Se connecterIl se penche au-dessus de moi, et ses cheveux noirs, défaits, forment un rideau autour de nos visages, nous isolant du reste du monde. Ses yeux jaunes brillent comme deux petites lunes jumelles, et dans leur lumière, je vois tout son amour, tout son désir, toute sa tendresse. — Tu es prête ? murmure-t-il, sa voix rauque chargée d'émotion. — Je suis prête, je réponds en l'attirant contre moi, mes bras s'enroulant autour de son cou, mes doigts s'enfouissant dans ses cheveux. Cette nuit-là, nous faisons l'amour sous la lune, avec la forêt pour témoin et les étoiles pour musique. Nos corps se connaissent, se reconnaissent, se répondent avec une harmonie parfaite, comme deux instruments accordés au même diapason. Il n'y a pas de maladresse, pas de précipitation, pas de routine non plus , malgré les années, malgré les enfants, malgré les nuits innombrables que nous avons déjà passées ensemble. Chaque fois est unique. Chaque fois est la première. Chaque fois est la dernière. Juste deux ê
Kael s'approche de moi, et pose ses mains sur mes épaules. Ses doigts sont chauds, rassurants, et ils descendent lentement le long de mes bras, caressant ma peau à travers la soie avec une lenteur délibérée qui me fait frissonner des pieds à la tête. — Ce n'est pas la clairière qui est parfaite, murmure-t-il en plongeant son regard dans le mien. Ni les lanternes, ni les pétales, ni les coussins. C'est toi. Tu es la plus belle des reines, la plus belle des louves, la plus belle des femmes. Et ce soir, tu es ma femme. Pour l'éternité. Il se penche, et il m'embrasse. Ce n'est pas un baiser rapide, volé, furtif. C'est un baiser qui prend son temps. Un baiser qui s'installe, qui s'approfondit, qui s'épanouit. Ses lèvres sur les miennes sont chaudes, fermes et douces à la fois, et elles bougent avec une lenteur exquise, comme s'il voulait savourer chaque milliseconde de ce contact. Sa langue écarte doucement mes lèvres, et elle explore ma bouche avec une tendresse mêlée de passion, goût
Héloïse La cérémonie terminée, les festivités battent encore leur plein dans la clairière sacrée. Les musiciens jouent des airs endiablés, les loups hurlent à la lune entre deux danses, et les villageois lèvent leurs gobelets en scandant nos noms. Mais Kael et moi avons d'autres projets pour cette nuit. D'autres désirs. D'autres promesses à nous faire, loin des regards et des oreilles. Nous nous éclipsons discrètement, main dans la main. Nos doigts sont entrelacés, et ce simple contact suffit à faire battre mon cœur plus vite. Personne ne nous retient. Une nuit de noces est sacrée, chez les loups comme chez les humains, et il est de tradition que les jeunes époux disparaissent avant la fin des réjouissances pour célébrer leur union dans l'intimité. Certains nous lancent des regards complices, d'autres des sourires entendus. Milo, que j'aperçois près du buffet, lève son verre dans notre direction avec un clin d'œil qui signifie clairement : "Amusez-vous bien, et ne revenez pas trop
Milo La fête bat son plein. Les musiciens jouent une gigue endiablée, les loups et les humains dansent ensemble sur l'herbe foulée de la clairière, et les bouteilles de vin se vident les unes après les autres. Je suis assis sur un banc, légèrement à l'écart, et je regarde Héloïse et Kael. Ils sont beaux, tous les deux. Beaux et heureux, et cette image me remplit d'une joie si intense qu'elle en est presque douloureuse. Je ne suis pas doué pour les discours. Je suis un loup, un guerrier, un protecteur. Les mots ne sont pas mon arme de prédilection — je préfère les crocs et les griffes, les actes plutôt que les paroles, les preuves plutôt que les promesses. Mais ce soir, je veux parler. Ce soir, je dois parler. Pour Héloïse. Pour mon père. Pour tout ce que nous avons traversé ensemble. Je me lève, et je tape doucement sur mon verre avec une cuillère en argent. Le son cristallin attire l'attention des invités, et peu à peu, le silence se fait dans la clairière. Tous les regards se to
Héloïse La cérémonie d'union a lieu la nuit de la pleine lune, comme le veut la tradition des loups. Mais contrairement aux unions habituelles, qui sont célébrées dans l'intimité de la clairière sacrée, en présence seulement de la meute et des esprits de la forêt, celle-ci est ouverte à tous. Aux loups, bien sûr. Mais aussi aux villageois, aux étudiants, aux professeurs, à tous ceux qui veulent témoigner de notre amour. C'est une première dans l'histoire de Brumeval, et je suis fière que cette première soit pour nous. La clairière sacrée a été transformée pour l'occasion. Les arbres centenaires sont décorés de lanternes argentées qui diffusent une lumière douce, presque irréelle, et de guirlandes de fleurs blanches — des lys, des jasmins, des roses — qui embaument l'air nocturne de leurs parfums enivrants. Des rubans de soie flottent dans la brise, attachés aux branches basses, et le sol est recouvert de pétales de fleurs qui forment un tapis moelleux sous les pieds des invités. D
Héloïse Malgré les jumeaux, malgré les nuits sans sommeil, malgré les responsabilités de reine qui pèsent sur mes épaules, je n'ai pas oublié ma promesse. J'ai promis au doyen, et à moi-même, de finir mes études. D'obtenir mon diplôme. De prouver au monde entier qu'une louve peut être savante, qu'une reine peut être étudiante, qu'une mère peut être diplômée. Et je tiendrai cette promesse. Même si cela doit être la chose la plus difficile que j'aie jamais entreprise. Les mois qui suivent la naissance des jumeaux sont une course contre la montre perpétuelle. Mes journées commencent avant l'aube, quand Fenris réclame sa première tétée, et se terminent tard dans la nuit, quand je relis mes cours à la lueur d'une bougie en berçant Lila qui a du mal à s'endormir. Entre les deux, il y a les réunions de la meute, les audiences avec les villageois, les séances de travail avec Milo qui m'assiste dans mes tâches administratives. Et bien sûr, les cours à l'université, les travaux dirigés, les
HéloïseLe campus, c'est une jungle. Je l'ai toujours su, mais je l'avais oublié. Quand on est invisible, on est en sécurité. Les prédateurs ne chassent que ce qu'ils voient. Mais maintenant, je ne suis plus invisible. Maintenant, je suis une cible.Je franchis les grilles du campus et je le sens t
Mathe Le test lui-même n'est pas dans la poubelle. Je vérifie, je remue les détritus du bout des doigts, le cœur au bord des lèvres. Rien. Donc elle l'a gardé, la petite sotte. Elle l'a caché quelque part. Je retourne dans sa chambre, méthodique, déterminée, plus calme en apparence mais avec un fe
HéloïseMon réveil est lent, pâteux, comme si je remontais d'un puits très profond sans parvenir à atteindre la surface.J'ouvre les yeux sur le plafond de ma chambre. Le plâtre blanc avec la fissure en zigzag près du lustre, celle que je fixe tous les matins depuis trois ans. Elle ressemble à un é
HéloïseJe suis une ombre dans ma propre vie, et une ombre, personne ne la voit vraiment. On la devine parfois, du coin de l'œil, mais on se retourne et il n'y a déjà plus rien.Je traverse le couloir sans faire craquer le parquet. J'ai appris. Chaque latte qui grince, je la connais par cœur. La ci







