LOGINTrois ans à t'attendre
Chapitre 9
J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.
« Elle voit tout et elle entend tout »
Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.
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Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était déjà levée depuis longtemps.
Je suis descendu. Je l'ai trouvée dans la cuisine, assise près de la fenêtre. Elle tenait une tasse de thé entre ses mains. Elle regardait dehors. Elle ne m'a pas entendu arriver.
— Bonjour.
Elle n'a même pas sursauté. Elle a juste tourné la tête vers moi.
— Bonjour.
Son visage était neutre. Ni colère. Ni tristesse. Juste... calme. Et c'est ça qui m'a fait le plus peur.
— Tu as bien dormi ?
— Oui.
— Tu... tu t'es levée tôt.
— J'avais envie de voir le lever du soleil.
___ Et pourquoi tu ne m'as pas réveillé pour t'aider à descendre ?
___ J'en ai l'habitude et tante Célie m'a aidé donc ça va.
Ça, c'était une pique. Elle s'est tournée à nouveau vers la fenêtre. Le silence s'est installé. Un silence lourd et épais. Je me suis assis en face d'elle.
— Eléonore...
— Damien, tu veux du thé ?
Elle m'a interrompu. Pas méchamment juste... elle m'a interrompu. Comme si elle ne voulait pas entendre ce que j'allais dire. Comme si elle savait déjà.
— Non merci.
Elle a hoché la tête. Elle a bu une gorgée puis elle a reposé sa tasse.
— Ta mère m'a proposé de rester quelques heures de plus avant de rentrer.
— Oh. D'accord.
— Tu peux rentrer si tu veux. Je prendrai un taxi pour revenir.
— Non. Je vais t'attendre.
Elle m'a regardé longuement puis elle a souri. Un sourire doux. Un sourire qui ne montait pas jusqu'aux yeux. Je sens qu'elle a perdu quelques chose en elle. J'ignore quoi quoi.
— Comme tu veux.
À cet instant, la porte de la cuisine s'est ouverte. Ma mère est entrée, suivie de mon père. Ils nous ont regardés. Puis ma mère s'est approchée d'Eléonore et lui a posé un baiser sur le front.
— Bien dormi, ma chérie ?
— Très bien, maman Leclerc.
Ma mère a souri puis elle m'a lancé un regard que je connais bien. Un regard qui disait : On parlera plus tard.
Mon père s'est assis. Il a déplié son journal. Il ne m'a même pas regardé. Et moi, je suis resté là face à ma femme qui ne me disait rien. Face à mes parents qui savaient tout. Face à un mariage qui ressemblait de plus en plus à une maison dont les murs se fissurent. J'ai bu mon café et il était amère.
Point de vue d' Eléonore DEVICE
Je l'ai entendu sortir cette nuit. J'ai entendu la conversation dans le hall. J'ai entendu les mots de ses parents. J'ai entendu son silence quand on lui a demandé s'il m'aimait. Je n'ai pas bougé. Je n'ai pas pleuré. J'ai juste attendu qu'il revienne. Et quand il s'est allongé à côté de moi, j'ai senti sa main s'approcher. Puis se retirer. J'ai senti son hésitation. Sa lâcheté. Et j'ai compris quelque chose.
Cet homme ne me quittera jamais, parce qu'il est trop lâche. Mais il ne m'aimera jamais, parce qu'il en est incapable. Alors j'ai pris une décision. Je ne vais plus l'attendre. Je ne vais plus espérer. Je vais juste... avancer.
Ce matin, j'ai regardé le soleil se lever et j'ai souri. Parce que pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie libre. Libre de lui. Libre de cette attente qui me rongeait.
Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Mais je sais une chose. Trois ans à l'attendre, c'était déjà trop. Je ne lui donnerai pas un jour de plus. Il est temps que je m'occupe de ma guérison et le compte à rebours vient de commencer.
Trois ans à t'attendre Chapitre 9J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.« Elle voit tout et elle entend tout »Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.---Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était dé
Chapitre 8 On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.Point de vue de Damien LeclercJe suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.— Où comptes-tu aller comme ça ?Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.Ma mère a croisé les bras.— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.— Maman, je veux de l'air na
Trois ans à t'attendre Chapitre 7 Je suis restée à la vieille maison jusqu'à l'heure du dîner. On était à table. Tout le monde me donnait à manger, me choyait, riait avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais légère. Puis la porte s'est ouverte et Damien est entré, main dans la main avec Clara. Il a salué tout le monde mais personne n'a répondu.Dès qu'il m'a vue, il a perdu son sourire. Moi, j'ai laissé mon regard glisser de son visage jusqu'à leurs mains entrelacées. Son regard a suivi le mien. Il a retiré sa main d'une vitesse éclair. Puis il a porté son masque de mari aimant et il est venu vers moi. Il m'a fait la bise.— Bonsoir chérie, tu vas bien ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu ne m'as pas averti ?Sa maman lui a donné une tape sur le bras.— Doit-elle te dire avant de nous rendre visite ?— Quoi ? Non, pas du tout. Je voulais dire que j'aurais pu aller la chercher.Je l'ai regardé. J'ai souri. J'ai pris de la viande dans le plat avant de d
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.F#Chapitre 6 Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.— La maison familiale, a-t-elle murmuré.— Oui.Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande ma
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde#Auteur : O.M.F#Chapitre 5 Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.— Entrez.Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.— Éléonore. Asseyez-vous.Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.— Moi non plus.Un silence. Puis il a croisé les mains.— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une g
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.FChapitre 4 Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.J'ai composé le numéro de Tante Célie.— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?Sa voix était douce, un peu surprise.— Bien sûr, ma chérie. Je monte.Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, la







