Se connecterLa voiture sâengagea dans le quartier dâaffaires de Valenor, lĂ oĂč les immeubles de verre dominaient la ville comme des gĂ©ants froids. Aya observait les rues animĂ©es, les terrasses encore pleines, les lumiĂšres dorĂ©es qui masquaient la brutalitĂ© des dĂ©cisions prises derriĂšre ces façades Ă©lĂ©gantes. Elle avait changĂ© de tenue sur lâinsistance de Kylian. Une robe bleu nuit, fluide, discrĂšte mais raffinĂ©e. Ses cheveux retombaient librement sur ses Ă©paules. Elle ne cherchait pas Ă plaire. Pourtant, elle attirait lâattention.
â Pourquoi sommes-nous ici, demanda-t-elle enfin. Kylian garda les yeux sur la route. â Mon pĂšre finalise un accord stratĂ©gique ce soir. Cette rĂ©ception est une vitrine. â Une after-party pour hommes puissants. â Exactement. La voiture sâarrĂȘta devant un ancien palais rĂ©habilitĂ©. Le bĂątiment dominait la place, imposant, surveillĂ© par une sĂ©curitĂ© discrĂšte mais omniprĂ©sente. â Tu veux mâexposer, conclut Aya. â Je veux quâils sachent que tu nâes pas seule. Ă lâintĂ©rieur, la musique Ă©tait feutrĂ©e, les conversations calculĂ©es. Aya sentit immĂ©diatement le poids des regards. Pas sur elle seule. Sur le duo quâils formaient. Elle comprit alors que cette soirĂ©e Ă©tait un message. â Respire, murmura Kylian. Ce nâest pas un tribunal. â Ăa y ressemble pourtant. â FrĂšre, tu es en retard. Un homme brun sâapprocha, sourire Ă©clatant, regard vif. â Lucien De Vauren, se prĂ©senta-t-il. Je suis lâerreur sympathique de la famille. â Lâirresponsable officiel, corrigea Kylian. â Je prĂ©fĂšre imprĂ©visible. Lucien observa Aya avec curiositĂ©. â Journaliste. Ăa explique ton regard. â Et toi, clown professionnel â Seulement jusquâĂ ce que ça devienne dangereux. Une jeune femme Ă©lĂ©gante les rejoignit. â Ălise. Ignore-le, il parle trop quand il est nerveux. Elle serra la main dâAya avec chaleur. â Enfin un visage qui nâessaie pas de me jauger. â Donne-leur du temps, rĂ©pondit Ălise. Ils ont peur de tout ce quâils ne contrĂŽlent pas. Kylian sâĂ©loigna pour saluer des invitĂ©s. Aya resta avec Ălise et Lucien. Elle se surprit Ă rire, doucement, presque malgrĂ© elle. â Tu vois, dit Lucien, on nâest pas tous des monstres. â Certains savent juste mieux le cacher, rĂ©pondit-elle. Kylian observait la scĂšne de loin. La voir sourire lui rappela pourquoi il avait acceptĂ© de la mĂȘler Ă ce monde. Pas pour la piĂ©ger. Pour la protĂ©ger. Un homme sâapprocha de lui. â Câest donc elle. â Oui. â Le contrat est signĂ© â Pas encore. Le regard de lâhomme se fit plus insistant. â Tu prends un risque. â Jâen ai conscience. Aya rejoignit Kylian prĂšs du balcon. La ville sâĂ©tendait sous eux, vibrante, indiffĂ©rente. â Je comprends maintenant, dit-elle doucement. Cette soirĂ©e, ce nâest pas pour cĂ©lĂ©brer. â Non. â Câest un avertissement. Il la regarda. â Et tu es prĂȘte Ă partir â Pas encore. Elle soutint son regard, dĂ©fi tranquille dans les yeux. â Tant que je respire librement, je reste. Kylian hocha la tĂȘte. Au-dessus dâeux, quelquâun les observait dans lâombre. Aya sentit alors le poids invisible de la ville. Les choix, les sacrifices, les mariages conclus sans amour. Elle pensa Ă son pĂšre, Ă la vĂ©ritĂ© quâelle poursuivait encore. Elle nâavait pas signĂ© de contrat, mais