LOGINChapitre 5
Le trajet du retour se déroula dans un silence inhabituel. Les immeubles de Milan défilaient derrière la vitre tandis qu’Elara conduisait d’une main distraite. Son autre main reposait sur le volant, mais son esprit était ailleurs. Elle revoyait sans cesse la scène du chantier. La caisse. Le bruit métallique. La main d’Enzo refermée autour de son bras. Et cette étrange expression qu’elle avait aperçue dans ses yeux. De l’inquiétude. Elle secoua légèrement la tête. Non. Il avait simplement réagi par réflexe. N’importe qui aurait fait la même chose. Enfin… peut-être pas n’importe qui. Son téléphone vibra, interrompant ses pensées. Livia. Elle activa le mode mains libres.
– Alors ? Comment s’est passée la visite ?
– Sans incident.
Un silence.
– Tu mens très mal.
Elara soupira.
– Il y a eu un petit problème sur le chantier.
– Quel genre de problème ?
– Une caisse est tombée d’une grue.
– Quoi ?
– Personne n’a été blessé.
– Tu m’as fait peur !
– Moi aussi, sur le moment.
Livia marqua une pause.
– Et… Enzo était là ?
– Oui.
– Ne me dis pas…
Elara hésita.
– C’est lui qui m’a tirée hors de la trajectoire.
– Je le savais !
– Tu savais quoi ?
– Que ce type finirait par jouer les héros.
– Il n’a joué à rien.
– Tu défends déjà sa cause ?
– Absolument pas.
– Tu viens pourtant de minimiser ce qu’il a fait.
Elara serra légèrement le volant.
– Il a juste eu de bons réflexes.
– Si tu le dis…
La conversation dériva rapidement sur d’autres sujets, mais une fois l’appel terminé, le calme revint dans l’habitacle.
Et avec lui…
Ses pensées.
Au siège de De Luca Holdings, Enzo se trouvait dans son bureau lorsqu’on frappa à la porte.
– Entre.
Nico pénétra dans la pièce avec une tablette électronique.
– Le rapport sur l’accident est terminé.
Enzo leva les yeux.
– Alors ?
– Une erreur humaine.
– Le responsable ?
– Suspendu jusqu’à la fin de l’enquête.
Enzo acquiesça.
– Fais vérifier tout le matériel du chantier.
– C’est déjà en cours.
Nico referma la tablette avant d’observer son ami quelques secondes.
– Tu sais…
– Quoi ?
– Tu n’as même pas réfléchi.
– À quoi ?
– Quand la caisse est tombée.
Enzo fronça légèrement les sourcils.
– Tu as couru vers elle.
– Elle était la plus proche.
– Tu aurais pu demander aux agents de sécurité d’intervenir.
Enzo ne répondit pas.
– Mais tu y es allé toi-même.
Le silence qui suivit parlait davantage que n’importe quelle réponse.
Nico esquissa un léger sourire.
– C’est nouveau.
– Arrête de tirer des conclusions.
– Je ne tire aucune conclusion.
Il se dirigea vers la porte.
– J’observe.
Puis il sortit.
Enzo resta seul.
Son regard se posa sur les immenses baies vitrées de son bureau.
Il n’avait pas réfléchi.
Son corps avait agi avant même que son esprit ne comprenne ce qui se passait.
Cela ne lui ressemblait pas.
Pas du tout.
Le lendemain matin, Elara arriva à la rédaction plus tôt que d’habitude.
À peine installée, Damiano s’approcha avec une tasse de café.
– Tu as fait sensation hier.
– Pourquoi ?
– Les autres journalistes parlent encore de ton échange avec De Luca.
– Ils devraient trouver un vrai sujet.
– Certains disent qu’il t’apprécie.
Elle éclata de rire.
– Enzo De Luca ? M’apprécier ?
– C’est ce qui se raconte.
– Les rumeurs vont vite.
– Elles naissent rarement de rien.
Elara secoua la tête.
