LOGINChapitre 8
On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.
Point de vue de Damien Leclerc
Je suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.
— Où comptes-tu aller comme ça ?
Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :
— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.
Ma mère a croisé les bras.
— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.
— Maman, je veux de l'air naturel.
Mon père a soupiré.
— Je ne veux pas trop parler alors retourne dormir avec ta femme. Et sache qu'on est au courant de ta relation avec cette Clara.
J'ai plissé les yeux. Ils sont au courant ? Comment est-ce possible ? J'ai toujours été vigilant pourtant.
— Je n'ai rien comme relation avec Clara. On est des amours d'enfance. Oui, je l'ai aimée dans le passé mais plus maintenant. J'ai épousé Eléonore et c'est elle ma femme légitime.
Ma mère a secoué la tête.
— Mais cela ne t'empêche pas de la trahir, pas vrai ?
J'ai regardé de gauche à droite pour voir si Eléonore n'était pas là, parce que je ne veux pas la voir triste. Elle m'a sauvé la vie et elle a perdu l'usage de ses jambes, donc je dois être responsable.
Mon père a posé son regard dur sur moi.
___ Je suis responsable papa.
— Responsable ? Tu parles de responsabilité comme on parle d'une dette à payer. Tu crois qu'être responsable, c'est rester marié par culpabilité ?
Je suis resté figé. Les mots m'ont manqué. Ma mère s'est approchée doucement.
— Damien, regarde-moi.
J'ai hésité, puis j'ai levé les yeux.
— Est-ce que tu l'aimes ?
La question est tombée comme une pierre dans un puits sans fond. Je voudrais répondre oui. Je voudrais dire que oui, j'aime Eléonore, que je suis heureux, que tout va bien. Mais les mots ne sont pas sortis. Pas parce que c'est faux, mais parce que je ne sais plus.
Mon père a soupiré.
— Tu vois ? Même toi tu ne sais pas. Alors ne viens pas nous parler de responsabilité. Un homme responsable ne laisse pas sa femme se réveiller seule la nuit pendant qu'il court retrouver une autre.
— Je ne cours pas retrouver...
— Tu allais sortir. À minuit passé. En pyjama. Pour prendre l'air. Tu me prends pour un imbécile ?
J'ai baissé la tête. Ma mère a posé sa main sur mon bras.
— Damien, écoute-moi bien. Eléonore n'est pas naïve. Elle voit tout. Elle entend tout. Elle a choisi de se taire parce qu'elle t'aime. Mais un jour, ce silence va se briser. Et ce jour-là, tu perdras bien plus qu'une épouse.
— Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que je la quitte ? Elle est handicapée à cause de moi !
Ma mère a serré les dents.
— Elle est handicapée parce qu'elle t'a sauvé la vie. Nuance. Et tu crois que ta présence par pitié, c'est ce qu'elle mérite ? Tu crois que c'est ça, aimer quelqu'un ?
Je n'ai pas répondu, parce que je n'avais pas de réponse. Mon père a avancé d'un pas.
— Retourne dans cette chambre. Maintenant. Et réfléchis à ce que tu es en train de faire de ta vie. Parce que si tu continues comme ça, tu ne perdras pas seulement Eléonore. Tu nous perdras aussi.
Ces mots m'ont transpercé. J'ai reculé d'un pas.
— Vous... vous me menacez ?
— Non. On te prévient. Il y a une différence.
J'ai regardé mon père, puis ma mère. Ils ne souriaient pas. Ils ne plaisantaient pas. Ils étaient sérieux. Terriblement sérieux.
Trois ans à t'attendre Chapitre 9J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.« Elle voit tout et elle entend tout »Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.---Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était dé
Chapitre 8 On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.Point de vue de Damien LeclercJe suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.— Où comptes-tu aller comme ça ?Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.Ma mère a croisé les bras.— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.— Maman, je veux de l'air na
Trois ans à t'attendre Chapitre 7 Je suis restée à la vieille maison jusqu'à l'heure du dîner. On était à table. Tout le monde me donnait à manger, me choyait, riait avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais légère. Puis la porte s'est ouverte et Damien est entré, main dans la main avec Clara. Il a salué tout le monde mais personne n'a répondu.Dès qu'il m'a vue, il a perdu son sourire. Moi, j'ai laissé mon regard glisser de son visage jusqu'à leurs mains entrelacées. Son regard a suivi le mien. Il a retiré sa main d'une vitesse éclair. Puis il a porté son masque de mari aimant et il est venu vers moi. Il m'a fait la bise.— Bonsoir chérie, tu vas bien ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu ne m'as pas averti ?Sa maman lui a donné une tape sur le bras.— Doit-elle te dire avant de nous rendre visite ?— Quoi ? Non, pas du tout. Je voulais dire que j'aurais pu aller la chercher.Je l'ai regardé. J'ai souri. J'ai pris de la viande dans le plat avant de d
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.F#Chapitre 6 Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.— La maison familiale, a-t-elle murmuré.— Oui.Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande ma
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde#Auteur : O.M.F#Chapitre 5 Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.— Entrez.Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.— Éléonore. Asseyez-vous.Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.— Moi non plus.Un silence. Puis il a croisé les mains.— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une g
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.FChapitre 4 Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.J'ai composé le numéro de Tante Célie.— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?Sa voix était douce, un peu surprise.— Bien sûr, ma chérie. Je monte.Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, la







