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Les Roses Rouges

مؤلف: O. M. F
last update تاريخ النشر: 2026-09-25 03:30:52

#Trois ans à t'attendre 

#L'imagination mon monde 

Auteur : O.M.F

#Chapitre 1 

La porte d'entrée s'est ouverte à dix-neuf heures précises. Damien est un homme d'habitudes. Toujours à la même heure. Toujours le même parfum de santal et de pluie. Toujours les mêmes pas mesurés dans le couloir.

J'étais dans le salon, près de la baie vitrée, là où la lumière déclinait doucement. J'entendais Tante Célie s'affairer dans la cuisine, les couverts qu'elle disposait sur la table, le bruit familier de la vaisselle. C'était notre routine. Une routine bien huilée, presque mécanique.

Puis il est apparu dans l'encadrement de la porte. Grand, élégant, le costume impeccable malgré sa journée de travail. Dans sa main, un bouquet de roses rouges. Douze. Toujours douze. Il les tenait avec une certaine nonchalance, comme on porte un objet dont on connaît le poids par cœur.

— Bonsoir, Éléonore.

Sa voix était douce. Toujours douce. C'était sa façon à lui de ne jamais rien laisser paraître.

Il s'est dirigé vers le vase en cristal posé sur le buffet, à l'entrée de la salle à manger. C'était l'endroit. Celui où il posait les fleurs chaque semaine. Au début, c'était un geste d'amour. Un vrai. Il choisissait les roses lui-même, chez le fleuriste du coin, et il les déposait là en souriant, comme un jeune marié timide. Puis l'accident est arrivé. Et les roses sont restées. Mais le geste, lui, a changé. Ce n'était plus de l'amour. C'était du devoir. Une habitude qu'il s'était imposée pour se donner bonne conscience. Douze roses. Chaque semaine. Comme on paie une traite.

Il a disposé le bouquet dans le vase, a ajusté une tige du bout des doigts, puis s'est approché de moi. Il s'est penché. Sa bouche a effleuré mon front, puis mes lèvres. Un baiser léger, presque fraternel. Le genre de baiser qu'on donne à une sœur, à une amie, à une malade. Pas à une épouse.

— Tu as passé une bonne journée ?

— Comme d'habitude.

Il a hoché la tête, comme si ma réponse lui suffisait. Puis il a saisi les poignées de mon fauteuil et m'a poussée jusqu'à la salle à manger. Tante Célie avait déjà tout préparé. Un rôti aux herbes, des légumes rôtis, une salade. La table était mise avec soin, comme chaque soir.

Damien s'est installé en face de moi. Il a déplié sa serviette sur ses genoux, m'a souri un sourire poli, sans chaleur puis a commencé à me servir. Il découpait ma viande en petits morceaux, comme on le ferait pour un enfant. Il versait l'eau dans mon verre avant le sien. Il poussait mon assiette vers moi avec prévenance.

C'était ça, le mari parfait, attentionné, prévenant et irréprochable. Mais moi, je ne suis pas de celles qui se taisent. Jamais je ne l'ai été. Même avant l'accident. Même avant le fauteuil. Même avant lui. J'ai planté ma fourchette dans un morceau de carotte. Puis, sans lever les yeux de mon assiette, j'ai dit :

— J'ai vu Clara à la télé avec toi. Elle est de retour ?

Le silence.

Un silence si épais qu'on aurait pu l'entendre. Damien s'était figé, sa fourchette suspendue entre son assiette et sa bouche. Je crois que je l'ai pris de cours. Pour une fois.

Il a reposé lentement sa fourchette. J'ai entendu le métal cliqueter contre la porcelaine. Puis il a inspiré, comme quelqu'un qui cherche ses mots.

— Hooo, c'est vrai. Elle est arrivée aujourd'hui à Genève. Comme elle n'a pas de famille ici, elle m'a appelé pour aller la chercher. J'espère que cela ne te dérange pas.

Genève. Bien sûr. La ville des banques, des montres et des amours retrouvées. J'ai piqué un autre morceau dans mon assiette. J'ai mâché lentement. Puis j'ai levé les yeux vers lui.

— Non, j'espère qu'elle va bien.

Il m'a regardée. Vraiment regardée. Pendant une seconde, j'ai vu quelque chose passer dans ses yeux. De la surprise ? De la gêne ? De la culpabilité ? Je ne saurais dire. Mais il n'a rien ajouté. Il a repris sa fourchette et a continué à manger, comme si de rien n'était.

Moi, j'ai souri intérieurement. Parce que Damien Leclerc, l'homme qui ne perd jamais contenance, venait de marquer une pause. Une toute petite pause. Mais une pause quand même. Et ce soir-là, en finissant mon dîner, je me suis dit que c'était peut-être le début de quelque chose. Pas de la fin mais du début.

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