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Chapitre 6

Autor: Meli
last update Fecha de publicación: 2026-09-06 22:12:13

Chapitre 6

Une semaine passa. Une semaine sans dispute. Sans remarque cinglante. Sans échange de regards capables de faire monter la tension en quelques secondes. Elara aurait dû s’en réjouir. Au contraire, cette absence avait quelque chose d’étrange. Elle s’était surprise, à plusieurs reprises, à lever les yeux lorsqu’elle entrait dans un café ou dans le hall d’un immeuble, comme si une partie d’elle s’attendait à le voir apparaître. Ridicule. Elle n’avait aucune raison de penser à lui. Pourtant…Son téléphone vibra.

Le rédacteur en chef venait de lui envoyer un message.

« J’ai besoin de toi pour couvrir l’inauguration de la Fondation Bellini ce soir. Beaucoup de grandes entreprises seront présentes. »

Elle répondit d’un simple :

« D’accord. »

En début de soirée, le palais Bellini brillait de mille lumières.

Des œuvres d’art contemporain étaient exposées dans chaque salle, tandis que des musiciens jouaient un morceau de piano qui résonnait doucement entre les hauts plafonds.

Elara avançait lentement, carnet en main.

Cette fois, elle était là pour travailler.

Elle prenait des notes, échangeait quelques mots avec les organisateurs et photographiait les différentes expositions.

Tout se déroulait parfaitement.

Jusqu’à ce qu’un murmure parcoure la salle.

Les conversations baissèrent d’un ton.

Plusieurs invités tournèrent simultanément la tête vers l’entrée.

Elara suivit instinctivement leur regard.

Enzo venait d’arriver.

Toujours aussi élégant.

Toujours aussi impassible.

Il saluait quelques dirigeants d’entreprise d’une poignée de main avant de poursuivre son chemin.

Comme s’il sentait qu’on l’observait, il leva légèrement les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Une seconde.

Deux.

Trois.

Personne ne bougea.

Puis Elara détourna la tête la première.

Elle inspira discrètement.

Pourquoi ce simple regard avait-il eu autant d’effet sur elle ?

Elle reprit son travail.

Du moins, elle essaya.

Chaque fois qu’elle changeait de salle, elle avait l’impression de le croiser.

Jamais longtemps.

Toujours quelques secondes.

Comme si leurs chemins se recoupaient sans cesse.

À l’autre bout de la galerie, Nico rejoignit Enzo.

– Tu regardes souvent dans la même direction.

Enzo continua d’observer un tableau.

– Tu te trompes.

– Vraiment ?

– Oui.

– Étrange… parce que Mademoiselle Vieri se trouve exactement dans cette direction.

Enzo tourna enfin la tête vers lui.

– Tu deviens fatigant.

– Je préfère dire observateur.

Un léger sourire amusé apparut sur le visage de Nico.

– Tu sais ce qui est encore plus intéressant ?

– Non.

– Elle fait exactement la même chose.

Enzo fronça imperceptiblement les sourcils.

– De quoi parles-tu ?

– Depuis que tu es arrivé, elle te cherche du regard sans même s’en rendre compte.

– Tu imagines beaucoup de choses.

– Peut-être.

Nico désigna discrètement Elara.

– Regarde.

Enzo suivit son geste.

À cet instant précis, Elara leva les yeux.

Leurs regards se rencontrèrent une nouvelle fois.

Elle sembla surprise.

Puis reprit aussitôt une conversation avec un collectionneur d’art.

Nico laissa échapper un petit rire.

– Tu vois ?

Enzo ne répondit pas.

Il n’aimait pas admettre que son ami avait parfois raison.

Une heure plus tard, la réception touchait à sa fin.

Elara s’apprêtait à quitter les lieux lorsqu’elle aperçut une toile qui venait d’être dévoilée.

Elle s’arrêta quelques instants devant l’œuvre.

Les couleurs étaient sombres.

Intenses.

Elles représentaient une mer déchaînée sous un ciel d’orage.

– Magnifique, n’est-ce pas ?

Elle reconnut immédiatement cette voix.

Sans quitter le tableau des yeux, elle répondit :

– Je pensais que vous ne vous intéressiez qu’aux chiffres.

– Les apparences sont souvent trompeuses.

Elle tourna enfin la tête.

Enzo se tenait à côté d’elle.

Les mains dans les poches.

Le regard posé sur la peinture.

– Vous aimez l’art ?

– Beaucoup plus que vous ne l’imaginez.

– Voilà qui est surprenant.

– Pourquoi ?

– Vous ne donnez pas vraiment l’impression d’être quelqu’un qui s’arrête pour admirer un tableau.

Il esquissa un très léger sourire.

– Et vous donnez l’impression de croire tout savoir sur les gens.

– Seulement sur ceux qui m’agacent.

– Je continue donc à vous agacer.

– Considérablement.

Un silence confortable s’installa entre eux.

Pour la première fois, il n’était pas pesant.

Ils contemplaient simplement la toile.

– Qu’est-ce que vous voyez ? demanda Enzo.

Elara réfléchit quelques secondes.

– Une personne qui lutte contre quelque chose de plus grand qu’elle.

– Intéressant.

– Et vous ?

Son regard resta fixé sur la mer agitée.

– Quelqu’un qui refuse de couler.

Elara tourna lentement la tête vers lui.

Cette réponse n’avait rien d’anodin.

Avant qu’elle ne puisse ajouter un mot, un homme d’une cinquantaine d’années s’approcha d’Enzo.

– Monsieur De Luca, excusez-moi de vous interrompre.

Enzo acquiesça.

– J’arrive.

L’homme s’éloigna.

Enzo regarda de nouveau Elara.

– Bonne soirée, Mademoiselle Vieri.

– Bonne soirée… Monsieur De Luca.

Il s’éloigna sans ajouter un mot.

Elara le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la foule.

Ce n’était plus seulement de la provocation.

Leurs conversations changeaient.

Elles devenaient plus calmes.

Plus personnelles.

Et cela l’inquiétait davantage que leurs disputes.

À l’extérieur, alors qu’elle montait dans sa voiture, elle ne remarqua pas l’homme qui l’observait depuis une berline noire stationnée de l’autre côté de la rue.

Son regard ne quittait pas Elara.

Lorsqu’elle démarra, il prit son téléphone.

– Oui.

Une voix grave répondit à l’autre bout du fil.

– Tu l’as trouvée ?

L’homme continua de suivre la voiture des yeux.

– Oui… je l’ai trouvée.

Il raccrocha.

Un sourire froid étira ses lèvres.

Cette femme allait bientôt entrer dans un monde dont elle ignorait encore l’existence.

A suivre 

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