MasukIl apporte le café le matin, il prépare le dîner le soir, il me lit des poèmes quand je suis triste, il me raconte des histoires quand je suis perdue. Il me parle de Youssef, de sa reconstruction, de ses progrès, de ses espoirs. Il me parle de sa vie, de ses rêves, de ses projets. Il me parle de tout, sauf de ce qu'il voudrait me dire, sauf de ce qu'il attend de moi, sauf de ce qu'il espère.
Je commence à m'habituer &a
HichamJe suis venu la voir ce soir, comme je viens souvent, discrètement, respectueusement, sans rien demander, sans rien attendre, juste pour être près d'elle, pour sentir sa présence, pour savoir qu'elle va bien, qu'elle est là, qu'elle existe. Je me gare devant son immeuble, je prends les fleurs que j'ai achetées pour elle, des pivoines blanches, ses préférées, celles qu'elle aimait quand nous vivions ensemble, celles qui lui rappellent nos matins à la villa, nos jardins en fleurs, nos bonheurs simples, nos amours naissants.Et je le vois.Karim sort de l'immeuble, les mains dans les poches de son manteau, un sourire aux lèvres, l'air satisfait, l'air heureux, l'air d'un homme qui vient de passer du temps avec celle qu'il aime, qui a vu son sourire, qui a entendu sa voix, qui a peut-être touché sa main. Il sort de chez elle, il sort de sa vie, il sort de ce
Il apporte le café le matin, il prépare le dîner le soir, il me lit des poèmes quand je suis triste, il me raconte des histoires quand je suis perdue. Il me parle de Youssef, de sa reconstruction, de ses progrès, de ses espoirs. Il me parle de sa vie, de ses rêves, de ses projets. Il me parle de tout, sauf de ce qu'il voudrait me dire, sauf de ce qu'il attend de moi, sauf de ce qu'il espère.Je commence à m'habituer à sa présence, à ses sourires, à ses attentions. Je commence à apprécier ces moments avec lui, simples, tranquilles, sans mensonges, sans manipulations, sans complications. Avec lui, tout est simple, tout est clair, tout est vrai. Il ne me promet pas la lune, il ne me jure pas l'éternité, il ne me fait pas de serments qu'il ne pourra pas tenir. Il est là, simplement, sincèrement, totalement.Et je me surprends parfois &ag
Je le regarde, ce jeune homme brisé par l'amour, perdu dans ses sentiments, prêt à tout pour conquérir celle qu'il aime, pour posséder celle qu'il désire, pour garder celle qu'il veut. Je le regarde et je vois en lui l'arme parfaite, l'instrument idéal, le complice dont j'ai besoin pour gagner cette guerre, pour remporter cette bataille, pour reconquérir ce qui m'appartient.— Écoutez-moi, Karim. Ne la laissez pas partir. Ne la laissez pas retourner vers Hicham. Ne la laissez pas vous échapper encore une fois. Vous l'aimez, elle vous aime peut-être sans le savoir, sans oser se l'avouer, sans vouloir se l'avouer. Alors battez-vous. Conquérez-la. Faites-la vôtre. Montrez-lui que vous êtes l'homme qu'il lui faut, l'homme qu'elle mérite, l'homme qui ne la trahira jamais.— Et vous ? Qu'est-ce que vous y gagnez, Nadia ? Pourquoi est-ce que vous m'ai
Elle se lève, elle pose sa main sur la mienne, un geste doux, un geste d'adieu, un geste qui dit tout ce qu'elle ne peut pas dire, tout ce qu'elle n'osera jamais dire, tout ce qu'elle gardera pour elle. Sa main est chaude sur la mienne, ses doigts effleurent ma peau, et je sens que c'est la dernière fois, que c'est fini, que c'est mort.— Merci, Karim. Merci pour tout. Pour Youssef, pour toi, pour ce que tu es, pour ce que tu as été, pour ce que tu seras. Merci d'avoir été là quand j'avais besoin de toi, d'avoir été cet ami, ce frère, cette présence. Merci de m'avoir aimée.— Merci à toi, Leïla. Pour ce que tu as été, pour ce que tu es, pour ce que tu seras. Pour ces années où tu as été la lumière dans notre vie, la joie dans notre maison, l'espoir dans nos cœurs. Pour ce que tu as donné
Elle arrive avec quelques minutes de retard, le temps de fermer son parapluie, de secouer la pluie de ses cheveux, de poser son sac sur la chaise vide. Elle me voit, elle me sourit, ce sourire qu'elle a toujours eu pour moi, ce sourire d'amitié, de confiance, de tendresse. Et je sens mon cœur qui se serre, qui se brise, qui se prépare à ce qui va venir.— Karim, dit-elle en s'asseyant, en commandant un café qu'elle ne boira pas, en posant ses mains sur la table. Tu as demandé à me voir. Qu'est-ce qui se passe ? C'est Youssef ? Il est arrivé quelque chose ?— Non, c'est moi, Leïla. Ce n'est pas Youssef. Youssef va mieux, il est sur le chemin de la guérison. C'est moi qui... c'est moi qui dois te parler. Je dois te dire quelque chose que j'aurais dû te dire depuis longtemps, depuis toujours peut-être, depuis ce premier jour où tu es entrée dans notre vie
KarimJe l'ai vue sortir de l'appartement de Youssef ce matin-là, ses cheveux bruns flottant au vent de novembre, ses yeux encore rouges d'avoir pleuré, son visage fatigué par les nuits sans sommeil mais apaisé, comme si elle avait enfin trouvé ce qu'elle était venue chercher, comme si elle avait déposé un fardeau trop lourd, comme si elle avait dit adieu à quelque chose qui la retenait depuis trop longtemps.Elle est venue voir mon frère, elle lui a parlé pendant des heures, elle lui a tenu la main, elle l'a regardé avec cette douceur que je lui ai toujours connue, cette compassion qui était sa nature, cet amour qui n'était plus l'amour d'une femme pour son mari mais celui d'une sœur pour un frère, d'une amie pour un ami, d'une âme pour une autre âme. Elle l'a sauvé peut-être, ou du moins elle a commencé à
LeïlaLa carte dans ma poche cachée brûle, comme un tison. Je nettoie le tajine carbonisé, les gestes mécaniques, l’esprit en tornade. Les mots du Sheikh tournent en boucle. Distrait. Préoccupé par des ombres dans sa propre maison. Il sait. Il ne sait pas tout, mais il flaire le désordre, la faille
Sheikh Al-MansouriDeux jours plus tard.La plume d’or gratte le vélin épais, signant des chiffres, des autorisations, des destins. Le bureau est silencieux, à part le grattement de la plume et le tic-tac discret de la pendule Louis XIV. L’encens d’ambre brûle dans un coin, chassant les odeurs du m
LeïlaUn nouveau frisson. Parle-t-il de notre mariage ? Ou de quelque chose d’autre ? A-t-il des soupçons sur la dynamique dans cette maison ? Sur la présence de Karim ? « Sentimental ». Le mot est lâché, empoisonné.— Youssef est un homme d’honneur. Il sait séparer les choses, la voix un peu raide
LeïlaLa voiture s'arrête dans un silence électrique. Le moteur cesse de romonner, et soudain, il n'y a plus que le bruit de ma propre respiration, trop rapide, et le poids du bras de Youssef sur le dossier de mon siège.Je lève les yeux.La villa n'est pas une tour. C'est pire. Une demeure basse,







