LOGINChapitre 64MatthieuJe referme la porte du bureau derrière moi, et je reste un instant immobile dans le couloir obscur, la main encore posée sur la poignée en bronze, le cœur serré par ce que je viens de voir. Nolan, mon frère aîné, l'héritier de l'empire Vercier, l'homme qui faisait trembler les marchés, n'est plus qu'une ombre, une carcasse vide qui se consume lentement dans ce mausolée familial comme une bougie qui arrive au bout de sa mèche. Je ne l'avais pas vu depuis dix ans, dix longues années d'exil volontaire passées à fuir cette famille, ce nom, ce destin qu'on voulait me faire porter, et je m'attendais à retrouver le Nolan froid et dominateur que j'avais quitté, pas cet homme brisé, les yeux caves et le teint blafard, prostré dans le fauteuil de notre père comme un roi déchu sur son tr&o
Chapitre 63NolanParis n'est plus qu'un tombeau, un vaste mausolée de pierre et de verre où je déambule comme un spectre, incapable de trouver le repos, incapable de trouver la paix, incapable de trouver autre chose que ce vide immense qui s'est installé en moi depuis qu'Auréna est partie. L'hôtel particulier est silencieux, trop silencieux, et chaque pièce que je traverse résonne de son absence, chaque meuble que je frôle porte encore l'empreinte de ses doigts, chaque rideau que je tire laisse entrer une lumière qui n'éclaire plus rien. Je me suis réfugié dans le bureau de mon père, cette pièce sombre et majestueuse où j'ai passé tant d'heures à lire et à relire les dossiers de l'empire familial, et je reste assis dans le fauteuil en cuir, les yeux fixés sur la cheminée éteinte, le cœ
Chapitre 62AurénaLe lendemain de l'exposition, New York se réveille sous un ciel gris et bas, un ciel d'hiver qui écrase les tours de Manhattan et qui donne à la ville des allures de forteresse assiégée par les nuages. Je suis assise à la table du petit-déjeuner dans la suite que Sohan a réservée pour nous, un appartement immense au trentième étage d'un hôtel de luxe, avec des baies vitrées qui donnent sur Central Park et des meubles design qui semblent n'avoir jamais servi. Le café fume dans ma tasse, les viennoiseries sont disposées sur un plateau en argent, et le journal du matin est ouvert devant moi, mais je ne lis pas, je ne mange pas, je ne bois pas. Je regarde les arbres dénudés de Central Park, leurs branches noires qui se découpent sur le ciel gris, et je pense à Paris, à l'atelier, &ag
Chapitre 61AurénaLes lumières de Manhattan scintillent derrière les baies vitrées de la galerie, un océan de lumières qui s'étend à perte de vue, qui monte à l'assaut des tours de verre et d'acier, qui se reflète sur les trottoirs mouillés par la pluie fine de novembre. Je suis debout près de la vitrine principale, une coupe de champagne à la main, et je regarde la foule élégante qui se presse autour de mes créations, ces bijoux que j'ai façonnés de mes mains, ces pierres que j'ai serties avec patience et passion, ces œuvres qui portent en elles toute mon histoire, toute ma douleur, toute ma renaissance. L'exposition au Metropolitan Museum a été un triomphe, un triomphe dont je n'aurais jamais osé rêver, un triomphe qui dépasse tout ce que j'avais imaginé. Les critiques
Chapitre 60NolanLe journal est posé sur mon bureau, ouvert à la page des chroniques mondaines, et je le fixe sans le voir, les mains crispées sur les accoudoirs de mon fauteuil, la mâchoire si serrée que mes dents grincent les unes contre les autres. Le titre s'étale en lettres noires et épaisses, aussi violent qu'un coup de poing en pleine poitrine : « Le secret de Mina Delys : la célèbre créatrice de bijoux est en réalité l'ex-épouse du magnat Nolan Vercier. » L'article occupe une double page, agrémenté de photos volées, de dates, de détails intimes que seuls quelques proches pouvaient connaître. Notre mariage, notre séparation, la disparition d'Auréna, sa transformation en Mina Delys, tout est étalé au grand jour, disséqué, commenté, sali par des journali
Chapitre 59AurénaL'aube est encore timide, une lueur pâle et laiteuse qui filtre à travers les vitres de l'atelier et qui dessine des ombres mouvantes sur les murs blancs. Nous sommes restés assis sur le parquet froid pendant des heures, enlacés l'un contre l'autre, à parler, à pleurer, à nous dire enfin tout ce que nous avions tu pendant des années. La fatigue m'écrase, mes paupières sont lourdes, mes membres sont engourdis, mais je n'arrive pas à m'endormir, je n'arrive pas à m'arracher à cet instant, à cette bulle fragile qui nous enveloppe et qui pourrait éclater au moindre mouvement brusque. Sa main est posée sur mon dos, chaude et rassurante, et son souffle régulier caresse mes cheveux, m'apaise, me berce dans un demi-sommeil peuplé de souvenirs et de promesses.Il se tourne vers moi







