LOGIN#Trois ans à t'attendre
#L'imagination mon monde
#Auteur : O.M.F
#Chapitre 6
Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.
— La maison familiale, a-t-elle murmuré.
— Oui.
Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.
Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande main posée sur la mienne.
« Tu n'es plus seule, Éléonore. Tu fais partie de la famille, maintenant. »
Il avait tenu parole. Toute la famille Leclerc m'avait accueillie. Le père, la mère, les oncles, les tantes. Tous. Sauf Damien. Lui, il me regardait de loin, comme on regarde une étrangère. Puis, avec le temps, il est devenu mon ami. Mon meilleur ami. Puis mon amour. Puis mon mari. Puis plus rien.
J'ai payé ma dette. Trois ans de ma vie. Une jambe. Un mariage. Une illusion. Maintenant, il était temps d'avancer.
****L'Arrivée à la vieille maison
La voiture s'est arrêtée devant le portail. Tante Célie m'a aidée à sortir, à m'installer dans mon fauteuil. Elle a poussé jusqu'à la porte d'entrée. J'ai frappé. Deux coups.
La porte s'est ouverte. C'était Maman Leclerc. Elle a porté la main à sa bouche.
— Éléonore ? Ma chérie ?
Elle s'est penchée, m'a serrée dans ses bras. Fort. Trop fort. Comme si elle avait peur que je disparaisse.
— Entre. Entre, voyons.
Elle a poussé mon fauteuil jusqu'au salon. La maison n'avait pas changé. Les mêmes meubles en bois sombre. La même odeur de cire et de thé. Le même feu qui crépitait dans la cheminée. Et là, dans son fauteuil près de la fenêtre, Grand-père Leclerc. Il lisait son journal. Il a relevé la tête.
— Hooo, Grand-père Leclerc.
J'ai souri. Il a souri. Il a posé son journal sur ses genoux.
— Éléonore, ma chérie. Viens.
Tante Célie m'a poussée jusqu'à lui. Il a pris mes mains dans les siennes. Ses mains étaient ridées, chaudes, solides. Les mains d'un homme qui avait construit sa vie à la force du poignet.
— Comment tu te sens, mon enfant ?
— Je vais bien, Grand-père. Et toi ?
— Je suis en forme. Mais toi… ton visage dit autre chose. Dis-moi ce qui ne va pas.
Monsieur et Madame Leclerc sont entrés dans le salon. Ils se sont installés sur le canapé, face à moi. Je les ai salués. Ils m'ont répondu avec amour. Toute la famille Leclerc m'aimait. Sauf Damien. Bien évidemment.
Papa Leclerc s'est penché en avant, les coudes sur les genoux.
— Je pense que depuis l'accident, tu t'es renfermée, ma chérie. Si quelque chose ne va pas, dis-le-nous. On va régler ça.
J'ai ouvert la bouche pour répondre. Mais Maman Leclerc m'a devancée.
— Tu veux qu'elle soit heureuse comment, si ton fils passe son temps avec Clara Dupont ?
Le silence est tombé dans la pièce. Papa Leclerc a fermé les yeux. Grand-père a serré les mâchoires. Maman Leclerc, elle, me regardait avec une tendresse infinie.
— Tu sais, Éléonore, a-t-elle continué, je n'ai jamais aimé cette fille. Jamais. Elle a toujours eu ce regard. Ce regard qui dit « je prendrai ce qui n'est pas à moi ». Et ton mari… mon fils… il est aveugle.
J'ai respiré profondément.
— Maman Leclerc…
— Non. Laisse-moi finir. Je sais que tu as vu la télé. Je sais qu'elle est revenue. Et je sais que Damien n'a pas dormi à la maison cette nuit.
Elle s'est levée. Elle est venue s'agenouiller devant moi. Elle a pris mes mains.
— Tu es ma fille, Éléonore. Pas par le sang. Par le cœur. Tu as sauvé la vie de mon fils. Tu as donné ta jambe pour lui. Et lui, il te rend ça ? En courant chez une autre ?
