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Chapitre 65 — La trêve

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-25 08:18:11

Le Lit du rival

Deux parrains de la mafia arménienne, ennemis depuis dix ans, signent une trêve en échangeant leurs otages les plus précieux : Levon cède sa sœur Anoush à Vahan, Vahan cède son frère Aram à Levon. Chacun doit dormir dans le lit de son nouveau maître, contre lui, pour « qu'il ne s'enfuie pas ». Mais les nuits sont longues, les corps se rapprochent, et la haine devient désir, puis amour. Entre jalousies, trahisons et guerre, les deux couples se battent pour survivre, se
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    AramLa maison de Levon Bedrosian est une forteresse.Un manoir en pierre grise, construit au sommet d'une colline, entouré d'arbres centenaires et de grilles en fer forgé. Des caméras de surveillance à chaque coin. Des gardes armés à chaque porte. Des chiens , des bergers allemands, noirs et nerveux , qui rôdent dans le jardin. C'est une prison dorée. Une cage de luxe. Un tombeau de marbre.La voiture s'arrête devant l'entrée principale. Davit m'ouvre la portière. Il me tire par le bras. Brutalement. Sans ménagement. Je trébuche. Je manque de tomber. Je me rattrape. Je le suis. Je traverse le hall d'entrée. Le sol est en marbre blanc. Les murs sont couverts de tapisseries anciennes. Un lustre en cristal pend du plafond. C'est beau. C'est froid. C'est mort.Levon monte les escaliers. Je le suis. Davit me pousse dans le dos. Je monte. Je monte. Je monte. Les marches sont en bois sombre. Elles grincent sous mes pas. Les murs sont couverts

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    AramLa voiture de Levon Bedrosian sent le cuir neuf et le bois de santal. Une odeur de luxe. Une odeur de pouvoir. Une odeur de mort. Je suis assis à l'arrière, les mains menottées sur les genoux, le dos droit, la tête haute. Je ne tremble pas. Je ne pleure pas. Je ne supplie pas. Je regarde par la fenêtre, et je compte les étoiles qui percent la pollution de la ville.Une. Deux. Trois. Quatre. Cinq.Levon est assis à l'avant, à côté du chauffeur. Un homme silencieux, massif, qui n'a pas prononcé un mot depuis le restaurant. Levon ne s'est pas retourné une seule fois. Il ne m'a pas regardé. Il ne m'a pas parlé. Il regarde droit devant lui. La route. La nuit. L'avenir.Je ne le connais pas. Je ne l'avais jamais vu avant ce soir. Je savais seulement qu'il était le parrain du clan Bedrosian. L'ennemi de mon frère. L'homme qui avait tué notre oncle. L'homme qui avait brûlé notre entrepôt. L'homme qui avait déclaré la guerre il y a dix ans.

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    Puis elle détourne les yeux. Et elle ne me regarde plus.— Aram Sarkisian, dit Levon en se tournant vers moi. Tu es à moi maintenant. Tu vivras chez moi. Tu dormiras chez moi. Tu obéiras à moi. Tu es ma chose.Je ne hoche pas la tête. Je ne dis rien. Je le regarde. Droit dans les yeux. Sans ciller. Sans trembler. Sans supplier.— Je ne suis la chose de personne, dis-je.Il sourit. Encore. Ce sourire lent, profond, dangereux. Ce sourire qui dit : tu apprendras.— Nous verrons, dit-il.Il fait un signe à Davit, son bras droit. Un homme grand, large, chauve, avec une cicatrice qui lui traverse la joue gauche. Davit s'approche de moi. Il me prend par le bras. Fermement. Brutalement. Il me tire vers la sortie.Je résiste. Une seconde. Une seule. Juste pour sentir la pression de sa main. Juste pour sentir ma propre force. Puis je cède. Je le suis. Je traverse la salle. Je traverse le couloir. Je traverse le restauran

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    Le Lit du rivalDeux parrains de la mafia arménienne, ennemis depuis dix ans, signent une trêve en échangeant leurs otages les plus précieux : Levon cède sa sœur Anoush à Vahan, Vahan cède son frère Aram à Levon. Chacun doit dormir dans le lit de son nouveau maître, contre lui, pour « qu'il ne s'enfuie pas ». Mais les nuits sont longues, les corps se rapprochent, et la haine devient désir, puis amour. Entre jalousies, trahisons et guerre, les deux couples se battent pour survivre, se marient, adoptent des enfants, vieillissent ensemble. Un soir, ils meurent dans les bras l'un de l'autre. Les amandiers fleurissent. L'amour demeure.AramL'air sent le cigare froid et le café brûlé. Une odeur de fin de soirée, de fin de monde, de fin de tout. L'arrière-salle du Vagharshapat , un restaurant arménien de Brighton Beach que je connais depuis l'enfance , n'a jamais été aussi silencieuse. Les tables ont été poussées contre les murs. Les chaises empilées.

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    Yûsuf Le bain est terminé. L'eau froide s'est écoulée. La punition s'est achevée. Le maître s'habille. Lentement. Silencieusement. Il enfile sa tunique, sa ceinture, ses sandales. Il ajuste ses manches. Il lisse ses cheveux. Il se prépare pour le jour qui vient. Il se prépare pour le monde extérieur. Il se prépare pour tout ce qui n'est pas nous. Je suis debout devant lui. Nu. Tremblant. Le corps encore marqué par le froid, par la punition, par le plaisir. Je le regarde. Je le regarde comme je n'ai jamais regardé personne. Je le regarde comme si ma vie en dépendait. Parce que c'est le cas. Ma vie en dépend. Ma vie ancienne. Ma vie nouvelle. Ma vie tout entière. Il s'approche. Lentement. Il pose sa main sur ma nuque. Ses doigts s'enfoncent dans mes cheveux mouillés. Il me regarde. Longuement. Sans rien dire. Et dans son regard, il y a quelque chose de nouveau. Quelque chose que je n'avais jamais vu. Quelque chose qui ressemble à de la tendresse. À de la possession. À de la pr

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    YûsufJe m'agenouille sans qu'on me le demande.C'est la première fois. La première fois que je le fais de moi-même. La première fois que je prends l'initiative. La première fois que je m'offre. Il est debout devant moi. Il me regarde. Il attend. Il ne dit rien. Il n'ordonne rien. Il ne commande rien. Il attend. Simplement. Silencieusement. Totalement.Et moi, je m'agenouille.Mes genoux touchent la pierre froide. Mes mains se posent sur mes cuisses. Ma tête se baisse. Mon dos se courbe. Je m'agenouille comme je ne me suis jamais agenouillé. Je m'agenouille comme un serviteur qui accepte sa servitude. Je m'agenouille comme un homme qui accepte sa soumission. Je m'agenouille comme une offrande qui accepte d'être offerte.Il sourit.Enfin. Après des semaines, des mois, des siècles, il sourit. Un vrai sourire. Un sourire qui n'a rien à voir avec l'amusement, avec la moquerie, avec la possession. Un sourire qui vient du fond de lui. Un sourire qui monte de son âme. Un sourire qui dit : je

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