LOGINIls restèrent longtemps assis l’un en face de l’autre.Il n’y avait plus rien à expliquer, plus rien à analyser pour l’instant.Seulement cette présence fragile, presque précieuse, qu’ils partageaient dans le silence.Elena observait Gabriel sans le fixer.Elle connaissait déjà les signes : le léger froncement de ses sourcils quand il luttait pour rester ancré, la manière dont ses mains se refermaient quand il tentait de contrôler ce qui lui échappait.— Tu veux que je reste ? demanda-t-il finalement.La question était simple.Mais elle portait tout le poids de ce qu’il n’osait pas dire.— Oui, répondit-elle sans hésiter.— Mais pas parce que j’ai peur que tu partes.Il la regarda, intrigué.— Alors pourquoi ?Elle inspira lentement.— Parce que j’ai choisi d’être là.— Même si c’est plus difficile que prévu.Un silence.— Tu sais que je ne peux rien te pr
Ils décidèrent de ne rien changer.Pas tout de suite.C’était une décision tacite, presque instinctive : continuer à vivre, à se voir, à parler, comme si l’annonce de Claire n’avait pas fait trembler les fondations de leur équilibre naissant.Mais certaines choses, une fois nommées, ne se taisent plus.Le café était presque vide.Elena était arrivée en avance, comme souvent ces derniers temps.Elle aimait ces minutes d’attente, quand elle pouvait observer Gabriel entrer, reconnaître sa démarche avant même de lever les yeux.Quand la porte s’ouvrit enfin, elle sourit spontanément.Puis elle sentit un léger flottement.Gabriel s’arrêta une fraction de seconde en la voyant.Rien de visible pour un autre.Mais elle le remarqua immédiatement.Il sourit à son tour, s’approcha.— Désolé du retard, dit-il.— Le bus…Il s’interrompit, cherchant ses mots.
Ils marchaient côte à côte depuis quelques minutes.La ville avait changé de rythme.Les lumières s’allumaient une à une, les vitrines se reflétaient sur l’asphalte humide, et l’air du soir semblait plus lourd, presque trop réel.Elena sentait encore l’adrénaline dans ses veines.Elle avait parlé.Enfin.Mais maintenant que les mots étaient sortis, une autre peur s’installait : celle de ce qu’ils allaient découvrir ensuite.— Tu veux que je vienne avec toi demain ? demanda-t-elle doucement.Gabriel mit quelques secondes à répondre.— Oui, dit-il finalement.— Pas parce que j’ai peur.— Mais parce que je préfère ne pas être seul.Elle hocha la tête, soulagée.Ils arrivèrent devant son immeuble.— Tu montes ? demanda-t-il sans réfléchir.La question resta suspendue, lourde de tout ce qu’elle impliquait.Elena inspira.— Pas ce soir, répondit-elle avec honnêteté.— Je veux qu’on fasse les choses bien.— Pas comme un réflexe.Il sourit légèrement.— Merci de me le dire.Ils restèrent là,
Le silence après son départ fut assourdissant.Elena resta figée quelques secondes, incapable de bouger, comme si ses pieds avaient été ancrés au sol.Le fleuve continuait de couler, indifférent.Les passants passaient sans la voir.Mais elle, elle venait de comprendre quelque chose d’essentiel.Gabriel ne partait pas par manque d’amour.Il partait pour ne pas se perdre.Cette idée la frappa de plein fouet.— Attends… murmura-t-elle.Mais il était déjà trop loin pour l’entendre.Son téléphone vibra dans sa main.Un message de Mathieu.Mathieu :Je voulais savoir si tu avais réfléchi pour le déjeuner demain. Aucun stress.Elena fixa l’écran.Puis, sans hésiter cette fois, elle écrivit.Elena :Merci, mais non. J’ai quelque chose d’important à régler.Elle rangea son téléphone et se mit à courir.Gabriel marchait vite, comme pour empêcher ses pensées de le rattraper.Chaque pas l’éloignait d’Elena…Et pourtant, quelque chose en lui espérait encore.Ne te retourne pas, se répéta-t-il.Si
Le message arriva en fin d’après-midi.Elena venait de sortir d’une réunion trop longue, trop dense, quand son téléphone vibra dans la poche de son manteau.Elle s’écarta instinctivement du couloir animé et s’arrêta près d’une fenêtre.Numéro inconnu.Elle fronça les sourcils, puis ouvrit.Elena, c’est Claire, la psychologue de Gabriel. Je suis désolée de te contacter directement, mais il y a eu un souci aujourd’hui. Gabriel a quitté l’hôpital plus tôt que prévu. Il n’est pas rentré chez lui. Est-ce que tu sais où il est ?Son cœur se serra violemment.Plus tôt que prévu.Pas rentré.Elena relut le message deux fois, comme si les mots allaient changer.Ses mains devinrent froides.Elle répondit aussitôt.Non. Je ne savais même pas qu’il sortait aujourd’hui.Les secondes s’étirèrent.Puis la réponse tomba.Il a signé sa sortie contre avis médical. Rien d’alarmant physiquement, mais émotionnellement… il était très fermé. Si tu arrives à le joindre, dis-lui simplement qu’il n’a pas à por
La nuit fut longue.Pour Elena comme pour Gabriel.Elle passa une partie de la soirée assise sur son canapé, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit.La tasse de thé refroidit entre ses mains sans qu’elle y touche vraiment.Mathieu était reparti peu après l’appel.Il n’avait rien demandé.Rien suggéré.Il avait simplement parlé — du travail, de banalités, de la reprise prochaine.Et pourtant…Son absence avait laissé un trouble plus grand que sa présence.Elena posa la tasse et se leva, faisant quelques pas dans l’appartement.— Ce n’est rien, murmura-t-elle.— C’est normal.Mais son corps, lui, n’était pas convaincu.Elle repensa à la voix de Gabriel, juste avant qu’il ne raccroche.Calme.Trop calme.Une voix qui renonçait avant même de lutter.Cette idée la serra douloureusement.---À l’hôpital, Gabriel était assis sur le bord de son lit, les épaules voûtées, les mains jointes.Il n’avait pas dormi.Chaque fois qu’il fermait les yeux, il revoyait la scène — non pas réelle,







