LOGINChapitre 2
Le gala touchait lentement à sa fin. Les derniers invités échangeaient encore quelques politesses autour des buffets tandis que les serveurs débarrassaient discrètement les tables. Elara rejoignit sa mère près de la sortie, son sac à la main. Camila remarqua immédiatement l’expression contrariée de sa fille.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Rien.
– Elara…
– J’ai juste eu une conversation avec un homme qui se croit propriétaire de la planète.
Camila arqua un sourcil.
– Ce n’est pas très précis.
– Grand, costume noir, regard glacial, incapable de sourire plus de deux secondes.
Sa mère éclata de rire.
– Tu parles d’Enzo De Luca ?
– Ah, donc tu le connais.
– Tout le monde le connaît.
Elara leva les yeux au ciel.
– Ça ne m’étonne pas. Son ego doit être assez grand pour occuper toute la ville.
Camila secoua doucement la tête.
– Tu as encore répondu à quelqu’un avec ton franc-parler.
– Il m’a ordonné de quitter un endroit sans même se présenter.
– C’est vrai que ce n’est pas très élégant.
– Merci.
– Mais je suis certaine que tu n’as pas été tendre non plus.
Un sourire innocent apparut sur les lèvres d’Elara.
– Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
Camila éclata de rire.
– Pauvre Enzo.
– Pauvre Enzo ? C’est lui qui est venu me provoquer.
– Il ne provoque jamais personne.
– Alors il a commencé ce soir.
Les deux femmes quittèrent l’hôtel en discutant, ignorant qu’à quelques mètres derrière les baies vitrées, une paire d’yeux gris suivait leur départ.
Enzo observait la voiture noire s’éloigner.
Nico Romano s’approcha de lui avec deux verres de whisky.
– Tu regardes quoi ?
Enzo prit le verre sans quitter la rue des yeux.
– Rien.
Nico suivit son regard.
Il aperçut la voiture disparaître au bout de l’avenue.
Un sourire amusé étira ses lèvres.
– La fille en robe noire ?
Enzo but une gorgée.
– Je ne sais même pas son nom.
– Pourtant tu l’as remarquée.
– Elle m’a surtout manqué de respect.
– Et depuis quand ça t’intéresse ?
Enzo ne répondit pas.
Nico le connaissait depuis près de vingt ans.
Ce silence-là signifiait une seule chose.
Quelque chose avait retenu son attention.
– Elle est jolie.
– Ce n’est pas le sujet.
– Elle n’avait pas l’air impressionnée par toi.
– J’ai remarqué.
– Ça change.
Enzo posa lentement son verre.
– Tu as terminé ton interrogatoire ?
– Pas encore.
Nico sourit davantage.
– Tu veux que je découvre qui elle est ?
Les yeux gris d’Enzo se posèrent enfin sur lui.
– Non.
– Tu es sûr ?
– Si je veux savoir qui elle est, je le découvrirai moi-même.
– Donc tu veux vraiment le savoir.
Enzo ne répondit pas.
Il se contenta de quitter la salle de réception.
Nico éclata de rire tout seul.
Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu son ami s’intéresser à quelqu’un.
Le lendemain matin.
Le soleil traversait les immenses fenêtres de l’appartement d’Elara.
Encore enveloppée dans son peignoir, elle préparait un café tout en consultant les actualités sur sa tablette.
Son téléphone vibra.
Livia.
Elle décrocha.
– Bonjour.
– Tu es réveillée ?
– Depuis une heure.
– Alors raconte.
– Raconter quoi ?
– Le gala.
Elara souffla.
– C’était interminable.
– Impossible. Il y avait tout le gratin de Milan.
– Exactement le problème.
– Tu as rencontré quelqu’un ?
Elara hésita une seconde.
– Un homme insupportable.
– Oh ?
– Arrogant.
– Encore.
– Autoritaire.
– Continue.
– Convaincu que tout le monde doit lui obéir.
Livia éclata de rire.
– Tu viens de décrire ton homme idéal.
– Très drôle.
– Il était beau au moins ?
Elara resta silencieuse.
Livia poussa un cri de victoire.
– Il était beau !
– Ce n’est pas la question.
– Donc il était très beau.
– Je n’ai pas dit ça.
– Tu ne l’as pas nié.
Elara attrapa sa tasse de café.
– Tu es fatigante.
– Et toi, tu évites de répondre.
Après quelques secondes de silence, Elara céda.