J'ai senti les larmes me monter aux yeux. Mais je les ai retenues.
— Maman Leclerc, j'ai pris une décision.
— Dis-nous.
— Je vais divorcer mais d'abord, j'ai décidé de soigner mes jambes.
Personne n'a bougé. Puis Grand-père s'est levé. Lentement. Il s'est approché de moi. Il a posé sa main sur ma tête, comme il le faisait quand j'étais petite.
— Tu as payé ta dette, Éléonore. Tu ne dois plus rien à personne. Ni à Damien ni à nous. Tu es libre et c'est une excellente idée de soigner enfin tes jambes.
J'ai souri. Une larme a roulé sur ma joue. Mais ce n'était pas une larme de tristesse. C'était une larme de libération.
— Merci, Grand-père mais c'est un secret. Je ne veux rien dire à Damien. Enfin, pas encore.
Maman Leclerc s'est relevée. Elle a essuyé mes larmes du bout des doigts.
— Tu restes dîner et tu dors ici ce soir. Demain, on parlera de ce divorce. Et crois-moi, on va s'occuper de tout. Tu n'auras même pas à lever le petit doigt.
Papa Leclerc a hoché la tête.
— Clara Dupont ne mettra plus jamais les pieds dans cette famille. Je te le promets.
J'ai regardé cette famille. Cette famille qui m'avait recueillie. Qui m'avait aimée. Qui me défendrait jusqu'au bout. Et j'ai compris que je n'étais pas seule. Je ne l'avais jamais été.
Trois ans à t'attendre Chapitre 9J'ai fini par céder. J'ai remonté les escaliers lentement, chaque marche pesant plus lourd que la précédente. J'ai ouvert la porte de la chambre sans bruit. Eléonore était toujours là, allongée sur le côté, dos à moi. Sa respiration était calme, régulière. Je me suis approché. Je me suis assis sur le bord du lit. J'ai regardé son dos, ses épaules fines, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Je pensais à ce qu'avait dit ma mère.« Elle voit tout et elle entend tout »Est-ce que tu as entendu, Eléonore ? Est-ce que tu sais où j'allais ? J'ai tendu la main vers elle. Je voulais la toucher. Juste effleurer son épaule mais ma main s'est arrêtée à quelques centimètres. Je l'ai retirée. Je me suis allongé à côté d'elle. J'ai fixé le plafond. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.---Le lendemain matin, quand j'ai ouvert les yeux, le lit était vide. Je me suis redressé d'un coup. La chambre était baignée de lumière. La place d'Eléonore était froide. Elle était dé
Chapitre 8 On était couchés ensemble sur le lit lorsqu'il a reçu un appel. J'avais fait semblant de dormir. Il a décroché et a murmuré un "je viens". Il m'a regardée pour voir si je dormais, puis il s'est glissé hors du lit et il est sorti de la chambre à pas de coton. Je n'ai rien dit. Je n'en avais pas envie.Point de vue de Damien LeclercJe suis sorti de la chambre après avoir bien vérifié qu'Eléonore dormait. Actuellement, je ne veux pas d'histoire avec ma famille et je me demande même ce qu'elle fait ici, elle qui ne sort jamais. J'ai atteint la porte d'entrée lorsque j'ai entendu une voix derrière moi.— Où comptes-tu aller comme ça ?Je me suis arrêté un moment, puis je me suis retourné. C'était mon père et ma mère qui étaient derrière moi. J'ai souri puis j'ai répondu :— Je ne vais nulle part. Je veux juste prendre de l'air parce que j'ai chaud, c'est tout.Ma mère a croisé les bras.— Il y a de la climatisation dans votre chambre, que je sache.— Maman, je veux de l'air na
