Mag-log inMadame Valois
Il est parti. La porte s'est refermée sur lui avec un bruit sourd qui a résonné dans le silence du bureau. Je reste debout au milieu de la pièce, immobile, ma main encore chaude du contact de sa nuque. Qu'est-ce qui m'a pris. Ce frisson. Ce tremblement de mes doigts. Cette fraction de seconde où j'ai failli perdre le contrôle. Cette envie brutale, irrépressible, de ne pas retirer ma mainMadame Valois Il est parti. La porte s'est refermée sur lui avec un bruit sourd qui a résonné dans le silence du bureau. Je reste debout au milieu de la pièce, immobile, ma main encore chaude du contact de sa nuque. Qu'est-ce qui m'a pris. Ce frisson. Ce tremblement de mes doigts. Cette fraction de seconde où j'ai failli perdre le contrôle. Cette envie brutale, irrépressible, de ne pas retirer ma main. De la laisser là, sur sa nuque offerte. De descendre le long de son dos. De sentir ses muscles jouer sous mes doigts. De le toucher vraiment. Chapitre 13 : La Première Caresse Il l'a senti. J'en suis sûre. J'ai vu dans ses yeux noirs cette lueur de triomphe mêlée de désir. Il a senti mon trouble. Il a vu ma faille. Il sait maintenant que je ne suis pas aussi impassible que je le parais. Je m'assois derrière mon bureau. Me
EnzoLundi. Dix-sept heures. Je suis à genoux sur le parquet de la salle 204.Mais aujourd'hui, quelque chose est différent. Radicalement différent. Madame Valois ne me regarde pas. Elle ne se tient pas debout devant moi, souveraine et attentive. Elle est assise derrière son bureau, une pile de copies devant elle, un stylo rouge à la main. Elle corrige. Ses yeux sont baissés sur les feuilles. Son stylo gratte le papier. Elle ne m'accorde pas un regard.— Restez à genoux, Enzo. Ne bougez pas. Ne parlez pas. Attendez.Sa voix est neutre, distraite, comme si ma présence était un détail insignifiant dans son emploi du temps chargé. Comme si je n'étais qu'un meuble parmi d'autres dans cette pièce.J'obéis. Je reste à genoux. Mes mains sont posées sur mes cuisses, paumes vers le bas. Mon dos est droit. Mes yeux sont baissés vers le sol. Je fixe les veines du bois, les nœuds sombres, les reflets
Et soudain, je la sens. Sous la douleur, sous la brûlure, sous l'inconfort, il y a autre chose. Une présence. Une conscience aiguë de mon corps, de l'espace, du temps qui passe. Chaque seconde est pleine, dense, chargée de sens. Je ne suis pas ailleurs, perdu dans mes pensées, dans mes souvenirs, dans mes projets. Je suis là. Ici. Maintenant. Totalement présent.— Je me sens présent, Madame. Comme si chaque seconde comptait. Comme si je n'avais jamais vraiment été présent avant. Comme si j'avais traversé ma vie en dormant et que je me réveillais enfin.— Bien. Très bien.Elle lève enfin les yeux de ses copies. Son regard vert se pose sur moi. Il me transperce, me sonde, lit en moi. Je suis toujours à genoux, le dos droit malgré la douleur, les mains sur les cuisses. Je soutiens son regard sans ciller, malgré la brûlure qui me consume.— Vous apprenez, Enzo. Plus vite que je ne l'espérais. La distan
Elle le sent. Son sourire s'élargit imperceptiblement.— Votre corps comprend déjà ce que votre esprit refuse encore d'admettre. Regardez-vous, Enzo. À genoux devant moi. Le cœur qui bat comme un tambour. La peau qui brûle. Les pupilles dilatées. Votre corps, lui, a déjà accepté. Il s'est déjà soumis. Il ne reste plus qu'à votre esprit à suivre.Ses doigts descendent encore. Ils suivent la ligne de mon sternum à travers le tissu de mon t-shirt. Je sens leur chaleur à travers l'étoffe. Mes muscles se contractent sous la caresse. Mon ventre se creuse.— Vous êtes fait pour cela, Enzo. Vous l'avez toujours su, au fond de vous. Vous attendiez juste quelqu'un pour vous le révéler. Quelqu'un qui voie à travers votre carapace de provocations. Quelqu'un qui reconnaisse cette faim que vous ne saviez pas nommer.Ses doigts s'arrêtent juste au-dessus de ma ceinture. Ils restent là, suspendus, à quelques millimètre
Lundi. Dix-sept heures.La porte de la salle 204 est entrouverte. Le même rai de lumière dorée filtre par l'interstice. La même odeur de bois ciré, de papier ancien et de son parfum boisé s'en échappe, m'enveloppe avant même que j'aie poussé le battant.J'entre. Je ferme la porte à clé. Le déclic résonne dans le silence comme une signature, comme un verdict, comme une promesse.Je suis à genoux sur le parquet de la salle 204. Mes yeux sont baissés vers le sol. L'enveloppe est posée devant moi, sur le bois ciré. Elle est fermée mais pas scellée. Elle pourrait l'ouvrir sans même déchirer le papier. J'attends.Madame Valois est assise derrière son bureau. Elle porte une jupe crayon grise aujourd'hui, un chemisier blanc en soie dont les premiers boutons sont défaits, laissant deviner la naissance de sa gorge et le collier de perles qui repose sur sa peau, juste au-dessus de la courbe de ses seins. Ses
EnzoLa semaine qui a suivi le premier cours a été une lente combustion.Chaque soir, dans ma chambre, je m'enfermais avec le poème de Baudelaire. La feuille était posée sur mon bureau, sous la lampe. L'écriture de Madame Valois dansait devant mes yeux. Ronde, élégante, parfaitement formée. L'encre noire semblait encore fraîche, comme si elle venait de la tracer. Je passais mes doigts au-dessus du papier sans oser le toucher, de peur d'effacer quelque chose d'essentiel.Je la lisais et la relisais jusqu'à ce que les mots se brouillent, jusqu'à ce qu'ils perdent leur sens pour mieux le retrouver ailleurs, dans ma chair, dans mon ventre.La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse...Le poème parlait d'une femme morte, une servante humble et dévouée. Le poète évoquait son souvenir avec une tendresse mêlée de culpabilité. Il regrettait de ne pas l'avoir assez aimée, de ne pas avoir reco