Mag-log in#Trois ans à t'attendre
#L'imagination mon monde
#Auteur : O.M.F
Chapitre 4
Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.
J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.
J'ai composé le numéro de Tante Célie.
— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?
Sa voix était douce, un peu surprise.
— Bien sûr, ma chérie. Je monte.
Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, laissé la lumière entrer. Elle m'a aidée à me lever, à me laver, à m'habiller. Chaque geste était précis, tendre. Elle avait l'habitude. Trois ans qu'elle faisait ça. Mais ce matin, il y avait quelque chose de différent dans son regard. Comme si elle sentait, elle aussi, que quelque chose avait basculé.
Je lui ai demandé de choisir une robe. Pas un pantalon. Une robe. Bleu nuit. Celle que je portais avant l'accident, lors de notre premier rendez-vous avec Damien. Elle était un peu froissée, mais elle m'allait encore.
— Tu es belle, a murmuré Tante Célie en nouant la ceinture.
J'ai souri. Un vrai sourire.
Nous sommes descendues ensemble. L'ascenseur était lent, mais je n'ai pas trouvé le temps long. J'écoutais le bruit des roues de mon fauteuil sur le sol, ce bruit que je connaissais par cœur, et qui, ce matin, me semblait moins lourd.
Dans la salle à manger, la table était dressée. Tante Célie avait préparé un petit-déjeuner complet : du pain grillé, du beurre, de la confiture de figues, un jus d'orange frais. Elle s'est assise en face de moi, comme elle le faisait parfois quand Damien n'était pas là. Elle m'a regardée manger. Elle ne disait rien. Elle attendait.
J'ai terminé mon petit-déjeuner en silence. Puis j'ai posé ma tasse. J'ai respiré profondément.
— Tante Célie, j'ai besoin que tu m'accompagnes à l'hôpital.
Elle a reposé sa serviette. Son visage est resté calme, mais j'ai vu ses yeux s'illuminer.
— À l'hôpital ?
— Oui. Je veux voir le docteur Moreau. Je veux reparler de l'opération.
Un silence. Puis elle a hoché la tête, lentement.
— Tu es sûre, ma chérie ?
— Je suis sûre.
Elle n'a pas insisté. Elle s'est levée, a rangé la table, puis elle est allée chercher son manteau et le mien. Avant de sortir, elle s'est arrêtée dans l'encadrement de la porte. Elle m'a regardée avec une tendresse infinie.
— Tu sais que je t'ai toujours dit que tu étais plus forte que tu ne le pensais ?
J'ai souri.
— Je commence à le croire.
Nous sommes sorties. L'air était frais, presque vivifiant. Tante Célie a poussé mon fauteuil jusqu'à la voiture. Elle a rangé le fauteuil dans le coffre, m'a aidée à m'installer sur le siège passager. Puis elle a démarré.
Sur la route, je regardais les rues défiler. Les arbres. Les passants. La vie. Une vie que j'avais mise entre parenthèses pendant trois ans. Une vie que j'allais reprendre.
L'hôpital était à vingt minutes de la maison. Vingt minutes de silence. Un silence confortable. Le silence de deux femmes qui savent qu'elles sont en train d'écrire une nouvelle page.
Quand nous sommes arrivées, Tante Célie s'est garée. Elle a sorti le fauteuil, m'a installée. Puis elle s'est penchée vers moi.
— Je t'attends dans la salle d'attente. Prends tout le temps qu'il te faut.
J'ai hoché la tête. J'ai posé mes mains sur les roues de mon fauteuil. Et j'ai avancé, seule, vers l'entrée de l'hôpital. Le premier pas. Le tout premier.
Trois ans à t'attendre Chapitre 9J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.« Elle voit tout et elle entend tout »Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.---Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était dé
Chapitre 8 On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.Point de vue de Damien LeclercJe suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.— Où comptes-tu aller comme ça ?Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.Ma mère a croisé les bras.— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.— Maman, je veux de l'air na
Trois ans à t'attendre Chapitre 7 Je suis restée à la vieille maison jusqu'à l'heure du dîner. On était à table. Tout le monde me donnait à manger, me choyait, riait avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais légère. Puis la porte s'est ouverte et Damien est entré, main dans la main avec Clara. Il a salué tout le monde mais personne n'a répondu.Dès qu'il m'a vue, il a perdu son sourire. Moi, j'ai laissé mon regard glisser de son visage jusqu'à leurs mains entrelacées. Son regard a suivi le mien. Il a retiré sa main d'une vitesse éclair. Puis il a porté son masque de mari aimant et il est venu vers moi. Il m'a fait la bise.— Bonsoir chérie, tu vas bien ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu ne m'as pas averti ?Sa maman lui a donné une tape sur le bras.— Doit-elle te dire avant de nous rendre visite ?— Quoi ? Non, pas du tout. Je voulais dire que j'aurais pu aller la chercher.Je l'ai regardé. J'ai souri. J'ai pris de la viande dans le plat avant de d
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.F#Chapitre 6 Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.— La maison familiale, a-t-elle murmuré.— Oui.Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande ma
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde#Auteur : O.M.F#Chapitre 5 Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.— Entrez.Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.— Éléonore. Asseyez-vous.Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.— Moi non plus.Un silence. Puis il a croisé les mains.— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une g
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.FChapitre 4 Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.J'ai composé le numéro de Tante Célie.— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?Sa voix était douce, un peu surprise.— Bien sûr, ma chérie. Je monte.Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, la







