เข้าสู่ระบบOsric
Son odeur me rend fou. Ce n'est pas une métaphore. Ce n'est pas une exagération de poète. C'est une réalité biologique, animale, viscérale. Chaque fois que je respire dans sa direction, mon loup intérieur se jette contre les barreaux de ma volonté, toutes griffes dehors, et exige que je la marque. Immédiatement. Sans préliminaires. Comme on marque un territoire qu'on refuse de partager. Je me contrôle. Pour l'instant. La voiture s'arrête devant les grilles du Domaine, et je suis le premier à sortir. Pas par galanterie. Parce que j'ai besoin d'air. L'habitacle était saturé d'elle , de ce parfum de pluie et de nuit, de cette odeur de magie ancienne qui n'appartient qu'aux sorcières de sa lignée. Orion conduit, imperturbable comme toujours, mais je sais qu'il la sent aussi. Je le vois à la façon dont ses jointures blanchissent sur le volant. Oberon, à l'arrière, fait mine de lire un livre, mais ses narines frémissent à chaque inspiration. Elle descend de la voiture, et le vent m'apporte une nouvelle bouffée de son odeur. Mon estomac se contracte. Mes crocs s'allongent contre ma volonté. Je me détourne avant que quelqu'un ne remarque. Le Domaine de la Pleine Lune se dresse devant nous, masse de pierre noire et de verre fumé qui semble absorber la lumière du matin plutôt que la refléter. C'est un château, un vrai, avec des tours et des remparts et des gargouilles aux angles des toits. Notre père l'a fait construire il y a trois siècles, quand les Lycans régnaient encore ouvertement sur ces terres. Aujourd'hui, il est caché aux yeux humains par des sorts de dissimulation, invisible sur les cartes, oublié des guides touristiques. Notre sanctuaire. Notre prison dorée. — Impressionnant, murmure Mira. Sa voix me traverse comme une lame chaude. Je serre les poings dans mes poches. — Ce n'est rien, répond Orion avec cette fausse modestie qui le caractérise. Tu verras l'intérieur. Je grogne malgré moi. Il est déjà en train de la séduire. Déjà en train de poser ses marques, d'établir sa dominance. C'est sa nature. C'est la mienne aussi, et c'est bien ça le problème. Les serviteurs s'avancent pour prendre les bagages. Des humains pour la plupart, liés à la meute par serment. Ils baissent les yeux en ma présence, et d'ordinaire je n'y prête aucune attention. Mais aujourd'hui, quand l'un d'eux tend la main vers la valise de Mira, je réagis avant de réfléchir. — Laisse. Ma voix claque comme un coup de fouet. Le serviteur recule, terrorisé. Je saisis la valise moi-même, et le contact du cuir sous mes doigts m'envoie une nouvelle décharge de son odeur. Elle est imprégnée dans le tissu, dans le cuir, dans chaque objet qu'elle a touché. — Elle n'est pas ta propriété, frère. Orion. Il s'est arrêté au milieu de l'allée, et son regard est un avertissement. Pas encore un défi, mais presque. Je soutiens son regard sans ciller. — Je n'ai pas dit le contraire. — Tu n'as pas eu besoin de le dire. Oberon passe devant nous avec un ricanement, son livre sous le bras, sa démarche de félin nonchalant. Il s'adresse à Mira sans même se retourner. — Ne vous inquiétez pas, très chère. Ils sont toujours comme ça. Une rivalité fraternelle qui date d'avant leur naissance. Littéralement. Ils se battaient déjà dans le ventre de notre mère. — Toi aussi, rappelé-je sèchement. — Moi, je me battais avec plus d'élégance. Il s'adosse à un pilier de marbre noir, les bras croisés, et son sourire en dit long. Il est déjà en train de calculer. De peser ses options. De préparer ses coups. C'est le plus jeune, le plus mince, le moins impressionnant physiquement — et c'est pour ça qu'il est le plus dangereux. Oberon ne gagne jamais par la force. Il gagne par la ruse, par la manipulation, par cette intelligence froide qui lui permet de toujours avoir trois coups d'avance. Mira nous observe