quelque chose venait de sâengager. Une lutte silencieuse. Une alliance fragile. Elle savait quâen acceptant cette soirĂ©e, elle avait franchi un seuil. Et mĂȘme si elle refusait de lâadmettre, une part dâelle voulait comprendre lâhomme Ă ses cĂŽtĂ©s, au lieu de le fuir. La nuit promettait des rĂ©ponses, mais exigeait patience, courage, et une luciditĂ© quâelle nâĂ©tait pas certaine possĂ©der encore.Le lendemain matin, Valenor Ă©tait baignĂ©e dans un soleil timide. La pluie de la veille avait laissĂ© les rues brillantes, et le parfum dâherbe mouillĂ©e sâĂ©levait entre les bĂątiments. Aya et Kylian marchaient cĂŽte Ă cĂŽte, silencieux, tandis que Lucien et Ălise les suivaient Ă distance, prĂ©parant un cafĂ© Ă emporter.â Tu crois quâelle nous suit encore ? demanda Aya Ă voix basse, brisant le silence.â Certainement, rĂ©pondit Kylian, son regard balayait les toits et les fenĂȘtres. Pas de mouvement suspect, mais ce nâest jamais Ă©vident. Elle sait se cacher.Aya soupira.â Elle a un talent pour se faire oublier⊠presque Ă©nervant.â Oui, rĂ©pondit Kylian, ironique. Un peu comme toi, parfois.Elle lança un regard surpris mais amusĂ©.â Moi ? Ă©nervante ?â Disons⊠insaisissable.Aya sourit, mais lâhumour ne masquait pas la tension. Elle savait que la femme rĂŽdait toujours, prĂȘte Ă apparaĂźtre quand elles sây attendaient le moins.Ils arrivĂšrent dans un petit cafĂ© discret, loin des foules. Lucien se
Le lendemain, Valenor semblait Ă©trangement calme. Les pavĂ©s luisants par la pluie de la veille reflĂ©taient la lumiĂšre des lampadaires comme des Ă©clats de verre. Aya marchait Ă cĂŽtĂ© de Kylian, carnet Ă la main, tentant de transformer la peur de la veille en mĂ©thodique dĂ©termination.â Alors, lança Lucien en fronçant les sourcils, vous deux, vous allez continuer Ă jouer aux amoureux distraits ou on va enfin trouver qui a tirĂ© sur nous hier soir ?â On est sĂ©rieux, dit Ălise en ajustant ses lunettes. Et toi, arrĂȘte de faire des blagues, ton humour pourrait te tuer avant les snipers.Aya esquissa un sourire en coin.â Tu vois, Kylian, dit-elle doucement, mĂȘme Lucien commence Ă comprendre que tu me surprotĂšges trop.â Et toi, tu continues Ă te mettre en danger. SymĂ©trie parfaite, rĂ©pondit-il, un lĂ©ger sourire ironique sur les lĂšvres.Ils pĂ©nĂ©trĂšrent dans le quartier industriel, plus silencieux et plus dĂ©sert que la veille. Aya dĂ©taillait chaque façade, chaque entrĂ©e secondaire, chaque camĂ©
Valenor brillait cette nuit-lĂ comme une illusion dangereuse. Les nĂ©ons du quartier dâAurĂ©lia se reflĂ©taient sur les trottoirs humides, la musique sâĂ©chappait des bars bondĂ©s, et les rires fusaient dans lâair froid. Les lampadaires tremblaient lĂ©gĂšrement Ă cause du vent, et le parfum de la pluie rĂ©cente persistait, mĂ©lange de bĂ©ton et de terre mouillĂ©e. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, Aya avait acceptĂ© de sortir sans objectif prĂ©cis. Elle voulait sentir la ville, respirer sans chercher de rĂ©ponses, juste⊠exister.â Rappelle-moi pourquoi on est lĂ ? cria Lucien par-dessus la musique.â Pour faire croire quâon est normaux, rĂ©pondit Ălise en ajustant sa veste. Et accessoirement, pour respirer.Aya esquissa un sourire. Elle portait une robe noire simple, manteau long, cheveux lĂąchĂ©s, ondulĂ©s naturellement, presque libres. Kylian marchait Ă ses cĂŽtĂ©s, trop Ă©lĂ©gant pour un simple verre entre amis, trop attentif pour quelquâun qui se dĂ©tend vraiment. Son regard balayait la foule ave