– Tu passes beaucoup trop de temps à écouter les couloirs.
Damiano haussa les épaules.
– Les couloirs racontent parfois la vérité.
Elle retourna à son écran.
– Pas cette fois.
En milieu de journée, alors qu’elle effectuait des recherches pour un nouvel article, un nom attira son attention sur un site économique.
Enzo De Luca.
Elle hésita quelques secondes.
Puis cliqua.
Une longue biographie apparut.
Président de De Luca Holdings.
Classé parmi les plus jeunes dirigeants les plus influents d’Italie.
Des investissements dans plusieurs pays.
Des dizaines d’entreprises.
Des interviews.
Des récompenses.
Mais très peu d’informations personnelles.
Elle fit défiler la page.
Rien sur sa vie privée.
Aucune photo de famille.
Aucune relation connue.
Aucun scandale.
C’était étrange.
À une époque où tout finissait sur Internet, Enzo De Luca semblait avoir soigneusement effacé toute trace de lui-même.
– Qu’est-ce que tu regardes ?
Elara sursauta.
Livia venait d’apparaître derrière elle.
– Tu m’as fait peur !
– Je vois surtout que tu fais des recherches.
Livia plissa les yeux vers l’écran.
Puis un immense sourire illumina son visage.
– Enzo De Luca ?
Elara referma aussitôt la fenêtre.
– Ce n’est pas ce que tu crois.
– Ah non ?
– Je voulais simplement comprendre qui il était.
– Voilà exactement ce qui m’inquiète.
– Pourquoi ?
– Parce que la curiosité est souvent le début des ennuis.
Elara esquissa un sourire.
– C’est aussi le début du métier de journaliste.
Livia croisa les bras.
– Promets-moi une chose.
– Laquelle ?
– Fais attention.
Le sourire d’Elara s’effaça légèrement.
– Tu crois vraiment qu’il est dangereux ?
Livia réfléchit un instant.
– Je ne sais pas.
Elle regarda une dernière fois l’écran désormais éteint.
– Mais les hommes qui contrôlent autant leur image ont souvent beaucoup de choses à cacher.
Ces mots continuèrent de résonner dans l’esprit d’Elara longtemps après le départ de son amie.
Pour la première fois, elle ne voyait plus Enzo uniquement comme un homme arrogant.
Elle voyait une énigme.
Et les énigmes avaient toujours exercé sur elle une fascination irrésistible.
Sans le savoir, elle venait de franchir une ligne invisible.
Celle qui sépare la simple curiosité… de l’obsession naissante.
Chapitre 5 Le trajet du retour se déroula dans un silence inhabituel. Les immeubles de Milan défilaient derrière la vitre tandis qu’Elara conduisait d’une main distraite. Son autre main reposait sur le volant, mais son esprit était ailleurs. Elle revoyait sans cesse la scène du chantier. La caisse. Le bruit métallique. La main d’Enzo refermée autour de son bras. Et cette étrange expression qu’elle avait aperçue dans ses yeux. De l’inquiétude. Elle secoua légèrement la tête. Non. Il avait simplement réagi par réflexe. N’importe qui aurait fait la même chose. Enfin… peut-être pas n’importe qui. Son téléphone vibra, interrompant ses pensées. Livia. Elle activa le mode mains libres.– Alors ? Comment s’est passée la visite ?– Sans incident.Un silence.– Tu mens très mal.Elara soupira.– Il y a eu un petit problème sur le chantier.– Quel genre de problème ?– Une caisse est tombée d’une grue.– Quoi ?– Personne n’a été blessé.– Tu m’as fait peur !– Moi aussi, sur le moment.Livia m
