LOGINChloé
Il ouvre les yeux. Il me regarde.
--- Je veux t'embrasser, Chloé. Maintenant. Depuis treize ans que je rêve de t'embrasser. Dis-moi oui.
--- Raph...
--- Dis-moi oui. Juste une fois. Juste pour savoir.
Je tremble. Je sais que c'est mal. Je sais que c'est le début de quelque chose d'immense et de dangereux. Mais je ne peux pas dire non. Pas à lui. Pas maintenant.
--- Oui.
Il se lève. Il s'assoi
Sa main se lève. Lentement. Ses doigts effleurent mes cheveux, attrapent une mèche rebelle, la glissent doucement derrière mon oreille. Exactement comme il y a cinq ans. Exactement comme dans mes souvenirs, dans mes rêves, dans mes fantasmes.--- Ça ?--- Matthias...Sa main ne s'arrête pas. Ses doigts descendent le long de mon cou, effleurent ma nuque, ma clavicule. Je frissonne. Je retiens mon souffle. Je vais mourir.--- Ou ça ?Il défait le premier bouton de mon chemisier. Un seul. Ses doigts touchent ma peau, juste au-dessus de mon cœur. Brûlants. Électriques. Je sens mon téton se durcir sous le tissu.--- Ou ça ?Il défait le deuxième bouton. Sa main s'insinue, écarte le chemisier, effleure la dentelle de mon soutien-gorge. Son pouce caresse la naissance de mon sein, juste là où la peau est la p
ChloéLe lendemain matin, mon téléphone sonne à sept heures précises. Je suis déjà réveillée, les yeux ouverts, à regarder le plafond de ma chambre d'enfant. Je n'ai presque pas dormi. Les images de la nuit, les rêves éveillés, les découvertes de la veille tournent encore dans ma tête.L'écran affiche "Matthias".--- Réunion au siège à dix heures. Présence obligatoire.Sa voix est professionnelle, distante. Rien à voir avec les murmures de la nuit dernière, dans mes rêves. Ici, c'est le Matthias du monde réel. Le PDG. L'homme d'affaires.--- Pourquoi ?--- Nouveau poste à pourvoir à la fondation. Je veux ton avis.--- Mon avis ou ta décision ?Un silence. Long. Assez long pour que je l'imagine, dans son penthouse, télé
Je me déshabille lentement. Ma robe tombe à mes pieds. Mon soutien-gorge, ma culotte. Je reste nue un instant devant le miroir de l'armoire. Je me regarde. Vingt-neuf ans. Un corps que deux hommes désirent. Un cœur qui aime les deux.Je passe une chemise de nuit légère, en soie, celle que j'avais laissée ici il y a des années. Je me glisse dans les draps qui sentent la lavande. L'oreiller est doux, le matelas ferme, exactement comme dans mes souvenirs.Je n'arrive pas à dormir.Les photos dansent dans ma tête. Le regard de Matthias. Sa main trop basse sur ma taille. Ses yeux brûlants dans la pénombre de la piscine. Dix ans. Dix ans à me désirer sans rien dire.Et Raphaël. Lui aussi. Treize ans, il a dit. Treize ans à m'aimer de loin, à peindre mon visage sur toutes ses toiles, à m'attendre en silence, loin, à New York, à B
Sa collection de premières éditions, ses romans préférés, ses livres d'art. Papiers administratifs. Des factures, des contrats, des relevés. Rien d'intéressant. Je fouille, je trie, je mets de côté ce qui peut être gardé, ce qui doit être jeté, ce qui ira aux archives. Les heures passent. La lumière change à travers la petite lucarne.Et puis je tombe sur une malle en cuir marron, fermée par une courroie. Elle est vieille, abîmée, mais le cuir est encore souple. L'étiquette jaunie dit : "Photos - Enfants".J'ouvre la courroie avec des doigts qui tremblent un peu. Je soulève le couvercle. L'odeur du vieux papier, des tirages argentiques, de la poussière et du temps, monte vers moi. Je plonge mes mains dedans avec précaution, comme si je touchais quelque chose de sacré.Les premières photos datent d'il
ChloéTrois jours ont passé depuis cette nuit chez Matthias. Trois jours depuis que leurs corps se sont mêlés au mien, depuis que leurs bouches ont embrassé ma peau, depuis que j'ai crié leurs noms dans l'ordre et le désordre.Trois jours à flotter dans un brouillard de désir et de confusion.Le matin, je me réveille en sursaut, le corps encore vibrant de rêves où ils sont là, tous les deux, leurs mains sur moi, leurs souffles mêlés au mien. Je reste un long moment dans mon lit, les yeux ouverts, à regarder le plafond en repassant chaque détail de cette nuit. La façon dont Matthias m'a regardée avant de me pénétrer. La douceur des doigts de Raphaël sur ma joue. Leurs voix, l'une grave, l'autre plus douce, murmurant mon nom comme une incantation.Matthias m'appelle chaque matin. Toujours à la même heure, huit heures précises. Sa voix grave au téléphone, des questions sur ma nuit, sur ma journée, sur mes pensées.--- As-tu bien dormi ?--- Oui.--- Tu mens. Je l'entends à ta voix.Il ne
ChloéLe lendemain, Matthias insiste pour qu'on se revoit. "Pour discuter de la fondation", dit-il. Mais dans sa voix, j'entends autre chose. Du désir. De l'impatience. De la faim.Raphaël est invité aussi. Nous devons dîner tous les trois. Chez Matthias. Pour "faire semblant d'être une famille", dit-il encore.Je sais que c'est un prétexte. Je sais que c'est dangereux. Mais j'y vais quand même.---Vingt heures. Le penthouse. La même entrée froide. Le même salon design. Mais ce soir, il y a une table dressée dans la salle à manger. Nappe blanche, bougies, argenterie. Il a fait des efforts.Matthias nous accueille à la porte. Costume sombre, chemise blanche, pas de cravate. Il est incroyablement beau. Raphaël est en jean et pull, comme toujours. Le contraste est saisissant.--- Entrez. Le dîner est prê
Reine Il nous enveloppa tous deux de son regard bienveillant, ignorant totalement le gouffre que les mots de son fils venaient d’entrouvrir sous nos pieds.Plus tard, cette nuit-là, alors que Richard dormait d’un sommeil profond et paisible à mes côtés, je m’échappai. Je ne pouvais plus respirer e
Reine Le sifflement de la bouilloire fend l’air étale de la cuisine, un son trop aigu, trop ordinaire. Je pose la main sur le métal chaud de la cafetière, cherchant une sensation concrète pour m’ancrer. Quelque chose qui prouve que je suis ici, maintenant. Debout dans ma propre cuisine, un peignoi
ReineDeux jours. Quarante-huit heures d’un calme précaire, où chaque respiration semble retenue, où chaque bruit dans la maison fait sursauter mon cœur. Richard, heureux, insouciant, flotte dans l’ignorance comme dans un bain chaud. Moi, je me déplace sur une corde raide tendue au-dessus du vide,
Reine La voix de Richard me tire de ma torpeur. Il est radieux, debout, serrant son fils dans ses bras. Je lève les yeux vers eux. Richard, si confiant, si fier. Gabriel, dans l’étreinte de son père, regarde par-dessus son épaule.Et ses yeux se posent sur moi.Ce n’est pas un regard de défi, ni d







