LOGINSa voix est féroce, presque inhumaine. Et dans cette férocité, je sens tout l'amour qu'il me porte. Un amour qui n'a rien de doux, rien de tendre, rien de civilisé. Un amour de prédateur. Un amour de conquérant. Un amour qui prend, qui possède, qui dévore.— Alors prends-moi, dis-je en ouvrant mes cuisses. Prouve-moi que tu es vivant.Il me prend sans préliminaires, d'un seul mouvement puissant qui m'arrache un cri. Sa blessure s'est rouverte, je le sais, je le sens au sang chaud qui coule sur mon ventre. Mais il continue, imperturbable, les yeux plantés dans les miens. Chaque coup de reins est une affirmation. Chaque gémissement est une revendication. La vie. La vie qui triomphe de la mort. La passion qui triomphe de la peur.— Tu es à moi, dit-il en accélérant le rythme. Dis-le.— Je suis à toi.— Encore.— Je suis à toi. Rien qu'à toi. Pour toujours.— Rien qu'à moi. Personne ne te prendra jamais à moi.
ZorahLa nuit n'est pas finie. L'aube est encore loin, cachée derrière les dunes noires qui bordent l'horizon. Le palais ressemble à une ruche qu'on aurait frappée du pied. Les servantes nettoient le sang sur les dalles. Les gardes empilent les corps des ennemis dans la cour extérieure, en attendant de les brûler. Les blessés gémissent dans l'infirmerie de fortune qu'on a installée dans la salle des banquets. L'odeur de la mort et de la fumée imprègne tout, les murs, les tapis, les vêtements, les cheveux.Tariq refuse toujours de se faire soigner. La blessure sur son torse continue de saigner, mais il repousse les médecins d'un geste impatient. Il veut tout voir, tout vérifier, tout contrôler. Il passe d'un groupe à l'autre, donnant des ordres, réconfortant les blessés, félicitant les survivants. Sa présence est partout, infatigable, magnétique.Je le suis comme une ombre, incapable de le quitter des yeux. Chaque fois qu'il tousse, chaque fois qu'il g
Je tiens bon. Nous tenons bon. La porte ne cède pas. Les minutes s'écoulent, interminables, et peu à peu, les bruits de combat diminuent. Les cris s'espacent. Les armes se taisent. Et finalement, le silence retombe sur le palais.Un silence plus terrifiant que le vacarme.Nous attendons. Personne n'ose parler, personne n'ose bouger. Les enfants eux-mêmes retiennent leurs sanglots. Tous les regards sont fixés sur la porte, attendant qu'elle s'ouvre sur la victoire ou sur la mort.Puis une voix s'élève, de l'autre côté du battant fracassé.— C'est moi. Ouvrez.La voix de Tariq. Épuisée, rauque, mais vivante. Je me précipite vers la porte et tire le verrou de mes mains tremblantes. Le battant s'ouvre en grinçant, et il est là.Tariq.Il est couvert de sang. Ses vêtements sont en lambeaux. Une entaille profonde barre son torse, de l'épaule à la hanche. Son épée pend au bout de son bras, la lame rouge et dégoulinante. Mais il est debout. Il est vivant. Et quand il me voit, un sourire épuis
Il se retourne enfin, et je vois dans ses yeux une tristesse infinie. Une tristesse qui n'a rien à voir avec l'attaque imminente. Une tristesse ancienne, profonde, enracinée.— Ma fille, dit-il en me prenant les mains. Il faut que je te dise quelque chose. Quelque chose que j'aurais dû te dire depuis longtemps.— Papa, il n'y a pas le temps...— Il y a toujours le temps pour la vérité. Écoute-moi. Ta mère n'était pas une simple marchande. Elle était la fille d'un chef de tribu. La tribu des Khalid.Le monde s'arrête. Le vacarme du palais, les cris des servantes, le galop lointain des chevaux, tout disparaît. Il n'y a plus que cette révélation qui me frappe comme la foudre.— Quoi ?— Les Khalid qui attaquent le palais ce soir sont les cousins de ta mère. Les tiens, par le sang. Laila n'a pas eu besoin de les acheter avec de l'or. Elle leur a offert quelque chose de bien plus précieux. La possibilité de te récupérer. Toi, la dernière descendante de leur lignée.— Mais... pourquoi ne m'
ZorahLa nouvelle arrive par une nuit sans lune, portée par un cavalier épuisé qui s'effondre aux portes du palais, une flèche plantée dans l'épaule. Les guetteurs le transportent jusqu'à la grande salle, où Tariq tient conseil avec ses généraux. Je suis dans mes appartements, incapable de dormir, tourmentée par une insomnie qui ne me quitte plus depuis l'exil de Laila, quand Amina fait irruption dans ma chambre sans même frapper.— Lève-toi, dit-elle, le visage blême. Le palais va être attaqué.Je la regarde sans comprendre. Les mots refusent de prendre sens dans mon esprit embrumé de sommeil. Attaqué. Le palais. Notre palais. Cette forteresse imprenable qui se dresse au milieu du désert comme un défi lancé aux siècles.— Par qui ? dis-je enfin.— Laila.Ce nom claque dans l'air comme un coup de fouet. Laila. La première épouse répudiée. La femme que Tariq a chassée à cause de moi. Celle qui a tenté de m'empoisonner, de me briser, de me détruire. Je la croyais disparue, exilée à l'au
ZorahL'annonce officielle est faite lors du dîner hebdomadaire qui réunit toutes les épouses autour de Tariq. C'est un rituel sacré, le seul moment de la semaine où nous partageons tous le même repas, assis autour de la grande table de la salle à manger privée. Les concubines ne sont pas admises. Seules les épouses légitimes ont ce privilège.Ce soir-là, l'atmosphère est particulièrement solennelle. Tariq est vêtu de sa robe de cérémonie, celle qu'il porte pour les grandes occasions. Ses cheveux sont retenus par un cordon d'or. Ses yeux sont graves, et son visage ne trahit aucune émotion.Nous sommes toutes les trois présentes : Amina à sa droite, en sa qualité de première épouse ; moi à sa gauche, portant ostensiblement le collier d'esclave ; et Yasmin un peu en retrait, timide et silencieuse comme à son habitude.Le repas se déroule dans un silence pesant. Les plats se succèdent, délicieux et raffinés, mais personne ne semble y prêter attention. Nous attendons. Nous savons toutes q
Enfin, un eunuque revient, tenant à la main un petit écrin de velours noir. Il le tend à Tariq, qui l'ouvre. À l'intérieur, scintille le pendentif de jade.— Où l'as-tu trouvé ? demande Tariq d'une voix glacée.— Dans les affaires de la quatrième épouse, maître.To
La journée se déroule dans une tension latente. Laila ne m'adresse pas la parole, mais je sens son regard posé sur moi en permanence. Quand je bois, elle regarde ma gorge qui bouge. Quand je parle, elle observe mes lèvres. Quand je marche, elle scrute ma démarche. Ce regard est un
ZorahL'eunuque me conduit à travers un dédale de couloirs que je n'ai jamais empruntés. Les torches qui brûlent sur les murs projettent des ombres dansantes, et le bruit de mes pas nus sur les dalles de marbre résonne comme un tambour funèbre
L'idée d'obéir à cette femme glaciale me révulse, mais j'acquiesce.— Règle numéro trois : ta nuit de noces aura lieu après-demain, à la pleine lune. D'ici là, tu es intouchable. Aucune des épouses, aucun serviteur, personne ne doit poser la main sur toi. Cette règle est pour ta protection autant q







