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CHAPITRE 117 – Piéger Isaora

Author: L'encre
last update publish date: 2026-08-13 11:39:06

La camionnette franchit les portes de Paris à la tombée de la nuit. Les lumières de la capitale scintillaient dans le crépuscule comme autant de promesses et de menaces mêlées. Amir connaissait bien les rues de l’est parisien – il y avait vécu autrefois, avant que tout s’effondre – et il slalomait entre les embouteillages avec l’aisance d’un chauffeur de taxi. Rebecca, assise à l’avant, lui indiquait la direction du refuge d’une voix calme et précise.

— C’est rue des Pyrénées, après le cimetièr
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    La boulangère la connaissait maintenant. Elle lui souriait, lui demandait comment elle allait, lui glissait parfois un pain au chocolat supplémentaire « pour le monsieur qui vous accompagne ». Éléonore aimait ces échanges anodins, cette normalité qu’elle avait crue perdue à jamais. Elle paya, fourra la monnaie dans la poche de son trench, et sortit de la boutique.C’est en traversant la rue qu’elle entendit le moteur.Un rugissement brutal, tout proche, qui déchira le silence du matin. Elle tourna la tête et vit une voiture noire foncer sur elle à une vitesse folle. Le conducteur avait accéléré en la voyant s’engager sur le passage piéton. Il ne cherchait pas à l’éviter. Il la visait.Le temps se figea. Éléonore vit le capot brillant, le pare-brise teinté, la masse sombre qui se précipitait vers elle. Son corps réagit avant son esprit – elle plongea sur le côté, heurtant le trottoir de tout son poids, le sac de croissants s’éparpillant sur la chaussée. La voiture la frôla de si près q

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    Amir hocha la tête et lui prit la main.— Alors partons demain. La route sera belle, à cette saison.— Oui. La route sera belle.Elle s’appuya contre lui et ferma les yeux. Elle ne pleurait pas. Elle ne pleurerait probablement jamais pour son père. Mais elle sentait quelque chose se dénouer en elle, comme un nœud ancien qui se défait lentement. La dernière attache venait de se rompre. Le dernier fil qui la reliait encore à son passé. Elle était libre. Totalement, absolument libre. Et cette liberté avait le goût du café chaud et des embruns de la Manche, un matin d’hiver, dans les bras de l’homme qu’elle aimait.***La prison de la Santé était un bloc de béton gris planté au cœur du 14e arrondissement, derrière des murs d’enceinte hérissés de barbelés. Jacques Servin y avait été transféré après sa condamnation, en attendant que son pourvoi en cassation soit examiné. Il occupait une cellule individuelle au quartier des détenus en attente de jugement – un privilège accordé aux anciens pa

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