Chapitre 4 Le lendemain matin, les locaux du journal étaient déjà animés lorsque Elara franchit les portes de la rédaction, un café à la main. Les journalistes allaient et venaient entre les bureaux, des téléphones sonnaient sans interruption et les claviers créaient un brouhaha familier. Elle s’installa devant son ordinateur, déterminée à terminer l’article consacré à la conférence de De Luca Holdings. Ses doigts glissèrent rapidement sur le clavier. Elle décrivit les nouveaux investissements du groupe, les ambitions du projet et les réactions des investisseurs. Pas une seule fois elle ne mentionna leur échange. Ce n’était pas une information. C’était une distraction.Une distraction qu’elle refusait de laisser entrer dans son travail.– Alors ?Damiano posa une tasse de café sur son bureau.– Alors quoi ?– Tu as survécu à Enzo De Luca.– Avec beaucoup de courage.Il sourit.– Il t’a encore agacée ?– Il respire, c’est déjà suffisant.Damiano éclata de rire.– Tu sais que beaucoup
Chapitre 3Deux jours s’étaient écoulés depuis le gala. Deux jours pendant lesquels Elara avait réussi à ne plus penser à Enzo De Luca. Enfin… presque. Chaque fois que son esprit ramenait malgré lui le souvenir de leurs échanges, elle s’efforçait de se convaincre qu’il ne s’agissait que d’une rencontre désagréable parmi tant d’autres. Un homme arrogant. Voilà tout. Elle n’avait aucune raison de lui accorder davantage d’importance. Installée à son bureau, elle relisait les notes d’un article lorsqu’un léger coup fut frappé contre la porte de son bureau.– Entre.Damiano Ricci passa la tête à l’intérieur avec son éternel sourire.– Tu travailles encore ?– C’est généralement ce qu’on fait dans un bureau.– Tu pourrais essayer de sourire de temps en temps.– Je souris.– Une fois par trimestre.Elle leva les yeux de son ordinateur.– Tu es venu pour me critiquer ou tu avais une vraie raison ?Damiano s’approcha.– Le rédacteur en chef veut quelqu’un à la conférence de presse organisée ce
Chapitre 2 Le gala touchait lentement à sa fin. Les derniers invités échangeaient encore quelques politesses autour des buffets tandis que les serveurs débarrassaient discrètement les tables. Elara rejoignit sa mère près de la sortie, son sac à la main. Camila remarqua immédiatement l’expression contrariée de sa fille.– Qu’est-ce qui s’est passé ?– Rien.– Elara…– J’ai juste eu une conversation avec un homme qui se croit propriétaire de la planète.Camila arqua un sourcil.– Ce n’est pas très précis.– Grand, costume noir, regard glacial, incapable de sourire plus de deux secondes.Sa mère éclata de rire.– Tu parles d’Enzo De Luca ?– Ah, donc tu le connais.– Tout le monde le connaît.Elara leva les yeux au ciel.– Ça ne m’étonne pas. Son ego doit être assez grand pour occuper toute la ville.Camila secoua doucement la tête.– Tu as encore répondu à quelqu’un avec ton franc-parler.– Il m’a ordonné de quitter un endroit sans même se présenter.– C’est vrai que ce n’est pas très
Chapitre 1Le ciel de Milan s’était teinté d’un bleu profond lorsque la berline noire s’arrêta devant le Grand Hôtel Vittoria. Les marches en marbre étaient déjà envahies par des invités vêtus de robes de créateurs et de costumes sur mesure. Les flashs des photographes illuminaient sans relâche la façade du bâtiment, tandis que des journalistes tentaient d’obtenir quelques déclarations des personnalités présentes.À l’intérieur, tout respirait le luxe. D’immenses lustres en cristal surplombaient une salle de réception décorée de compositions florales blanches et dorées. Un orchestre jouait une mélodie douce qui se mêlait aux conversations feutrées des invités.Assise sur le siège passager, Elara Vieri poussa un discret soupir.Elle détestait ce genre de soirées.Elle jeta un regard à sa mère, Camila, qui vérifiait une dernière fois son maquillage dans le miroir du pare-soleil.– Tu peux encore faire demi-tour si tu comptes garder cette tête toute la soirée.Elara esquissa un sourire a