La nuit Ă©tait tombĂ©e depuis longtemps sur Valenor, mais Aya nâarrivait toujours pas Ă dormir. Elle Ă©tait assise sur le lit, son tĂ©lĂ©phone posĂ© Ă cĂŽtĂ© dâelle, Ă©teint, comme sâil pouvait mordre Ă tout moment.Kylian se tenait prĂšs de la fenĂȘtre, observant la rue en contrebas. Depuis lâincident de la bibliothĂšque, il avait changĂ©. Plus silencieux. Plus attentif. Comme si chaque dĂ©tail pouvait devenir une menace.â Tu penses encore Ă elle, dit-il sans se retourner.Ce nâĂ©tait pas une question.Aya acquiesça.â Elle savait trop de choses. Et surtout⊠elle savait quand parler.Kylian fronça lĂ©gĂšrement les sourcils.â Explique.Aya inspira lentement.â Elle ne mâa rien rĂ©vĂ©lĂ© de concret. Aucun nom. Aucun lieu prĂ©cis. Juste assez pour me dĂ©stabiliser. Comme si son but nâĂ©tait pas de mâaider⊠mais de me prĂ©parer.Kylian se tourna vers elle.â Ă quoi ?Aya haussa les Ă©paules, mal Ă lâaise.â Je ne sais pas encore. Mais jâai la sensation Ă©trange que ce que nous vivons maintenant nâest quâun prĂ©l
Le trajet de retour fut brutalement silencieux.Pas le silence calme de ceux qui se comprennent, mais celui, lourd et coupant, de ceux qui retiennent trop de choses Ă la fois. Aya gardait les bras croisĂ©s, le regard fixĂ© sur la vitre. Kylian conduisait trop vite, la mĂąchoire serrĂ©e, les Ă©paules rigides.DĂšs quâils franchirent la porte de lâappartement, il referma derriĂšre eux dâun geste sec.â Ă quoi tu pensais ? lança-t-il enfin.Aya sursauta Ă peine.â Je pensais que câĂ©tait une piste.â Non. Tu pensais que tu pouvais gĂ©rer ça seule.â Parce que je le peux.Kylian se tourna vers elle, les yeux sombres.â Tu as failli mourir.â Je suis encore debout.â Ce nâest pas un argument, Aya.Elle se redressa, piquĂ©e au vif.â Tu crois que jâai choisi cette vie ? Tu crois que je peux rester assise Ă attendre pendant quâon me cache des choses au nom de ma sĂ©curitĂ© ?â Oui, rĂ©pondit-il sĂšchement. Parce que cette fois, ce nâest pas quâune enquĂȘte. Câest une chasse.Aya sentit sa gorge se nouer.â
Aya nâaurait pas dĂ» rĂ©pondre.Elle le savait. DĂšs lâinstant oĂč son tĂ©lĂ©phone vibra de nouveau, dĂšs lâinstant oĂč elle lut le message une seconde fois. Tu poses les bonnes questions, mais pas au bon endroit. Ce genre de phrase nâĂ©tait jamais une invitation innocente. CâĂ©tait un appĂąt.Et pourtant, elle rĂ©pondit.Un seul mot.« OĂč ? »Kylian Ă©tait dans la piĂšce voisine, en pleine discussion avec Lucien. Aya se persuada que ce nâĂ©tait pas une trahison, juste une initiative. Une dĂ©cision professionnelle. AprĂšs tout, elle Ă©tait journaliste. Suivre une piste, mĂȘme risquĂ©e, faisait partie du mĂ©tier.Le message arriva presque immĂ©diatement.« Seule. Dans une heure. Quartier Est. Ancienne bibliothĂšque. »Son cĆur sâemballa. Le Quartier Est Ă©tait partiellement abandonnĂ©, mal surveillĂ©, un terrain idĂ©al pour une embuscade. Aya verrouilla son tĂ©lĂ©phone, inspira profondĂ©ment et se leva.Elle enfila un manteau sombre, glissa son carnet dans son sac. Elle jeta un coup dâĆil Ă la porte derriĂšre laquel