– D’accord… il était séduisant.
– À quel point ?
– Beaucoup trop.
– Voilà qui devient intéressant.
– Absolument pas.
– Son nom ?
Elara grimaça.
– Enzo De Luca.
Un silence tomba à l’autre bout du fil.
Puis…
– Attends… LE Enzo De Luca ?
– Apparemment.
– Tu te rends compte avec qui tu t’es disputée ?
– Je m’en fiche complètement.
– Elara, cet homme dirige un empire.
– Tant mieux pour lui.
– Tu es incroyable.
– Je préfère dire inconsciente.
Livia éclata de rire.
– Je donnerais n’importe quoi pour avoir vu son visage pendant votre dispute.
– Il n’a presque pas changé d’expression.
– Ça veut dire que tu l’as surpris.
– Tant mieux.
– Tu vas le revoir ?
– Certainement pas.
– Tu en es sûre ?
– Plus que sûre.
Après avoir raccroché, Elara termina son café avant de quitter son appartement.
Une nouvelle journée de travail l’attendait.
Elle était persuadée que sa rencontre avec Enzo De Luca appartenait déjà au passé.
Elle ignorait qu’au même instant, dans le dernier étage de la tour De Luca Holdings, Enzo se tenait devant la baie vitrée de son bureau.
Nico entra sans frapper.
– Les renseignements que tu m’as demandés.
Enzo tourna légèrement la tête.
– Je ne t’ai rien demandé.
Nico déposa pourtant une fine chemise sur le bureau.
– Non… mais je te connais.
Enzo observa quelques secondes le dossier fermé.
Puis il finit par l’ouvrir.
Sur la première page apparaissait une photographie.
La même jeune femme qu’il avait affrontée la veille.
En dessous, quelques lignes.
Elara Vieri.
Enzo referma aussitôt le dossier.
Un léger sourire, presque invisible, effleura ses lèvres.
– Intéressant…
Chapitre 41Point de vue d’ElaraJe regardais Adrian. Je le regardais sans réussir à comprendre ce que mes yeux voyaient. Mon frère. L’homme avec qui j’avais grandi. Celui qui m’avait toujours appelé petite sœur. Celui qui m’avait protégée lorsque j’étais enfant. Celui qui connaissait mes habitudes, mes peurs, mes colères. Celui à qui j’avais confié des choses que je n’avais jamais racontées à personne. Mon frère. Et Gabriel venait de dire qu’il était mon père.Je secouai lentement la tête.– Non.Personne ne répondit.– Non.Ma voix tremblait davantage.– Ce n’est pas possible.Je regardai Adrian.Il ne bougeait pas.Il ne niait pas.C’était ça qui me terrifiait le plus.– Dis quelque chose.Il baissa les yeux.– Elara…– Dis-moi que c’est faux.Il resta silencieux.Je fis un pas vers lui.– Adrian, regarde-moi.Il leva enfin les yeux.Et dans son regard, je trouvai quelque chose qui me fit encore plus mal.De la culpabilité.Je reculai.– Tu le savais.Il inspira profondément.– Oui
Chapitre 40Point de vue d’ElaraToutes les lumières s’éteignirent. La maison fut plongée dans une obscurité totale. Pendant quelques secondes, personne ne bougea. Puis un coup de feu retentit. Je sursautai. Enzo me saisit immédiatement par la taille et me plaqua contre le mur.– Ne bouge pas.Je sentis son souffle contre mon oreille.– Enzo…– Je suis là.Un deuxième coup de feu retentit.Puis un troisième.Des cris éclatèrent dans le couloir.Des portes claquèrent.Quelqu’un courait.Je serrai la main d’Enzo.– Ils sont entrés.– Oui.– Combien sont-ils ?– Je ne sais pas.Une petite lumière apparut au loin.La lampe d’un téléphone.Puis une voix.– Tout le monde au sol !Enzo me poussa derrière lui.Je vis une silhouette apparaître.Il tira.L’homme tomba.Je retins un cri.– Reste derrière moi.– Je ne veux pas te perdre.Il se tourna vers moi.Même dans l’obscurité, je vis son regard.– Tu ne me perdras pas.– Tu ne peux pas me le promettre.– Si.Il prit mon visage entre ses mai
