un champ de ruines total, mais c'était loin d'être un cadeau facile à gérer. Les fissures politiques au sein de même de la communauté se propageaient dangereusement, le taux de criminalité dans les quartiers populaires et défavorisés grimpait inexorablement d'année en année, et plusieurs familles influentes et puissantes commençaient à se demander ouvertement si un jeune Alpha de vingt-cinq ans seulement avait les épaules assez solides pour assumer un tel poste.

Lors du dernier conseil de la meute qui s'était tenu le mois précédent, un membre influent m'avait glissé en face, avec un sourire en coin, que j'avais « encore besoin de temps pour prendre la pleine mesure de mon rôle ». J'avais simplement souri en retour, avalant ma bile et laissant couler l'affront sans broncher. Mais mon loup intérieur, lui, s'était parfaitement souvenu de ce visage arrogant. J'avais un besoin vital d'une victoire éclatante et incontestable pour clouer définitivement le bec à tous ces détracteurs. Ce filon minier était précisément cette victoire tant attendue.

J'avais déjà pris les devants en concluant un accord préliminaire avec Cassandra Croft, l'ambitieuse et redoutable héritière de la meute Winterbourne. La meute Winterbourne détenait incontestablement la technologie d'extraction minière la plus avancée et performante de tout le continent nord-américain. Sans leur machinerie de pointe et leur équipe d'ingénieurs qualifiés, la meute Bloodmoon serait totalement incapable de gérer seule un gisement d'une telle envergure. Cassandra avait d'ailleurs accepté notre proposition de partenariat avec une surprenante facilité. Bien entendu, son empressement suspect n'était jamais motivé par la simple charité, mais c'était un problème secondaire que je réglerais plus tard.

Le véritable problème immédiat résidait dans le fait que le point d'accès principal de ce gisement se trouvait situé directement sous un vieux domaine abandonné depuis des lustres. Thornwood Manor.

Cet endroit lugubre était totalement vide d'occupants depuis au moins vingt ans. La moitié du grand mur d'enceinte en pierre s'était lamentablement effondrée, les jardins autrefois somptueux avaient été totalement envahis par les ronces et étaient retournés à l'état sauvage, et un pan entier du toit principal s'était affaissé sous le poids des intempéries. J'y avais mis les pieds une seule fois dans ma lointaine enfance, accompagné de mon père. Le souvenir impérissable que j'en conservais était celui d'un coin du monde profondément sinistre et oublié de tous, l'air y étant lourdement chargé d'une odeur tenace de moisi et de feuilles mortes en décomposition avancée.

Cette propriété appartenait à une vieille tante éloignée, nommée Eveline Cross. Une femme solitaire dont la propre fille était décédée tragiquement dans sa jeunesse, ce qui l'avait poussée à couper définitivement les ponts avec le reste de la famille. Autant que je m'en souvienne, elle avait passé toute la dernière décennie de son existence confinée dans une maison de retraite médicalisée, s'étant totalement retirée de la vie publique et ayant cessé d'assister aux grands rassemblements traditionnels de la meute. Elle n'avait même pas daigné assister aux funérailles de mon père. Très franchement, si ce gisement de minerai n'avait pas été découvert sous ses terres, je n'aurais probablement plus jamais pensé à elle de toute ma vie.

Cette réalisation m'avait d'ailleurs traversé l'esprit, éveillant un très léger sentiment de culpabilité. Juste un tout petit remords fugace. Mais à la place qui était la mienne, la culpabilité était un luxe hors de prix que je ne pouvais tout simplement pas me permettre d'entretenir. J'avais naïvement supposé que ce domaine désaffecté finirait par revenir de droit à la meute, ou à moi-même en tant que son parent le plus proche et légitime. Eveline n'avait plus aucune autre famille proche. Cette propriété délabrée ne valait de toute façon probablement plus grand-chose à ses yeux non plus. Cela n'aurait dû constituer qu'une simple formalité administrative sans importance.

Puis j'avais fait cette découverte accablante : quelques jours seulement avant de rendre son dernier soupir, elle avait rédigé un testament en bonne et due forme. Elle avait légué l'intégralité de son domaine à une jeune aide-soignante prénommée Freya. Une fille tout droit sortie du bas de l'échelle sociale, dont les registres officiels parvenaient à peine à tracer le nom de famille exact. Et la jeune femme elle-même semblait totalement ignorer l'existence de ce legs mirifique.