Trois ans à t'attendre Chapitre 7 Je suis restée à la vieille maison jusqu'à l'heure du dîner. On était à table. Tout le monde me donnait à manger, me choyait, riait avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais légère. Puis la porte s'est ouverte et Damien est entré, main dans la main avec Clara. Il a salué tout le monde mais personne n'a répondu.Dès qu'il m'a vue, il a perdu son sourire. Moi, j'ai laissé mon regard glisser de son visage jusqu'à leurs mains entrelacées. Son regard a suivi le mien. Il a retiré sa main d'une vitesse éclair. Puis il a porté son masque de mari aimant et il est venu vers moi. Il m'a fait la bise.— Bonsoir chérie, tu vas bien ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu ne m'as pas averti ?Sa maman lui a donné une tape sur le bras.— Doit-elle te dire avant de nous rendre visite ?— Quoi ? Non, pas du tout. Je voulais dire que j'aurais pu aller la chercher.Je l'ai regardé. J'ai souri. J'ai pris de la viande dans le plat avant de d
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.F#Chapitre 6 Dans la voiture, Tante Célie ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement tourné à gauche au lieu de prendre la route de la maison. Elle savait. Elle savait toujours.— La maison familiale, a-t-elle murmuré.— Oui.Elle a hoché la tête. Elle n'a rien ajouté. Elle a simplement conduit. Les routes défilaient. Les arbres. Les champs. La vieille maison Leclerc était à trente minutes de la ville, perdue au milieu des collines. C'était une bâtisse en pierre, avec un grand jardin, des volets verts et une cheminée qui fumait toujours en hiver. J'y avais grandi. J'y avais été heureuse avant.Je me suis souvenue. J'avais huit ans quand mes parents sont morts. Un accident de voiture. La route était mouillée. Le camion n'a pas freiné à temps. Je me souviens du bruit. Du métal. Du noir. Puis plus rien. Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital. Et il y avait Grand-père Leclerc, assis à mon chevet, sa grande ma
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde#Auteur : O.M.F#Chapitre 5 Le cabinet du docteur Moreau était au troisième étage. J'ai pris l'ascenseur, seule. Les portes se sont ouvertes sur un couloir blanc, silencieux, qui sentait l'antiseptique et le papier neuf. J'ai roulé jusqu'à la porte 312. J'ai frappé.— Entrez.Le docteur Moreau était un homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux gris, au regard bienveillant. Il m'avait suivie après l'accident. C'est lui qui avait évoqué l'opération expérimentale, il y a trois ans. Il m'a reconnue immédiatement.— Éléonore. Asseyez-vous.Je me suis installée face à son bureau. Il a ouvert mon dossier. Un dossier épais. Trois ans de rendez-vous, d'examens, de rééducation. Il a tourné quelques pages, puis a levé les yeux vers moi.— Vous avez rappelé. Je dois avouer que je ne m'y attendais plus.— Moi non plus.Un silence. Puis il a croisé les mains.— L'opération dont nous avions parlé consiste en une neurostimulation combinée à une g
#Trois ans à t'attendre #L'imagination mon monde #Auteur : O.M.FChapitre 4 Le lendemain matin, je me suis réveillée avant le soleil. Cela ne m'arrivait plus depuis longtemps. Avant, je restais au lit jusqu'à ce que Damien parte, à écouter le bruit de ses pas dans le couloir, la porte qui se referme, le silence qui retombe. Mais ce matin, quelque chose avait changé. Une petite flamme s'était allumée dans ma poitrine. Fragile. Mais vivante.J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. Huit heures. Damien devait être déjà parti. Il n'était pas rentré de la nuit. Ou alors il était rentré très tard, sur la pointe des pieds, et reparti à l'aube. Je ne savais pas. Je ne voulais plus savoir.J'ai composé le numéro de Tante Célie.— Tante Célie ? Tu peux venir m'aider à me préparer ?Sa voix était douce, un peu surprise.— Bien sûr, ma chérie. Je monte.Quelques instants plus tard, elle était dans ma chambre. Elle ne m'a pas posé de questions. Elle a simplement ouvert les rideaux, la







