เข้าสู่ระบบ#Trois ans à t'attendre
#L'imagination mon monde
#Auteur : O.M.F
#Chapitre 5
Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.
— Entrez.
Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.
— Éléonore. Asseyez-vous.
Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.
— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.
— Moi non plus.
Un silence. Puis il a croisé les mains.
— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une greffe de cellules souches. C'est une technique récente. Elle a donné des résultats surprenants dans certains cas. Mais je dois être honnête avec vous : le taux de réussite est de cinquante pour cent. Et même en cas de succès, la récupération sera partielle. Vous ne remarcheriez pas comme avant. Vous auriez besoin de béquilles, peut-être d'une canne. Et la rééducation serait longue. Douloureuse.
J'ai hoché la tête. J'avais déjà entendu tout cela. Il y a trois ans. Mais cette fois, les mots ne me faisaient plus peur.
— Quels sont les risques ?
— Paralysie définitive en cas d'échec. Douleurs chroniques. Infections. Mais le plus grand risque, Éléonore, c'est l'espoir. Si l'opération échoue, vous devrez vivre avec l'idée que vous avez tenté, et que cela n'a pas fonctionné.
J'ai respiré profondément.
— Docteur, j'ai passé trois ans à vivre avec l'idée que je n'avais rien tenté. Je préfère vivre avec l'idée d'avoir essayé.
Il m'a regardée longtemps. Puis il a souri.
— Dans ce cas, je vais programmer les examens pré-opératoires. Si tout est en ordre, nous pourrons envisager l'opération dans un mois.
Un mois. Trente jours. J'avais trente jours pour changer ma vie.
Je suis sortie du cabinet avec une étrange sensation. Ce n'était pas de la joie. Pas encore. C'était quelque chose de plus profond. Une paix. Une certitude. J'avais pris ma décision. Et personne, plus personne, ne pourrait me l'enlever.
Je lui dis bonne journée et reprends le chemin de la sortie.
****
Tante Célie m'attendait dans le hall. Elle s'est levée dès qu'elle m'a vue.
— Alors ?
— Dans un mois, je commence l'opération si tout va bien.
Elle a porté la main à sa bouche. Ses yeux se sont remplis de larmes. Elle s'est penchée et m'a serrée dans ses bras.
— Je suis fière de toi, ma chérie. Tellement fière.
Nous avons commencé à avancer vers la sortie. Le hall était bondé. Des patients, des visiteurs, des infirmières. Et puis, soudain, une voix que je connaissais trop bien.
— Oh, regardez qui voilà.
Je me suis figée. Clara. Debout, à quelques mètres de nous, entourée de deux femmes que je ne connaissais pas. Élégantes. Souriantes. Cruelles.
— Éléonore Leclerc. Enfin, Leclerc… si on peut dire.
Ses amies ont ricané. Clara a fait un pas vers moi. Elle a baissé les yeux vers mon fauteuil, puis les a relevés, avec une fausse compassion.
— C'est courageux de sortir, tu sais. Avec ton… état. Moi, à ta place, je resterais à la maison. À l'abri des regards.
J'ai senti Tante Célie se raidir à côté de moi. Mais je l'ai arrêtée d'un geste de la main. J'ai levé les yeux vers Clara. Et j'ai souri.
— Tu entends ça, Tante Célie ?
— Quoi, ma chérie ?
— Ces mouches. Elles bourdonnent. C'est insupportable.
Tante Célie a éclaté de rire. Un rire franc, joyeux, qui a résonné dans tout le hall.
— Hooo oui, ma chérie. Je les entends. Elles sont grosses, en plus.
Clara est devenue blanche. Ses amies ont cessé de sourire. Elle a serré les poings. Puis, dans un mouvement brusque, elle a levé la main pour me gifler.
Mais je fus plus rapide. J'ai reculé mon fauteuil d'un coup sec. Clara a perdu l'équilibre. Elle est tombée à mes pieds littéralement. À genoux, les mains en avant, humiliée.
Le hall s'est tu. Tout le monde regardait. J'ai penché la tête vers elle. J'ai attrapé une mèche de ses cheveux bruns entre mes doigts fermement. Assez pour qu'elle sente la pression.
— Écoute-moi bien, Clara. Reste loin de moi. Parce que si tu t'approches encore une fois, je jure que ton cher amant découvrira que ta version de fille douce et parfaite n'est qu'une façade. Et crois-moi, il n'aimera pas ce qu'il verra derrière.
Clara m'a regardée. Ses yeux étaient remplis de haine mais aussi de peur. Une peur réelle. Elle savait que je ne bluffais pas, elle savait que je pouvais tout lui prendre comme elle avait essayé de me prendre Damien. J'ai lâché ses cheveux. J'ai posé mes mains sur les roues de mon fauteuil.
— Bonne journée, Clara. Et la prochaine fois, choisis des amies qui ont un peu plus de classe.
J'ai fait demi-tour. Tante Célie m'a suivie, le sourire aux lèvres. Derrière nous, Clara se relevait, humiliée, sous les regards de tout le hall. Dans la voiture, Tante Célie a éclaté de rire.
— Ma chérie, tu es officiellement mon héroïne.
J'ai souri. Mais au fond de moi, je savais que ce n'était que le début. Clara n'était pas du genre à abandonner. Elle reviendrait. Et la prochaine fois, elle serait plus dangereuse mais moi aussi, je suis prête.
Trois ans à t'attendre Chapitre 9J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.« Elle voit tout et elle entend tout »Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.---Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était dé
Chapitre 8 On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.Point de vue de Damien LeclercJe suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.— Où comptes-tu aller comme ça ?Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.Ma mère a croisé les bras.— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.— Maman, je veux de l'air na
Trois ans à t'attendre Chapitre 7 Je suis restée à la vieille maison jusqu'à l'heure du dîner. On était à table. Tout le monde me donnait à manger, me choyait, riait avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais légère. Puis la porte s'est ouverte et Damien est entré, main dans la main avec Clara. Il a salué tout le monde mais personne n'a répondu.Dès qu'il m'a vue, il a perdu son sourire. Moi, j'ai laissé mon regard glisser de son visage jusqu'à leurs mains entrelacées. Son regard a suivi le mien. Il a retiré sa main d'une vitesse éclair. Puis il a porté son masque de mari aimant et il est venu vers moi. Il m'a fait la bise.— Bonsoir chérie, tu vas bien ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu ne m'as pas averti ?Sa maman lui a donné une tape sur le bras.— Doit-elle te dire avant de nous rendre visite ?— Quoi ? Non, pas du tout. Je voulais dire que j'aurais pu aller la chercher.Je l'ai regardé. J'ai souri. J'ai pris de la viande dans le plat avant de d
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.F#Chapitre 6 Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.— La maison familiale, a-t-elle murmuré.— Oui.Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande ma
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde#Auteur : O.M.F#Chapitre 5 Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.— Entrez.Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.— Éléonore. Asseyez-vous.Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.— Moi non plus.Un silence. Puis il a croisé les mains.— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une g
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.FChapitre 4 Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.J'ai composé le numéro de Tante Célie.— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?Sa voix était douce, un peu surprise.— Bien sûr, ma chérie. Je monte.Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, la







