MasukChapitre 65 : Les confessions au crépusculeAlessandroLe jour décline doucement sur l'Algarve, embrasant l'océan de reflets cuivrés. Assis sur la terrasse, face aux vagues qui lèchent le sable en contrebas, je regarde le soleil plonger lentement derrière l'horizon. C'est l'heure que mon père préférait, m'a dit Solène tout à l'heure. L'heure où le jour bascule dans la nuit, où tout semble possible, où les ombres s'allongent et emportent avec elles les soucis de la journée. L'heure où l'on peut se confier, s'ouvrir, se livrer sans crainte.Les jumeaux sont couchés. Après une journée passée à explorer la plage, à courir après les vagues, à construire des châteaux de sable que la mer défaisait aussitôt, ils se sont endormis comme des masses, épuisés et heureux. Solène les a bordés dans le petit lit que j'ai installé dans la deuxième chambre, leur a chanté une berceuse, les a regardés sombrer dans le sommeil avec cette expression de tendresse infinie qui me serre le cœur à chaque fois. Pu
Chapitre 64 : La maison des vaguesSolèneJe me réveille avec le bruit des vagues. Un bruit sourd, régulier, apaisant, qui emplit la chambre et chasse les derniers lambeaux de sommeil. Pendant quelques secondes, je ne sais plus où je suis. Ce n'est pas le grondement des tramways dans les rues d'Alfama, ni le ronronnement du réfrigérateur dans la kitchenette, ni les cris des voisins à travers les cloisons trop fines. C'est un bruit vivant, organique, presque animal. Le bruit de l'océan qui respire.J'ouvre les yeux. La chambre est baignée d'une lumière dorée qui filtre à travers les rideaux de lin blanc. Les murs sont peints d'un bleu pâle, presque gris, qui rappelle la couleur du ciel avant l'orage. Les meubles sont simples, rustiques, en bois brut patiné par le sel et le temps. Une commode ancienne, une chaise paillée, un miroir au cadre de coquillages. Et le lit, un grand lit en fer forgé, avec des draps frais qui sentent la lavande et le vent du large.Je me redresse sur les coudes
Chapitre 63 : La fuiteSolèneL'heure est passée trop vite, et en même temps elle a duré une éternité. Chaque minute était une torture, chaque bruit dans l'escalier une menace, chaque silence une angoisse. Mais enfin, le téléphone d'Alessandro vibre, et il annonce que la voiture est arrivée. Il est temps de partir.Nous descendons l'escalier en file indienne, Alessandro en tête, portant Gabriel dans un porte-bébé et deux sacs de voyage sur les épaules, moi derrière, Raphaël dans les bras et le reste des bagages dans un sac à dos. La limousine noire nous attend devant l'immeuble, moteur allumé, vitres teintées, aussi discrète qu'un char d'assaut dans une rue d'Alfama. Mais tant pis pour la discrétion. L'important, c'est la sécurité, et cette voiture est un blindé sur roues.Le chauffeur, un homme d'une cinquantaine d'années au visage impassible, nous ouvre la portière sans un mot. Il a l'habitude des missions délicates, des voyages nocturnes, des secrets qu'il faut garder. Alessandro l
Chapitre 62 : L'appel à l'aideSolèneJe ne perds pas une minute. Dès qu'Alessandro a raccroché, je me mets en mouvement, poussée par une urgence viscérale qui me prend aux tripes et ne me laisse aucun répit. Chaque seconde compte. Chaque seconde qui passe est une seconde que Béatriz pourrait utiliser pour lancer un autre assaut, envoyer d'autres hommes, tenter une nouvelle fois de m'arracher mes fils. Je ne lui en laisserai pas l'occasion.— Qu'est-ce que tu fais ? demande Alessandro en me voyant ouvrir les placards, en sortir des sacs, y jeter pêle-mêle des vêtements, des couches, des biberons.— Je prépare nos affaires. Tu as dit qu'on partait ce soir. Alors on part ce soir. Je ne veux pas rester une minute de plus dans cet appartement. Tes hommes sont peut-être déjà en route pour revenir. Ta mère a peut-être déjà donné l'ordre de recommencer.— Solène, calme-toi. Mes hommes ne reviendront pas. Ma mère sait maintenant que je suis prêt à tout pour vous protéger. Elle ne tentera rien
Chapitre 61 : La menace de BéatrizSolèneLe baiser qu'Alessandro et moi avons échangé à l'aube a changé quelque chose entre nous. Une barrière est tombée, un mur s'est fissuré, une porte s'est entrouverte sur un avenir que ni lui ni moi n'osions envisager il y a encore quelques semaines. Nous ne sommes plus des ennemis liés par un secret, ni des cousins maudits par le destin, ni même des parents unis pour le seul bien de leurs enfants. Nous sommes en train de devenir autre chose, quelque chose que je n'ai pas encore le courage de nommer, mais dont je sens la présence à chaque instant, comme une chaleur diffuse qui m'enveloppe et me rassure.Pourtant, le bonheur est une denrée fragile, et je sais que notre répit ne durera pas éternellement. Béatriz Marques n'a pas dit son dernier mot. La matriarche a perdu une bataille quand j'ai déchiré son contrat insultant, mais elle n'a pas perdu la guerre. Une femme comme elle ne renonce jamais, ne capitule jamais, ne pardonne jamais. Elle attend
Chapitre 60 : Le baiser interditUn long silence à l'autre bout du fil. Puis la voix de Béatriz, plus faible, presque tremblante.— Tu ne ferais pas ça. Tu es mon fils. Mon sang.— Je ne suis plus ton fils. J'ai cessé de l'être le jour où tu as envoyé tes gorilles chez la mère de mes enfants. À partir d'aujourd'hui, je suis ton ennemi. Et si tu veux la guerre, tu l'auras.Il raccroche, jette le téléphone sur le canapé, se tourne vers moi. Son visage est crispé par la colère, mais ses yeux sont humides, et je vois qu'il lutte pour ne pas pleurer. Il vient de renier sa mère. Il vient de couper le dernier lien qui le rattachait à son passé. Il l'a fait pour moi, pour nos fils, pour notre famille. Et ce sacrifice, je ne l'oublierai jamais.— Merci, murmuré-je. Merci, Alessandro.— Je n'ai fait que mon devoir. Protéger ma famille. Tu fais partie de ma famille, Solène. Toi, Gabriel, Raphaël. Vous êtes tout ce qui compte pour moi. Et je ne laisserai personne vous faire du mal. Personne. Même







