Mag-log inNéliaNoé m’accompagne jusqu’aux ascenseurs. Il parle de la manière dont Kaïs a répondu aux journalistes, persuadé que cette reconnaissance publique mettra enfin fin aux sous-entendus.Je garde le carnet contre ma poitrine. Dans la salle, Kaïs a prononcé le mot sœur sans hésiter, puis expliqué qu’il aurait risqué sa vie pour n’importe qui d’autre. Noé a entendu une protection. J’ai entendu la porte de la suite se refermer sur Sixtine pendant que je me cachais dans la salle de bains.La bague de Noé pèse contre le carton du carnet. La veille, elle représentait un appartement où mes vêtements avaient enfin une place, une date que maman pourrait entourer sur son calendrier et un homme capable de me présenter sans changer de vocabulaire selon la personne qui entrait dans la pièce. Kaïs vient de trans
KaïsSixtine pose la boucle d’oreille de Nélia sur le communiqué.La pierre roule jusqu’à mon stylo. Derrière la cloison, les techniciens testent les micros et les journalistes prennent place. Nous avons encore sept minutes avant d’entrer dans la salle.— Elle était dans ta suite vendredi.Je prends le bijou. Sixtine suit ma main jusqu’à la poche intérieure de ma veste.Elle a quitté Londres après avoir signé le rapport, puis elle est revenue avant l’aube. Son père avait reçu une copie des images du couloir. Les photographies montrent Nélia entrant dans ma chambre, puis ressortant trois heures plus tard. Elles montrent aussi la robe mal fermée et le manteau serré contre elle.Une enveloppe identique est destinée à Noé.— Qui les a envoyées ?— Mon père c
NéliaNoé annonce nos fiançailles avant la fin du premier café.Il devait attendre que j’appelle maman. Sa sœur l’a devancé en publiant la photographie de ma main dans la conversation familiale, puis un collègue a aperçu l’écran. Lorsque j’arrive au bureau provisoire, quelqu’un a déjà posé une boîte de pâtisseries près des plans.Les félicitations m’enveloppent dès l’entrée. Ma responsable embrasse mes joues, deux collègues réclament de voir la bague et une stagiaire me demande si nous avons choisi une date. Je réponds que tout s’est passé la veille et que nous avons à peine eu le temps de terminer la bouteille.Noé raconte le dîner froid et le bouchon contre le plafond. Il transforme la soirée manquée en histoire drôle. Je ris
NéliaLa lumière de la cuisine reste allumée derrière la porte vitrée de l’appartement. Je cherche mes clés deux fois dans mon sac avant de les trouver.Noé est assis près de la table, la cravate desserrée et les manches retroussées. Deux boîtes portent le nom du restaurant où nous devions dîner. La bouteille de champagne attend encore dans son seau, entourée d’eau tiède.— Antoine va bien ?Je pose mon sac et garde mon manteau fermé.— Il était réveillé. Il a parlé quelques minutes.La joie passe sur le visage de Noé. Il demande ce qu’Antoine a dit, si Camille semblait rassurée, si le médecin a donné des nouvelles. Je réponds en retirant mes chaussures. Ces détails sont vrais et sortent facilement. Lorsque mon manteau glisse enfin de mes épaules, son attention s’arrête sur ma robe froissée.— Tu as perdu une boucle.Il vient remettre une mèche derrière mon oreille. Je touche le lobe vide avant qu’il puisse le faire.— Elle a dû tomber à l’hôtel.— On appellera demain.Noé embrasse ma
Nélia— Kaïs ? appelle Sixtine. Ouvre.La boucle d’oreille brille encore sous le bureau. Kaïs suit mon regard, ramasse ma robe et me la lance. La poignée s’abaisse une seconde fois pendant que j’essaie de retrouver l’ouverture du vêtement parmi les plis.Il désigne la chambre. Je traverse la suite pieds nus, les talons serrés contre ma poitrine, puis me glisse dans la salle de bains. La porte se referme sans bruit. Je passe la robe par-dessus mes hanches dans l’obscurité ; la fermeture reste ouverte jusqu’au milieu de mon dos et une manche se retourne autour de mon bras. Kaïs attend que le verrou soit en place avant d’ouvrir.La voix de Sixtine entre avant ses pas. Elle parle du rapport d’incendie, de deux réserves ajoutées par les avocats et du chauffeur qui l’attend pour l’aéroport. Son ton reste égal. J’appuie ma robe contre mes seins et regarde mon visage dans le miroir à peine éclairé par la chambre. Mon mascara a coulé sous un œil. Ma bouche porte encore la pression des baisers
NéliaLe battant revient dans son cadre. Le déclic de la serrure me traverse jusque dans le ventre.Kaïs reste à quelques pas. Le passage vers la porte est libre. Mon téléphone s’allume encore dans ma main.*Tu arrives ?*Je le pose face contre la table.Kaïs attrape la ceinture de mon manteau et me tire vers lui. Sa bouche trouve la mienne avec une violence qui me fait reculer jusqu’au mur. Je m’accroche à sa chemise, déjà incapable de retrouver la colère qui m’a conduite jusqu’à la porte.— Tu vas épouser Sixtine, soufflé-je contre ses lèvres.— Enlève ton manteau.Je secoue la tête. Il desserre lui-même le nœud, fait glisser le tissu de mes épaules et le laisse tomber. La robe bleue apparaît entre nous. Le regard de Kaïs descend lentement jusqu’à mes jambes.— C’est pour lui ?— Oui.Sa main se referme sur ma nuque. Il m’embrasse de nouveau, plus profondément, jusqu’à ce que mes ongles passent sous son col. Sa poitrine se soulève contre la mienne. La cicatrice de son bras accroche







