MasukMICHELA;En sortant de l'amphithéâtre, je suis restée bouche bée. Mon visage s'affichait sur les affiches qui tapissaient les murs du couloir.Les affiches étaient éclatantes, avec des lettres en gras ; c'était la même photo prise sur le balcon, où je souriais, qui me regardait depuis un pilier sur deux. Mais je ne savais pas comment réagir, surtout face à ce qui accompagnait cette visibilité.Être connue à Rockville avait toujours impliqué quelque chose d'inhabituel... Ces regards capables de vous faire trébucher ou perdre le fil de vos pas. Sans oublier les chuchotements et les salutations de personnes dont je ne reconnaissais même pas le visage.Mais ce n'est pas tout... cela attire aussi plus d'ennemis que d'amis. Il y a quelques semaines encore, on me connaissait comme la fille qui attendait Nathan, celle qui cachait ses formes sous des vêtements amples et qui restait là, à attendre qu'il daigne poser les yeux sur elle. Il était la seule raison pour laquelle je participais aux év
AUTHOR;Dès le deuxième cours, les affiches étaient partout. Les élèves s'attroupaient pour les admirer et se mettre dans l'ambiance de la soirée à venir, observant ces feuilles aux couleurs vives scotchées aux murs des cages d'escalier, aux portes des salles de classe et aux vitres du foyer des élèves.Au centre de chacune d'elles figurait le visage de Michela Stewart, entourée des autres intervenants de la soirée : son doux sourire, le menton relevé, la lumière du balcon l'éclairant juste comme il fallait.Sous l'image, une inscription en caractères gras la présentait comme l'une des élèves qui prendraient la parole lors du gala du week-end. Nathan aperçut la première affiche près des distributeurs automatiques ; il s'interrompit si brusquement que Bryson manqua de lui rentrer dedans.« Quoi ? » Bryson suivit son regard. « Oh. Merde... Ta Fat-suh. »Mais au fond de lui, Nathan aurait aimé pouvoir encore l'appeler ainsi ; elle lui avait complètement échappé et semblait désormais une
MICHELA;« Alors, si je comprends bien, ma Michela va monter sur scène comme une conférencière ordinaire ? » lança Miles sur le ton de la plaisanterie ; il se tenait devant la cuisinière et faisait sauter les pâtes aux truffes qu'il nous préparait pour le dîner.Mais... une conférencière ordinaire ?« Dit comme ça, c'est encore plus effrayant », dis-je en tendant la main pour attraper une pomme sur l'îlot central. Il eut un petit rire, mais ne m'entendant pas rire en retour, il se tourna vers moi pour croiser mon regard.J'étais assise sur le haut tabouret près de l'îlot, vêtue uniquement de l'une de ses chemises trop grandes. Je l'avais enfilée à la hâte en sortant de la salle de bain avant de le rejoindre dans la cuisine.Je n'avais pas remarqué que le tissu glissait sur mon épaule et s'amoncelait autour de mes cuisses jusqu'à ce que son regard s'y attarde ; j'étais trop préoccupée pour y prêter attention.Je bougeai légèrement sur mon siège ; je brûlais sous son regard.« Il n'y a
MICHELA;L’homme reprit la parole après une brève pause, comme s’il avait lu la confusion qui se lisait dans mes yeux.« Comme vous le savez, l’établissement invite chaque année des intervenants de renom », dit-il. « Des personnalités accomplies issues d’horizons divers. Mais cette année, nous avons décidé de rendre la soirée plus… proche de nous. Un étudiant qui s’adresse à d’autres étudiants : ne trouvez-vous pas que cela donnerait plus de vie à l’événement ? Moins de formalisme. Plus d’authenticité ? »Il ne me quittait pas du regard. Il attendait que je dise quelque chose.« Je… enfin… » Les mots se bousculèrent aussitôt. L’assurance avec laquelle j’étais arrivée s’effritait à vue d’œil.Au fond de moi, cette proposition ne me rassurait pas, alors même qu’elle représentait tout ce dont je rêvais. Il était difficile de passer du statut de fille qui se cachait sous des vêtements trop larges à celui d’oratrice s’adressant au public.« J’aimerais connaître votre avis, Mlle Stewart »,
MICHELA;« Mademoiselle Stewart. »La voix du représentant du département résonna dans l’amphithéâtre avec suffisamment de force pour faire tourner plusieurs têtes d’un seul coup.Je levai les yeux de mon téléphone, le sourire qui barrait mon visage s’effaçant aussitôt.« On vous demande au bureau de la vie étudiante. Tout de suite. »L’urgence dans sa voix attira sur moi des regards interrogateurs.Mon estomac se noua par réflexe. Être interpellée en plein cours n’avait jamais rien d’anodin, quel qu’en fût le motif. Je sondai ma conscience dans un élan rapide mais vain… Avais-je commis un acte justifiant une convocation devant l’austère Dr Maximo ?Je fouillai à nouveau ma mémoire… Devoirs rendus en retard, absences injustifiées, quoi que ce soit qui puisse expliquer cette convocation… mais je ne trouvai rien de concret. À moins que ce ne fût lié à mon absence de quelques jours — ceux où j’étais tombée malade, suivis de mon voyage ?J’ouvris la bouche pour demander de quoi il s’agiss
MICHELA;« Je… Sophie… Elle est là-bas », bafouillai-je.Miles réagit aussitôt ; il vint droit vers moi et me prit le plateau des mains avant même que je puisse dire un mot. Les tasses s'entrechoquèrent lorsqu'il le posa sur la table libre la plus proche, renversant une partie du contenu des mugs, tout en gardant les yeux fixés sur Nathan.« Pourquoi est-ce elle qui vous sert ? » demanda-t-il. Sa voix était basse, mais elle n'avait rien de doux.Nathan se renversa sur sa chaise, comme s'il attendait ce moment.« Parce que j'ai passé commande. C'est ce que font les gens dans un café. » Il hocha la tête.« Pas auprès d'elle. » Miles fit un pas de plus. « Sophie prend les commandes. Evelyn gère la salle. Chela n'est pas votre serveuse. »Quelques clients s'étaient tus à nouveau. Je sentais leurs regards braqués sur nous, même sans qu'ils tournent complètement la tête. Et, pour une raison inconnue, Miles semblait se moquer d'être observé. Il était furieux, et je voyais bien qu'il avait l'







