Mag-log inJe détache lentement la chaîne de mon cou. Je sors le médaillon. Je l'ouvre.
Les deux mèches à l'intérieur. Terni. Séché. Vieilles de onze ans.
Je regarde longtemps.
Puis je referme le médaillon.
Je ne l'enterre pas. Je ne le jette pas. Je le glisse dans ma poche de tunique, contre ma cuisse indemne. Je le porterai ailleurs à partir de maintenant. Plus contre mon cœur. Contre m
Je lui passe le bras autour de la taille. Il s'appuie sur moi. Nous marchons lentement vers l'entrée principale. Les gardes s'écartent. Les serviteurs baissent les yeux — pas de honte, de respect. Un Alpha blessé qui rentre soutenu par son Bêta, c'est une image que la meute d'Argentel n'a pas vue depuis les temps héroïques.Nous montons l'escalier une marche à la fois.À mi-hauteur, il s'arrête. Il souffle.— Darius.— Oui.— Il faut que je te dise une chose.— Attends d'être dans ta chambre.— Non. Maintenant.Je m'arrête. Je le regarde.— Le lien est mort.Je fronce les sourcils.— Comment ?— Le médaillon a battu pendant toute la charge. Il m'a guidé jusqu'à elle. Puis il a cessé de battre pendant que je la portais hors du camp. Il n
Je la regarde.C'est une question nouvelle. C'est une demande. Pas une invitation à venir. Pas une demande de rétablir un lien. Une demande de correspondance. Une demande de fil ténu qui ne s'appelle pas amour, qui ne s'appelle pas promesse, qui s'appelle simplement — un fil.— Oui, dis-je. Si tu le veux, je t'écrirai.— Une fois par lune. Pas plus. Pas moins. Un rythme régulier.— Une fois par lune.— Bien.Elle ferme les yeux.— Bien.Elle se rendort.Je chevauche à côté de la civière jusqu'au soir.Un fil invisible.Une lettre par lune. Douze lettres par an. Pas de rencontre. Pas de visite. Pas de médaillon envoyé, pas de toile, pas de brindille. Juste des mots, à intervalles réguliers, à travers les vallées, portés par un colporteur qui ne saura
Il regarde derrière moi — dans la grotte. Il voit Alice qui dort. Il ferme les yeux une seconde. Il murmure :— La Louve.— Ne l'appelle pas ainsi, Renaud.— Alpha ?— Ne l'appelle plus ainsi. Elle a un nom. Alice. Fais passer la consigne. Personne ne l'appelle Louve devant elle à partir de maintenant. Ni Louve, ni Luna, ni promise. Alice. Dame Alice, si le protocole l'exige. Rien d'autre. Compris ?— Compris, Alpha.— Bien.Il repart préparer les chevaux.Je retourne à Alice.Je m'assieds contre la paroi.J'attends l'aube.JamesCorvad arrive avant l'aube.Ses cent hommes tiennent la ligne à cent pas de la grotte. Deux médecins de campagne entrent — un pour Alice, un pour moi. Celui d'Alice l'examine longtemps. Il tâte son pouls. Il regarde ses paupières. Il pose
Je détache lentement la chaîne de mon cou. Je sors le médaillon. Je l'ouvre.Les deux mèches à l'intérieur. Terni. Séché. Vieilles de onze ans.Je regarde longtemps.Puis je referme le médaillon.Je ne l'enterre pas. Je ne le jette pas. Je le glisse dans ma poche de tunique, contre ma cuisse indemne. Je le porterai ailleurs à partir de maintenant. Plus contre mon cœur. Contre ma cuisse — un objet parmi d'autres. Un souvenir apprivoisé. Il n'a plus à battre. Il n'a plus qu'à exister.Un pas à l'entrée de la grotte.Silas.Il apparaît dans l'ouverture. Son armure de cuir noir est déchirée à l'épaule. Il tient sa hache dans la main droite, la gauche pend le long de son corps. Il est pâle sous sa barbe. Il fait signe.— Alpha. Les éclaireurs de Corvad
Il ne répond pas.Une petite chose passe sur son visage , pas un sourire, pas des larmes, quelque chose de plus fragile, quelque chose qui ne porte pas de nom.Je continue.— Je vais te dire, moi aussi, une chose. Une seule. Puis nous nous tairons.— Dis.— J'ai commencé à préparer le camp trois jours avant ta venue. J'ai fait semblant, devant les gardes, d'être une Luna maudite. Je leur ai raconté la légende du Cri. Je leur ai fait peur. J'ai fait en sorte qu'au premier bruit anormal, ils paniquent. Puis j'ai cherché en moi le Cri. Je ne l'ai pas trouvé. Pas jusqu'à ce que je te voie face à Viktor. Je l'ai trouvé au moment où j'ai vu que tu allais tomber. Il est sorti de toute la douleur de sept ans. Il n'est pas sorti de moi contre Viktor. Il est sorti de moi pour toi. Voilà. Fais-en ce que tu veux. Je te le dis parce que tu m'as dit ta chose. C'est symétrique.Il rouvre les yeux.Il ne parle pas.Nous nous regardons dans le silence de la grotte.La bougie vacille.Puis il dit — trè
AliceJe reviens à moi dans le noir.Pas complètement dans le noir , il y a une petite lumière quelque part, une bougie posée sur le sol, à un mètre de moi peut-être. Je suis allongée sur quelque chose de dur. Une couverture rêche est jetée sur mes épaules. Je sens le sol froid sous ma joue — de la terre, pas des dalles. Je sens aussi l'odeur — une odeur de pierre humide, de mousse, de fumée refroidie. Un abri. Une grotte, peut-être, ou un renfoncement de roche.Ma gorge me brûle. Chaque respiration racle.J'essaie de bouger. Mon bras droit obéit. Mon bras gauche est engourdi — endormi par le poids de ma tête posée dessus. Je le remue. La circulation revient — mille petites aiguilles.— Alice.C'est une voix. Une voix cassée, épuisée. Une voix d'homme.Je tourne la tête très lentement.Il est à trois pas de moi. Assis contre la paroi rocheuse. La cuisse gauche entourée d'un bandage taché de brun-rouge. L'épaule gauche également — un pansement épais, mal noué. Son casque est posé à côt







