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CHAPITRE 144 – La décision de fuir

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-08-19 15:51:29

Ils se retirèrent dans leurs chambres respectives, mais personne ne dormit vraiment cette nuit-là. Éléonore resta allongée dans son lit étroit, les yeux fixés sur le plafond, écoutant les bruits de la maison endormie. Elle pensait à Lambert, à sa silhouette menaçante dans la voiture noire, à cette traque silencieuse qui ne s’arrêterait jamais. Elle pensait à Jacques, à son sourire narquois, à ses menaces murmurées à son oreille. Elle pensait à son père, à ce patriarche froid et calculateur qui
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    — Il vous a ordonné de la tuer ?— Il n’a pas prononcé le mot. Il n’avait pas besoin. Les ordres étaient clairs : « Occupe-toi d’elle. Je ne veux plus jamais entendre parler de cette fille. »— Qu’avez-vous fait ?— J’ai suivi Clara Moreau pendant plusieurs jours. Le 18 mars, je l’ai interceptée sur le pont de Grenelle. Je l’ai forcée à sortir de sa voiture. Et je l’ai poussée dans la Seine.— Elle était vivante quand vous l’avez poussée ?Lambert ferma les yeux.— Oui. Elle était vivante. Elle a crié. Elle s’est débattue. Mais le courant était trop fort. Elle a disparu sous l’eau. Ensuite, j’ai pris sa voiture, je l’ai poussée dans le fleuve pour faire croire à un suicide, et je suis parti.Un silence de mort s’abattit sur la salle. Éléonore serra la main d’Amir, qui regardait droit devant lui, le visage impassible, mais dont la main tremblait légèrement.— Qui d’autre était au courant de ce meurtre ? demanda le procureur.— Charles Delcourt. Il n’a pas donné l’ordre directement – c’

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    Le cinquième jour du procès, un silence inhabituel régnait dans la salle d’audience. Les journalistes avaient cessé de griffonner dans leurs carnets, les avocats avaient posé leurs stylos, et les jurés eux-mêmes semblaient retenir leur souffle. C’était le jour que tout le monde attendait avec une appréhension mêlée de fascination. Le jour où l’assassin présumé de Clara Moreau allait témoigner contre ses anciens employeurs.— Faites entrer le témoin, ordonna le président.La porte latérale s’ouvrit, et Lambert apparut, encadré par deux gendarmes. Il portait un costume sombre, une chemise grise sans cravate, et ses cheveux étaient coupés plus court que d’habitude. Il avait maigri en détention, ses traits s’étaient creusés, et son éternel sourire de reptile avait disparu. Il semblait nerveux, presque fragile, comme un homme qui a passé des mois à se préparer à ce moment et qui redoute encore de ne pas être à la hauteur.Il traversa la salle sans regarder personne, les yeux fixés sur la b

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    Le procureur hocha la tête.— Vous avez parlé d’une lettre, monsieur Kane. Une lettre posthume de Clara Moreau. L’avez-vous apportée ?— Oui.Amir sortit de sa poche une feuille de papier pliée en deux, usée par le temps et les lectures répétées. Il la déplia avec des gestes presque religieux.— J’ai trouvé cette lettre dans un livre que Clara m’avait offert, bien après sa mort. Elle l’y avait glissée sans me le dire. C’était son habitude. Elle laissait des mots partout – dans mes poches, dans mes carnets, entre les pages des livres. Des petits riens. Des je t’aime griffonnés à la hâte. Sauf que cette fois, ce n’était pas un petit rien.Il prit une profonde inspiration et commença à lire, la voix étranglée par l’émotion :— « Amir, si tu lis cette lettre, c’est que je ne suis plus là. Ne sois pas triste. Ou plutôt, sois triste, mais ne reste pas triste trop longtemps. Tu as été la plus belle chose de ma vie, et je ne regrette rien. Sauf peut-être de ne pas t’avoir dit assez souvent qu

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    Amir prit une profonde inspiration. Il avait préparé cette déposition pendant des semaines, avec l’aide de Maître Moreau, mais rien ne pouvait le préparer à l’émotion de parler de Clara devant une salle pleine d’étrangers.— Je suis journaliste d’investigation. Ou du moins, je l’étais. Pendant quinze ans, j’ai enquêté sur des affaires de corruption, de trafic d’influence, de criminalité financière. J’ai fait tomber des ministres, des préfets, des hommes d’affaires véreux. Mais il y a trois ans, j’ai rencontré une femme qui allait changer ma vie.— Cette femme, c’était Clara Moreau ?— Oui. Clara était comptable dans une des sociétés écrans de Charles Delcourt. Elle avait découvert des anomalies dans les comptes, des virements suspects, des fausses factures. Elle aurait pu se taire, fermer les yeux, continuer à toucher son salaire. Mais ce n’était pas son genre. Elle était incapable de rester silencieuse devant une injustice.— Qu’a-t-elle fait ?— Elle m’a contacté. Elle m’a transmis

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    Éléonore prit une profonde inspiration. Elle savait que cette question était un piège. Si elle répondait oui, l’avocat pourrait plaider qu’elle avait monté ce dossier par vengeance, pour se débarrasser de son mari et vivre avec son amant. Si elle répondait non, elle mentirait sous serment, et sa crédibilité en serait entachée.— Oui, dit-elle. J’aime Amir Kane. Mais cela n’a rien à voir avec les crimes de mon mari. Je n’ai pas inventé le projet Aurore. Je n’ai pas inventé la mort de Clara Moreau. Je n’ai pas inventé les viols et les violences que ma sœur a subis. Ces faits existent, indépendamment de mes sentiments personnels.— Ou bien vous les avez exagérés, voire fabriqués, pour justifier votre liaison adultère.— C’est absurde. Les preuves sont là. Les relevés bancaires, les enregistrements, les témoignages. Mon amour pour Amir ne change rien à ces preuves.L’avocat hocha la tête, feignant la réflexion.— Une dernière question, madame Servin. Pensez-vous que votre témoignage soit

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    Un murmure parcourut la salle, rapidement réprimé par le président.— C’était un choc, poursuivit-elle. Le choc de découvrir que l’homme que j’avais épousé, que j’avais cru connaître pendant douze ans, menait une double vie. Mais ce n’était que le début. Très vite, j’ai compris que cette vidéo n’était pas un accident. Quelqu’un l’avait filmée, quelqu’un me l’avait envoyée, et ce quelqu’un avait un but : me pousser à réagir.— Comment avez-vous réagi ?— J’ai d’abord voulu divorcer. J’ai confronté Jacques, je lui ai dit que je savais tout. Il n’a pas nié. Il m’a menacée. Il m’a dit que si je parlais de la vidéo à quiconque, c’est moi qu’on enfermerait. Il avait déjà tout prévu : un psychiatre corrompu, le docteur Morel, prêt à signer un certificat de complaisance pour me faire interner.— Avez-vous eu peur ?— Oui. Terriblement peur. Mais j’ai eu de la chance. Mon amie Rebecca était là. Elle m’a aidée à comprendre ce qui se passait vraiment. Ensemble, nous avons commencé à enquêter. Et

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