tour à tour. Elle ne dit rien, mais ses yeux brillent d'une lueur étrange. Presque amusée. Comme si nos tensions ne l'effrayaient pas. Comme si elle les trouvait... divertissantes. Je note mentalement ce détail. Les humains ordinaires sont terrifiés par les Lycans. Même ceux qui vivent parmi nous, même ceux qui ont prêté serment, gardent toujours une peur animale au fond des yeux. Mira n'a pas cette peur. Elle nous regarde comme si elle voyait quelque chose que nous ne soupçonnons pas. Intéressant. Dangereux. Excitant. J'entre dans le Domaine sur ses talons, sa valise toujours à la main, et je profite de cette proximité pour inspirer profondément. Son odeur emplit mes poumons, descend dans mon sang, et mon loup intérieur pousse un hurlement de satisfaction. Un mois. Un mois entier à respirer cette odeur, à traquer cette présence, à découvrir ce qui se cache derrière ces yeux trop calmes et ce pouls trop régulier. Un mois à prouver que c'est moi qui mérite sa préférence. Parce qu'elle va choisir. C'est inévitable. Une femelle ne peut pas résister à trois mâles Alpha sans finir par en préférer un. Et quand elle choisira, je compte bien être celui qu'elle regardera avec autre chose que de la peur ou de la méfiance. Je veux qu'elle me regarde avec du désir. Je veux qu'elle me regarde avec de la reddition. Je veux qu'elle me regarde comme une proie regarde le prédateur qui l'a traquée, rattrapée, possédée et qui lui a fait aimer ça. — Osric. La voix d'Orion me tire de mes pensées. Il s'est arrêté au pied du grand escalier, et son expression est sévère. — Tu peux poser la valise. Les serviteurs la monteront. — Non. — C'est un ordre. — Ce n'est pas mon Alpha.IslaLe soleil se couche sur les remparts, et le monde entier est en feu d'or.Je suis adossée au parapet de pierre, et je regarde les Highlands s'étendre jusqu'à l'horizon, nos Highlands, nos terres en paix, nos champs, nos forêts, nos villages lumineux. Huit ans ont passé depuis la bataille de Glen Morag. Huit ans de paix. Le temps est un fleuve étrange, il emporte les blessures et dépose des joyaux.— Maman ! Maman, regarde !Duncan court vers moi sur les remparts, huit ans, tout le portrait de son père, les cheveux noirs, les yeux sombres, la même démarche de petit taureau déterminé. Il brandit une épée de bois que Torquil lui a sculptée.— Regarde ! Oncle Fergus m'a appris la parade du loup ! Regarde !Il exécute une série de mouvements maladroits et parfaits, le visage intense de concentration, et j'applaudis comme s'il venait de vaincre une armée.— Magnifique, mon amour. Le Corbeau n'aurait pas tenu dix secondes.— Quand je serai grand, je serai le plus grand guerrier des High
IslaUn an a passé, et je ne reconnais plus le monde.Je me tiens sur le balcon de la grande salle nouvellement achevée, Fergus n'avait pas menti, c'est bien la plus belle des Highlands, et je regarde le village s'étendre sous mes yeux. Des maisons de pierre et de bois clair, solides, chaudes, garnies de fumée au-dessus des toits. Des jardins. Un puits autour duquel les enfants jouent. Des ateliers d'où sortent des sons de marteau, de métier à tisser, de vie. Au-delà des palissades, des champs dorés de seigle, des troupeaux, des gens qui travaillent en chantant.Un an de paix. Le premier depuis si longtemps que les anciens ont dû se rappeler ce que le mot voulait dire.— Tu rêvasses, chef.Des bras m'enlacent par-derrière, et je me blottis contre le torse de Lachlan. Il marche encore légèrement raide du côté de sa blessure, il boitera toujours un peu les jours de pluie, mais il est vivant. Il est vivant, et c'est le premier miracle de chacun de mes matins.— Je contemple mon œuvre, di