Chapitre 39Point de vue d’ElaraJe ne pouvais plus bouger. L’homme se tenait à quelques mètres de moi. Il ne ressemblait pas à un fantôme. Il ne ressemblait pas à quelqu’un qui revenait d’entre les morts. Il avait simplement l’air d’un homme qui venait de franchir une porte après avoir été absent beaucoup trop longtemps. Un costume sombre. Une expression calme. Des yeux froids. Et cette façon de me regarder… Comme s’il me connaissait depuis toujours.– Je suis ton père.Les mots résonnèrent dans ma tête.Mon père.Encore.Après Marco.Après Matteo.Après tout ce que je venais d’apprendre…Encore un père.Je regardai Enzo.Il avait son arme levée.– Ne t’approche pas.L’homme sourit.– Tu n’as pas changé.Enzo fronça les sourcils.– Je devrais te connaître ?– Tu me connais.– Je ne me souviens pas de toi.– C’est justement le problème.Je regardai ma mère.Elle était devenue livide.– Maman…Elle ne répondit pas.Je regardai Elena.Elle non plus ne bougeait pas.Puis je revins vers l
Chapitre 38Point de vue d’ElaraJe ne savais plus comment respirer. Alessandro se tenait devant nous. Vivant. Calme. Comme s’il n’avait jamais disparu. Comme si ces vingt-cinq dernières années n’avaient jamais existé. Son regard était posé sur Enzo. Puis sur moi. Il souriait. Un sourire sans chaleur. Un sourire qui me donna immédiatement envie de reculer. Mais je ne bougeai pas. Je refusais de lui donner cette satisfaction. Enzo, lui, s’était placé devant moi. Son arme était pointée vers son père.– Ne bouge pas.Alessandro baissa les yeux vers l’arme.– Tu me menaces ?– Oui.– Après toutes ces années ?– Surtout après toutes ces années.Alessandro eut un léger rire.– Tu as grandi.– Et toi, tu n’as pas changé.– Tu te trompes.Il marqua une pause.– J’ai beaucoup changé.Enzo serra la mâchoire.– Tu as tué Marco.Alessandro ne répondit pas.– Réponds-moi.– Oui.Le silence tomba.Je sentis mon cœur se serrer.Il venait de l’avouer avec une facilité terrifiante.– Pourquoi ?Alessa
Chapitre 37Point de vue d’ElaraLa porte se referma derrière moi. Je restai immobile. Je n’entendais plus la voix d’Enzo. Plus les coups de feu. Plus les cris. Rien. Seulement ma respiration. Rapide. Difficile. Je regardai la femme devant moi. Elena. Elle venait de m’annoncer que Matteo Vieri n’était pas mon père biologique. Après tout ce que je venais de découvrir, cette révélation aurait dû être impossible à encaisser. Pourtant, une partie de moi avait déjà compris qu’elle me cachait quelque chose. Depuis que j’avais retrouvé mon père, quelque chose n’allait pas. Il m’avait regardée avec une tendresse que je connaissais. Avec cet amour que je n’avais jamais cessé d’imaginer. Mais maintenant…Je ne savais plus quoi penser.– Tu mens.Elena ne répondit pas.– Tu as dit que mon père était vivant.– Oui.– Tu m’as conduite ici.– Oui.– Et maintenant tu me dis que Matteo n’est pas mon père biologique.Elle acquiesça.Je fis un pas vers elle.– Alors pourquoi m’avoir laissé croire que c
Chapitre 36Point de vue d’EnzoLe canon de l’arme était braqué sur Elara. Pendant une fraction de seconde, personne ne bougea. Puis mon corps réagit avant même que mon cerveau ait le temps de réfléchir. Je me plaçai devant elle.– Baisse ton arme.La femme ne bougea pas. Camila. Elle avait changé. Ou peut-être que je ne l’avais simplement jamais vraiment connue. Son visage était calme. Trop calme. Elle nous observait comme si elle avait attendu cette scène pendant des années. Adrian avait déjà sorti son arme. Lorenzo s’était légèrement décalé, prêt à intervenir. Matteo, lui, regardait Camila avec une expression que je n’arrivais pas à comprendre. De la peur. De la colère.Et quelque chose qui ressemblait à du regret.– Camila…Elle sourit.– Ça fait longtemps, Matteo.Elara se tourna vers son père.– Tu la connais ?Matteo ne répondit pas.– Papa ?Camila baissa légèrement son arme.– Il me connaît mieux que vous ne l’imaginez.Je resserrai ma prise sur mon arme.– Qu’est-ce que tu v







