Mag-log inNéliaNoé annonce nos fiançailles avant la fin du premier café.Il devait attendre que j’appelle maman. Sa sœur l’a devancé en publiant la photographie de ma main dans la conversation familiale, puis un collègue a aperçu l’écran. Lorsque j’arrive au bureau provisoire, quelqu’un a déjà posé une boîte de pâtisseries près des plans.Les félicitations m’enveloppent dès l’entrée. Ma responsable embrasse mes joues, deux collègues réclament de voir la bague et une stagiaire me demande si nous avons choisi une date. Je réponds que tout s’est passé la veille et que nous avons à peine eu le temps de terminer la bouteille.Noé raconte le dîner froid et le bouchon contre le plafond. Il transforme la soirée manquée en histoire drôle. Je ris
NéliaLa lumière de la cuisine reste allumée derrière la porte vitrée de l’appartement. Je cherche mes clés deux fois dans mon sac avant de les trouver.Noé est assis près de la table, la cravate desserrée et les manches retroussées. Deux boîtes portent le nom du restaurant où nous devions dîner. La bouteille de champagne attend encore dans son seau, entourée d’eau tiède.— Antoine va bien ?Je pose mon sac et garde mon manteau fermé.— Il était réveillé. Il a parlé quelques minutes.La joie passe sur le visage de Noé. Il demande ce qu’Antoine a dit, si Camille semblait rassurée, si le médecin a donné des nouvelles. Je réponds en retirant mes chaussures. Ces détails sont vrais et sortent facilement. Lorsque mon manteau glisse enfin de mes épaules, son attention s’arrête sur ma robe froissée.— Tu as perdu une boucle.Il vient remettre une mèche derrière mon oreille. Je touche le lobe vide avant qu’il puisse le faire.— Elle a dû tomber à l’hôtel.— On appellera demain.Noé embrasse ma
Nélia— Kaïs ? appelle Sixtine. Ouvre.La boucle d’oreille brille encore sous le bureau. Kaïs suit mon regard, ramasse ma robe et me la lance. La poignée s’abaisse une seconde fois pendant que j’essaie de retrouver l’ouverture du vêtement parmi les plis.Il désigne la chambre. Je traverse la suite pieds nus, les talons serrés contre ma poitrine, puis me glisse dans la salle de bains. La porte se referme sans bruit. Je passe la robe par-dessus mes hanches dans l’obscurité ; la fermeture reste ouverte jusqu’au milieu de mon dos et une manche se retourne autour de mon bras. Kaïs attend que le verrou soit en place avant d’ouvrir.La voix de Sixtine entre avant ses pas. Elle parle du rapport d’incendie, de deux réserves ajoutées par les avocats et du chauffeur qui l’attend pour l’aéroport. Son ton reste égal. J’appuie ma robe contre mes seins et regarde mon visage dans le miroir à peine éclairé par la chambre. Mon mascara a coulé sous un œil. Ma bouche porte encore la pression des baisers
NéliaLe battant revient dans son cadre. Le déclic de la serrure me traverse jusque dans le ventre.Kaïs reste à quelques pas. Le passage vers la porte est libre. Mon téléphone s’allume encore dans ma main.*Tu arrives ?*Je le pose face contre la table.Kaïs attrape la ceinture de mon manteau et me tire vers lui. Sa bouche trouve la mienne avec une violence qui me fait reculer jusqu’au mur. Je m’accroche à sa chemise, déjà incapable de retrouver la colère qui m’a conduite jusqu’à la porte.— Tu vas épouser Sixtine, soufflé-je contre ses lèvres.— Enlève ton manteau.Je secoue la tête. Il desserre lui-même le nœud, fait glisser le tissu de mes épaules et le laisse tomber. La robe bleue apparaît entre nous. Le regard de Kaïs descend lentement jusqu’à mes jambes.— C’est pour lui ?— Oui.Sa main se referme sur ma nuque. Il m’embrasse de nouveau, plus profondément, jusqu’à ce que mes ongles passent sous son col. Sa poitrine se soulève contre la mienne. La cicatrice de son bras accroche
KaïsNélia arrive à dix-sept heures cinquante-sept.Elle porte la robe bleue choisie pour le dîner avec Noé sous un manteau clair. Ses cheveux tombent sur ses épaules et de petites pierres brillent à ses oreilles. Je reconnais la paire portée à la réception.Elle garde son sac lorsqu’elle entre dans la suite.— On appelle maman et je pars.Je referme la porte. L’ordinateur attend sur la table basse, déjà connecté à la chambre de mon père.Le rapport final de l’hôtel est posé sur la console. Sixtine doit venir le signer à vingt heures avant de rejoindre l’aéroport.Nélia retire son manteau et le plie sur le dossier d’un fauteuil. La robe suit sa taille avant de s’ouvrir légèrement sur ses jambes. Son parfum arrive jusqu’à moi lorsqu’elle s’assied. Elle a préparé cette soirée pour Noé et apporte chaque détail dans ma suite.Camille apparaît la première. Elle rapproche l’écran du lit et le visage de mon père entre dans le cadre. Sa peau garde la couleur grise des dernières semaines. Il r
NéliaMes robes occupent désormais la moitié du placard de Noé.Il a déplacé ses chaussures sous le lit, vidé deux tiroirs et collé mon prénom à côté du sien sur la boîte aux lettres. L’étiquette penche légèrement vers la droite. Chaque matin, je la redresse en passant devant.Noé trouve ce nouveau geste très drôle.— Elle tiendra jamais droite.— Elle tiendra si tu arrêtes de claquer la porte.Il m’embrasse dans l’entrée et part travailler avec sa cravate dans la poche. Je reste devant les deux noms jusqu’à ce que l’ascenseur l’emporte.L’agence me laisse poursuivre le projet depuis Londres. Les réunions se font en ligne et le chantier reste fermé au public, mais une partie des équipes peut retourner au rez-de-chaussée. Ma cheville ne nécessite plus d’attelle. Je reprends le métro seule et passe mes journées entre l’appartement et le bureau provisoire installé dans un immeuble voisin.Noé reçoit la confirmation définitive de son poste un mercredi soir. Il ouvre une bouteille achetée