Le rapport d'enquête détaillé affichait des informations précises : Freya. Vingt et un ans. Orpheline de naissance. Aucune affiliation officielle à une meute, aucun dossier de lignée enregistré dans les bases de données. Élevée depuis sa plus tendre enfance dans un orphelinat miteux situé dans les bas-fonds de la ville. Elle avait abandonné le système scolaire dès l'âge de seize ans. Aucun historique d'emploi formel ou stable n'apparaissait à son dossier, tout juste devinait-on des traces éparses de petits boulots précaires comme la plonge dans des restaurants borgnes, le ménage au noir ou la mise en rayon dans des supermarchés de quartier. Le genre d'activités alimentaires qui ne nécessitent jamais le moindre contrat officiel. Il y a deux ans de cela, elle et une amie intime nommée Zara avaient eu recours à de faux certificats d'infirmière grossièrement fabriqués pour se faire embaucher comme aides-soignantes au sein de la maison de retraite Silverpine. Freya avait alors été directement affectée aux soins quotidiens de notre vieille tante Eveline. Et quant à Zara…

J'avais tourné la page du dossier pour consulter celle consacrée à cette fameuse Zara.

Zara. Vingt-trois ans. Issue du même orphelinat sordide. Possédant déjà une condamnation antérieure pour escroquerie et fraude, pour laquelle elle avait purgé une peine de prison. Durant son passage à la maison de retraite Silverpine, elle avait d'ailleurs tenté par le passé de manipuler un patient vulnérable atteint de la maladie d'Alzheimer afin de le contraindre à modifier son testament pour lui transférer frauduleusement ses actifs personnels. L'enquête avait également mis en lumière le fait que les certificats professionnels de Freya et de Zara étaient totalement faux. Toutes deux avaient naturellement fini par être licenciées sur-le-champ pour cette supercherie.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 89

    POINT DE VUE DE Freya D'aussi loin que nous nous trouvions, nous pouvions entendre les exclamations joyeuses des pensionnaires qui se dispersaient dans la cour. Zara se tenait sous l'ombrage majestueux du vieux chêne, une épaisse liasse de documents serrée contre sa poitrine, en train de débattre avec ferveur de questions logistiques avec des mécènes de la haute société. Elle était devenue la secrétaire exécutive indispensable de notre fondation, faisant preuve d'une rigueur et d'une efficacité redoutables.— Freya ! Enfin de retour !Zara m'a fait de grand signes de la main, avant de plisser les yeux en découvrant Adrian qui se tenait timidement derrière nous. Son expression s'est brièvement tendue sous le coup de la surprise. Puis, esquissant un soupir résigné, elle s'est avancée d'un pas décidé pour enlacer maladroitement le jeune homme.— Bon retour parmi nous, petit garnement. Si tu t'avises de jouer encore avec le feu, je te jure que je te balancerai dans l'étang derrière la co

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 88

    POINT DE VUE DE Freya En nous découvrant debout près de la voiture, Kaelen et moi, il s'est immobilisé net.— Monsieur Cross… Luna…Il s'est effondré à genoux sur le bitume avec un bruit sourd, la voix brisée par l'émotion.Je me suis immédiatement précipitée vers lui, m'agenouillant à mon tour pour saisir son bras avant qu'il ne puisse se prosterner davantage.— Relève-toi tout de suite, Adrian. Au sein de la meute de Bloodmoon, on ne s'agenouille que devant la Déesse de la Lune.Il a lentement relevé le visage, révélant des yeux rougi par les larmes et la fatigue.— Je… je pensais sincèrement que vous me haïriez jusqu'à la fin de mes jours. C'est à cause de moi que votre maison a brûlé…— Ce n'était pas notre maison, Adrian. C'était juste notre passé, ai-je rétorqué en lui époussetant machinalement les genoux de son pantalon, la voix parfaitement calme et rassurante.Le nouvel orphelinat est reconstruit et accueille des centaines d'enfants. Il se dresse fièrement sur les terres du

