MasukChapitre 55
Arielle
Je roule, les larmes aux yeux. Libre.
La berline noire file sur la route de montagne, avalant les kilomètres dans un grondement sourd de moteur, et je tiens le volant à deux mains, les jointures blanchies par la tension, le regard fixé sur la ligne jaune qui danse dans la lumière des phares. Le paysage défile autour de moi, des sapins noirs qui se découpent sur le ciel
Chapitre 84ArielleJe peins à nouveau. Les couleurs reviennent.Je ne sais pas comment c’est arrivé. Ce matin, je suis entrée dans l’atelier avec la clé dans la poche, sans intention particulière. J’ai regardé les toiles vierges, les pinceaux, les tubes alignés. Et puis ma main a bougé toute seule. J’ai pressé un peu de bleu sur la palette, j’ai trempé le pinceau, et j’ai commencé. Un trait. Puis un autre. La peinture glisse sur la toile comme si elle n’avait attendu que moi. Les couleurs reviennent, oui. Elles remontent de mes doigts, de mes souvenirs, de cette partie de moi que Damien avait cru pouvoir effacer.Je ne l’ai pas entendu entrer. Quand je me retourne, il est là. Assis dans un coin de l’atelier, sur une vieille chaise en bois. Silencieux. Il ne dit ri
Chapitre 83DamienJe lui ai offert un nouvel atelier. Pas une cage, un espace.Je l'ai préparé moi-même. La pièce la plus lumineuse du manoir, celle qui donne sur le jardin. Un parquet clair, des murs blancs, de grandes fenêtres qu'on peut ouvrir. Des chevalets, des pinceaux, des tubes de peinture, des toiles vierges. Pas de caméra, pas de garde devant la porte. Juste une clé, une seule, que je tiens dans ma main.Elle me suit sans un mot, méfiante. Je sens son regard dans mon dos, sa peur, cette distance qu'elle maintient entre nous depuis des semaines. Je ne me retourne pas. Je ne veux pas la brusquer.J'ouvre la porte. La lumière l'inonde. Elle s'arrête sur le seuil.— Qu'est-ce que c'est ? demande-t-elle.— Ton atelier. Un nouvel atelier. À toi.
Chapitre 82ArielleIl a choisi moi contre son sang. J'en tremble encore.Je le regarde, debout près de la fenêtre du manoir, les épaules droites, le visage fermé. Il vient de raccrocher avec son père. Cornelius a hurlé, menacé, supplié. Damien n'a pas cédé. Il a dit non. Il a dit que j'étais sa famille, que Liam était sa famille, et que le reste pouvait brûler. J'ai entendu chaque mot, chaque silence, chaque respiration. Et maintenant, je tremble.Pas de froid. Pas de peur. De vertige. Un homme vient de choisir de tout perdre pour moi. Un homme qui m'a enfermée, traquée, brisée, vient de renier son nom, son héritage, son père, pour me garder. Je devrais être bouleversée, reconnaissante, heureuse. Je ne suis qu'une femme blessée qui regarde un homme essayer de réparer l'irréparable.— Arielle.Sa voix me fait sursauter. Il s'est retourné, il me regarde. Ses yeux gris sont fatigués, mais clairs. Il n'y a plus de masque, plus de calcul. Juste un homme qui attend.— Je t'ai entendue entr
Chapitre 81DamienMon père a tenté de la manipuler. Je l'ai jeté dehors. Le vieux serpent a sifflé : « Tu es comme moi. » Mais non. Je ne veux plus être comme lui. Arielle m'a pris la main. Un geste mince, un monde d'espoir.La chambre d'hôpital sent l'éther et la maladie. Mon père est adossé à ses oreillers, le teint cireux, mais ses yeux, ces mêmes puits de glace, sont plus vivants que jamais. Il n'a pas perdu une seconde. Dès qu'Arielle a franchi le seuil, il a incliné la tête, ce sourire mielleux que je déteste, et il a parlé.— Approchez, ma chère. Vous devez savoir la vérité. Damien vous a enfermée, il vous a traquée, il a causé votre accident. Tout ce qu'il a fait, c'est par amour, mais un amour destructeur. Comme le mien. Il e
Chapitre 80ArielleNous travaillons ensemble pour comprendre le passé. Je le vois affronter son père, ses mensonges. Mon respect renaît, fragile. Mais je garde mes distances, effrayée de replonger. Chaque baiser est un pari.Le bureau de Cornelius est une pièce sombre que je n'aurais jamais pensé explorer avec Damien. Et pourtant, nous y sommes, côte à côte, plongés dans des cartons de documents que lui-même a sortis de l'armoire forte. Il fouille, lit, jette. Ses gestes sont brusques, sa mâchoire serrée. Je l'observe en silence, partagée entre l'envie de l'aider et la peur de m'approcher trop.— Regarde ça, dit-il en me tendant une liasse. Les preuves de l'internement de ma mère. Signées, datées. Tout y est.Je prends les feuilles, je les parcours. Les
Chapitre 79DamienPour la première fois, je me dis que je pourrais la perdre pour de bon, et que je devrais l'accepter. Cette pensée me terrifie. Mais c'est peut-être la seule preuve d'amour véritable que je puisse lui offrir.Je suis dans mon bureau, les coudes sur la table, la tête entre les mains. Arielle est quelque part dans le manoir, silencieuse, et je sais qu'elle m'échappe déjà, même si elle est encore là. Depuis cette nuit, depuis ses mots « On essaie », je sens en elle une distance nouvelle, non plus de la haine, mais une lucidité qui me glace. Elle ne me fuit plus, elle m'observe, elle attend, comme si elle cherchait la faille qui confirmera ses peurs.— Damien.Sa voix me fait sursauter. Elle est entrée sans bruit







