LOGINLa colère de Raphaël n’était pas retombée. Elle s’était simplement transformée en autre chose. Quelque chose de plus lourd. De plus silencieux. De plus dangereux.Depuis la scène avec Bertrand, il ne me quittait presque plus. Pas d’un regard. Pas d’une présence. Quand je m’asseyais, il s’asseyait en face. Quand je marchais dans un couloir, ses pas résonnaient derrière les miens. Quand je m’enfermais dans la bibliothèque pour relire les dossiers de Marcel, il s’installait dans le fauteuil d’en face, un verre à la main, les yeux fixés sur moi comme s’il attendait que je me brise… ou que je cède.Ce soir-là, l’air de la demeure Langmore était trop chaud. Orage en approche. Les rideaux bougeaient à peine. Je portais une chemise de nuit fine, trop légère pour la tension qui régnait entre nous. Je m’étais convaincue que je pouvais l’ignorer. Que la vengeance suffisait à éteindre tout le reste.Je me trompais.Je le trouvai dans le grand salon, chemise ouverte au col, manches relevées, un
Je n’avais pas vu venir le coup. La soirée se déroulait dans les salons d’un hôtel particulier, une de ces réceptions où l’on mélange affaires et apparences. Je discutaient avec une investisseuse quand Bertrand s’approcha par derrière, trop près, sa main se posant un instant trop longtemps dans le bas de mon dos sous prétexte de me guider vers le buffet.« Tu as l’air fatiguée ce soir, Eunice », murmura-t-il contre mon oreille. « Ces bijoux te pèsent peut-être. Ou c’est le poids des secrets. »Je me raidie. Avant que je puisse répondre, une ombre s’interposa.Raphaël. Il n’avait rien dit. Il n’en avait pas besoin. Sa main se referma sur le poignet de Bertrand avec une précision froide et le retira de mon corps comme on retire une souillure. Le silence qui suivit fut instantané. Plusieurs regards se tournèrent vers nous.« Tu touches à ma femme, Goal », dit Raphaël d’une voix basse, presque douce. Trop douce. « Une seule fois. Et ce sera la dernière. »Bertrand tenta de se dégager.
Je le vis dès que je franchis la porte du petit salon privé de l’hôtel. Bertrand se tenait debout près de la fenêtre, les épaules tendues, les mains crispées derrière le dos. La lumière du soir dessinait des ombres dures sur son visage. Il n’avait pas allumé les lampes. Il voulait l’obscurité. Ou peut-être qu’il n’osait plus me regarder en pleine lumière.Raphaël était resté en bas, volontairement. « Va. Mais si tu n’es pas de retour dans quinze minutes, je monte. » Quinze minutes. C’était tout ce que je m’accordais.Je refermai la porte derrière moi. « Vous vouliez me parler, Bertrand. Alors parlez. »Il se retourna lentement. Ses yeux me fouillèrent sans pudeur. La robe, le collier, la façon dont je tenais ma tête. Puis il laissa échapper un souffle rauque.« C’est toi. »Le cœur me manqua un battement. Mais je ne cillai pas. « Je vous demande pardon ? »« Ne joue plus. » Sa voix trembla. « Depuis des semaines je me dis que je deviens fou. Que je projette. Que la culpabilité m
Ce fut un instant. Rien de plus. Un regard lancé par-dessus mon épaule, au milieu d’une conversation anodine avec un investisseur. Un regard que je crus parfaitement contrôlé. Mais Bertrand, lui, le vit. Et quelque chose en lui bascula.Nous étions à la terrasse d’un restaurant privé, une réunion d’affaires déguisée en déjeuner. Raphaël discutait chiffres avec deux associés. Daniella était absente, retenue par « des courses ». Jasmine n’était pas non plus présente. Juste Bertrand. Et moi.Je sentis son regard s’accrocher au mien une seconde de trop. Puis il se leva, prétextant un appel, et s’éloigna vers le fond de la terrasse. Quand il revint, son visage avait changé. Plus fermé. Plus tendu.Le déjeuner s’acheva dans une politesse glaciale. Quand tout le monde se dispersa, Bertrand m’intercepta près des ascenseurs, tandis que Raphaël terminait une conversation.« On peut parler ? » demanda-t-il d’une voix basse.Je soulevai un sourcil. « Ici ? »« Cinq minutes. S’il te plaît. »L
Je le sentis avant même de le voir. Ce regard. Lourd. Insistant. Trop familier pour être anodin. Nous étions à la soirée d’un investisseur commun, dans un hôtel particulier du centre. Lustre de cristal. Champagne. Rires feints. Et Bertrand Goal qui ne me quittait plus des yeux depuis mon arrivée.Raphaël l’avait remarqué aussi. Sa main restait posée contre le bas de mon dos, possessive, presque provocante. « Il te regarde encore », murmura-t-il contre mon oreille. « Je sais. »« Ça devient dangereux. »« Ou utile. »Je m’écartai légèrement de lui et traversai le salon d’un pas lent, calculé. Comme prévu, Bertrand se détacha de son groupe et m’intercepta près des grandes fenêtres.« Eunice. »Ma fausse identité dans sa bouche me donna toujours autant la nausée. « Bertrand. »Il me détailla sans pudeur. La robe bleu nuit que je portais. Les diamants à mes oreilles. La façon dont mes cheveux retombaient sur une épaule. « Tu es… différente ce soir. »« Différente de quoi ? »Il
J’avais tout calculé. Le jour. L’heure. Le lieu. Même la robe que je porterais : quelque chose de simple, de clair, presque anodin. Rien qui puisse rappeler Julia Moreau. Rien qui puisse faire tiquer Daniella ou Jasmine si jamais quelqu’un me voyait.Yoann avait un cours de piano le mardi après-midi, dans une école privée du centre-ville. Bertrand l’y emmenait parfois. Parfois, c’était une nounou. Ce mardi-là, c’était la nounou. Et la nounou avait l’habitude de le laisser dix minutes seul dans le petit jardin attenant pendant qu’elle allait chercher le professeur.Dix minutes. C’était tout ce que j’avais.Raphaël avait tenté de m’en dissuader. « C’est trop risqué. Si quelqu’un te reconnaît… »« Personne ne me reconnaîtra. Je suis morte, souviens-toi. »« Julia… »Le prénom m’avait fait tressaillir. Il ne l’utilisait presque plus. « J’ai besoin de le voir », avais-je répondu. « Juste le voir. Entendre sa voix. Savoir qu’il respire encore. Après ça, je redeviendrai Eunice. Je te