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 87

    POINT DE VUE DE Kaelen Elle lève les yeux vers moi, et la réserve cède la place à une acceptation totale, lumineuse et ardente. Elle redresse les bras pour les nouer autour de ma nuque, m'attirant irrésistiblement vers elle.— Embrasse-moi, Kaelen...Cette supplique murmurée tout contre mon oreille brise la dernière limite de mon autocontrôle.Mes lèvres parcourent son front, la courbe de son nez, avant de sceller sa bouche entrouverte. Mes paumes, aux callosités familières, épousent les contours de son corps, savourant chaque frémissement, chaque soupir qu'elle libère sous mon contact.Lorsque nos soufflets ne font plus qu'un, dans un élan d'abandon total, Freya rejette la tête en arrière, ses dix doigts s'enfonçant profondément dans la musculature de mon dos.— Je te fais mal ? m'interromps-je un instant, le front perlé de sueur, luttant pour garder les yeux fixés sur les siens avec une inquiétude tendre.Elle secoue vivement la tête, une larme de pur bonheur perçant au coin de ses

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 86

    POINT DE VUE DE Kaelen Un somptueux diamant rose, taillé avec une pureté absolue, capte la lumière ambrée des lanternes pour scintiller doucement.Freya retient violemment son souffle. Elle plaque brusquement une main sur sa bouche, ses yeux s'embuant instantanément de larmes chaudes.— Le mariage d'il y a un an a été l'acte le plus lâche et le plus ignoble de toute mon existence, je commence d'une voix brisée, refusant de détourner les yeux du visage de la femme que j'aime. Je t'ai condamnée par pur préjugé, j'ai manipulé ta confiance à coups de mensonges, et je t'ai laissée seule face à la trahison quand tu avais le plus besoin de moi.Une larme rebelle s'échappe de mes paupières et vient s'écraser sur le dos de sa main. Je ne fais rien pour l'essuyer, me contentant de resserrer mon étreinte autour de ses doigts.— J'ai vécu dans la peur constante tout au long de cette année. La peur panique que tu ne restes ici que par obligation pour l'orphelinat, la peur que tu ne partes définit

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 85

    POINT DE VUE DE Kaelen Elle s'approche tout près de moi, me tend machinalement sa flûte de champagne à moitié vide sans même y prêter attention, et lève ses mains pour réajuster avec un naturel désarmant le col un peu trop ouvert de mon costume.Ce geste empreint d'une telle confiance intime fait fondre instantanément le moindre rempart de mon cœur.— Je ne faisais que te regarder, je réponds en baissant les yeux vers elle, incapable de dissimuler la fascination qui me consume.Je parcours ses traits des yeux avant d'ajouter, taquin mais terriblement sérieux :— Tu es beaucoup trop resplendissante aujourd'hui, Luna. J'envisage sérieusement de verrouiller la grille principale du domaine pour empêcher tous ces imbéciles de continuer à te dévorer des yeux.Freya éclate d'un rire cristallin et m'assène un petit coup amical sur la poitrine avec le dos de sa main.— Arrête un peu tes absurdités, Alpha. Le chef de la police et plusieurs conseillers venaient tout juste de faire l'éloge de l'

  • REJETÉE À L'AUTEL PAR L'ALPHA   CHAPITRE 84

    POINT DE VUE DE Freya Mon cœur battait à tout rompre, une sueur froide perlant le long de mes doigts. J'attendais sa réaction avec une angoisse terrible, craignant qu'il n'invoque les intérêts économiques de la meute ou la rentabilité du projet. S'il choisissait l'argent, je saurais que nous étions définitivement irrémédiables.Kaelen n'a pas prononcé un mot. Il s'est simplement levé de sa chaise, a fait le tour de la table et s'est immobilisé juste à côté de moi. Sa haute silhouette m'a enveloppée dans une ombre protectrice.Puis, dans un geste d'une simplicité désarmante, il a plié le genou pour se mettre à terre devant moi. Il a pris mes mains froides dans les siennes, les réchauffant de sa paume.— Freya, a-t-il murmuré, son regard limpide ne trahissant pas la moindre hésitation. Tu n'as pas à te justifier. Si c'est ton souhait, c'est mon commandement.Une vive émotion a embué mes yeux, menaçant de me faire céder.— Mais ce gisement représente une fortune colossale...— Au diable

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status