IslaTrois jours. Trois nuits. Je ne le quitte pas.La tente sent les herbes, le sang, la fièvre. Lachlan gît sur la couche de campagne, pâle comme un mort, sa poitrine se soulevant à peine, si faiblement que je me penche toutes les minutes pour vérifier qu'il respire encore. La dague a touché le foie, a dit Morna. Elle a dit beaucoup d'autres choses aussi, des choses que je refuse d'entendre. Des choses sur l'infection, sur le sang perdu, sur les hommes qui ne se réveillent pas.Je refuse d'entendre.— Il vivra, dis-je à Morna pour la centième fois. Je le ramènerai.— Enfant, soupire la vieille chamane, il y a des blessures que même les dieux...— Alors les dieux me devront une faveur. Sors. Laisse-moi travailler.Je travaille. Je travaille comme une possédée. Je change ses compresses toutes les heures, des cataplasmes d'achillée, de consoude, de miel de bruyère, tout ce que je sais, tout ce que ma mère m'a appris, tout ce que j'ai appris dans les livres de guérisseuses du Clan de l'
LachlanLe monde se réduit à quelques pas de terre sanglante.Autour de nous, la bataille fait rage, mais je ne l'entends plus. Je n'entends que ma respiration, mon cœur, et le tintement de l'acier. Devant moi, Callum. Enfin, Callum. Le Corbeau en personne, sa grande épée noire à deux mains, son armure sombre, son sourire de requin.— Lachlan, dit-il, presque joyeux. Mon ami. Mon frère. Mon ennemi. Tu es venu mourir dans cette vallée, comme je l'avais prévu.— Cette vallée sera ta tombe, Callum. Pas la mienne.— Des mots. Toujours des mots avec toi.Il attaque.La première est un éclair. Je pare, et le choc m'engourdit le bras jusqu'à l'épaule. Il est fort, plus fort que je ne le pensais, et sa lame est deux fois plus lourde que ma hache. Mais je suis plus rapide. Je pivote, je frappe, il esquive de justesse, et ma hache lui entaille le flanc. Premier sang. Le mien aura bientôt coulé aussi, un mercenaire m'a ouvert la cuisse il y a une heure, et je boite.— Tu te bats pour quoi, au ju
IslaJe ne devrais pas être ici, et pourtant c'est ici que tout se joue.Le plan nous voulait ensemble, Lachlan et moi, comme appâts vivants. Mais Duncan a trois mois, et quelqu'un devait rester à l'arrière avec lui, dans le camp retranché que nous avons établi sur la hauteur, à l'abri du chaos. Lachlan a hurlé. J'ai hurlé plus fort. Et j'ai gagné, Lachlan a besoin que son appât le plus précieux soit visible dans la vallée, et cet appât, c'est lui. Callum veut sa mort par-dessus tout.Alors je me tiens sur la crête, mon fils serré contre ma poitrine dans son porte-bébé de cuir souple, une épée à ma hanche, et je regarde la vallée de Glen Morag s'emplir de mort.Lachlan est magnifique.Même d'ici, même à cette distance, je le distingue. Il est à la tête de nos forces, sa hache levée, son cri de guerre porté par le vent. L'armée de Callum s'est engouffrée dans la vallée comme prévu, des centaines de mercenaires et de Corbeaux, ivres de la certitude d'une victoire facile. Ils ne savent p
IslaIls sont venus des quatre coins des Highlands.Je les regarde arriver depuis les remparts, et mon cœur se gonfle d'une fierté vertigineuse. Le Clan du Cerf, avec ses bannières vertes. Le Clan du Sanglier, massif et hirsute. Le Clan de la Cascade, venu des montagnes du nord. Le Clan de la Bruyère, si fier qu'on le disait inabordable. Et mon propre clan, le Clan de l'Aube, conduit par mon cousin Aidan, qui a accepté de pardonner, d'oublier, de nous rejoindre.Des centaines de guerriers. Des milliers de vies. Tous venus pour la même raison.— C'est la prophétie qui les a fait venir, dit Lachlan à côté de moi, presque incrédule. Ils croient.— Non, dis-je doucement. Ils ne croient pas seulement à la prophétie. Ils croient en toi. En nous. Ils ont entendu l'histoire du seigneur de la Lune Noire qui a traversé l'enfer pour sa femme, et de la femme de l'Aube qui s'est battue comme une louve pour sa liberté. Les légendes rassemblent plus d'hommes que les prophéties, Lachlan.Il me regard







