MasukLa pluie tombait sans interruption depuis le matin, dessinant un rideau gris et doux derrière les hautes baies vitrées du bureau de Beck. Cela aurait dû insuffler une certaine sérénité, mais le spectacle ne faisait qu'aiguiser la tension qui pesait lourdement dans la pièce.Beck s'activait sur son poste de travail, ses doigts parcourant les touches avec cette énergie fébrile qui accompagnait habituellement ses recherches les plus complexes.Jared se tenait derrière lui, les bras croisés, le regard fixé sur les lignes de texte qui retraçaient le parcours brisé d'une existence. Hayden occupait le canapé aux côtés de Myla, le bras posé sur ses épaules dans un geste protecteur, la maintenant contre lui.Beck expira lentement par le nez. « Bien », marmonna-t-il. « Nous y voilà. J'ai enfin réussi à accéder à ses états de service antérieurs », dit-il, les yeux toujours rivés sur l'écran. « Edward Kowalsky, avant son engagement militaire. C'est là que réside le véritable po
La prime n'avait fait que faire ressortir les pires profils.Une semaine entière durant, la ligne directe fournie par Jared ainsi que les téléphones des détectives n'avaient cessé de sonner. Bien qu'il s'agisse d'individus, de numéros et de provenances divers, chaque appel présentait la même consonance… tous laissaient deviner cette même avidité sous-jacente. Des personnes affirmant connaître Edward Kowalsky, d'autres jurant l'avoir croisé, et certaines se remémorant soudainement un cousin, un voisin ou un compagnon de boisson qui correspondait indiscutablement au profil.Vingt mille dollars rendaient la tromperie audacieuse.Au milieu de la deuxième semaine, Jared se débarrassa du téléphone jetable dédié aux signalements, cessa toute réponse et remit la gestion de ces éléments aux enquêteurs.Au terme de cette période, la frustration s'était installée au sein du groupe.Le danger réel résidait non dans ces signalements infondés, mais dans le silence qui les
« Rosie, mon petit ange… »Les sourcils de Myla se froncèrent tandis que cette voix rauque et inconnue continuait de lui murmurer des mots à l'oreille d'un ton calme et intimiste, lui envoyant des bouffées d'air qui témoignaient de la proximité de l'individu.Elle sentait des doigts parcourir lentement sa chevelure avec une assurance possessive, avant de descendre le long de ses épaules et de son bras. Mais au lieu de lui apporter le réconfort que lui procuraient habituellement ses compagnons, ce contact lui distillait des frissons d'angoisse le long de la colonne.Frissonnante, elle tenta de se dérober, mais son corps lui semblait lourd et cloué sur place, bien que rien ne semblât la retenir physiquement. C'était comme si l'air lui-même avait gagné en densité.« Où suis-je ? » voulait-elle demander, mais chaque tentative d'articuler un mot lui compressait la poitrine, sa gorge se nouant comme si elle étouffait sous le poids d'une pierre sèche.« Tu m'appart
« Instable… utile… » Il était hors de question que ce salopard parle de lui en ces termes… n'est-ce pas ?Eddie s'ajusta légèrement, se dissimulant en partie derrière le montant de la porte. Avant que l'homme ne puisse en ajouter davantage, quelqu'un se racla discrètement la gorge dans son dos, le faisant sursauter de surprise.« Pardon, señor », s'excusa la gouvernante rencontrée plus tôt, d'une voix basse et tremblante. Elle portait un plateau garni d'une carafe de jus d'orange et de verres à pied.Eddie lui adossa un sourire embarrassé et se poussa sur le côté pour lui céder le passage.Le complice se tourna au moindre bruit, mais en découvrant Eddie sur le seuil, son visage s'illumina comme s'il ne venait pas de tenir des propos compromettants quelques secondes plus tôt.« Enfin, vous voilà », dit-il chaleureusement, lui faisant signe d'entrer. « Venez vous installer avec moi. »Eddie hésita, observant ses traits pendant quelques secondes. Il s'était
« Lâche cette arme ! » s'écria une voix de femme étouffée par les larmes, lourde de peur, de colère et de désespoir. « Ed, je t'en prie… laisse-moi partir… »Puis un coup de feu retentit, suivi immédiatement par son cri strident.Eddie s'éveilla en sursaut, se redressant si brusquement que sa vue se troubla. Un instant, il demeura captif de son cauchemar, ne distinguant que le sang tapissant les murs et le sol de la pièce.Il se frotta les yeux, son cœur martelant contre ses côtes en attendant que la sensation ne s'estompe.« Señor ? » s'éleva une voix inquiète aux intonations prononcées, le faisant sursauter. « Avez-vous besoin d'aide ? »Il cligna des yeux à plusieurs reprises tandis que son esprit réintégrait la réalité, l'odeur du linge frais et d'un assainissant au citron l'ancrant dans le présent.À mesure que sa vision se tirait du flou, il découvrit un lustre élégant et coûteux suspendu au plafond sculpté, au-dessus du grand lit sur lequel il rep
Le vrombissement de l'hélicoptère s'évapora dans l'air matinal tandis qu'Hayden et Jared gravissaient les marches menant à la porte d'entrée. Ils avaient passé la nuit dans un hôtel, par mesure de précaution, au cas où quelqu'un aurait cherché à les suivre ou à placer un balise sur eux pour dénicher leur résidence. Les suspects potentiels étaient soit le harceleur, qu'ils soupçonnaient toujours d'avoir orchestré cette ruse pour les faire sortir, soit des paparazzis trop ambitieux cherchant à décrocher le scoop en découvrant le nouveau foyer des Oakley. Jared avait pris des dispositions particulières en louant un véhicule sous une fausse identité et en veillant à ce que l'hélicoptère fasse l'objet d'une vérification complète de fond en comble. Et comme ces deux hommes se ressemblaient dans leur façon de gérer les crises, ressassant leurs inquiétudes dans un silence sombre, la nuit avait été particulièrement éprouvante. Leurs vêtements froissés







