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Auteur: RS WILD
last update Dernière mise à jour: 2026-01-15 05:24:49

NOAH

Elle a refusé de rentrer chez elle.

Pas de drame, pas de cris. Juste un « non » tranquille, presque courtois, qui m’a fait bouillir intérieurement bien plus qu’une dispute explosive. Je l’ai vue tout de suite : elle était livide, figée, les mâchoires crispées comme chaque fois qu’elle essaie de cacher sa douleur.

— Rentre, Tessa.

— Non, ça va.

Mensonge éhonté.

Je n’ai pas insisté. Pas en public. Je suis parti, la rage au ventre, avec cette impression écœurante de perdre la main sur quelque chose qui, d’habitude, plie sous ma volonté. Ici, tout m’obéit : les équipes, les plannings, les décisions. Tout, sauf elle.

Et ça me rend dingue. Plus que de raison.

À midi, je la cherche des yeux sans même m’en rendre compte.

Elle n’a pas bougé.

De la mezzanine, je domine l’open space. Les gens se lèvent, rient, s’interpellent, partent déjeuner. Une machine parfaitement rodée. Elle, non. Elle reste clouée à sa chaise, raide comme une statue, comme si son corps avait déclaré forfait et qu’elle
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    TESSALe dernier mot, le rappel de ma dépendance, a claqué juste après la bombe.— À New York ? Ma voix est sortie en un chuchotement incrédule.— Oui. La mission de clôture du Westgate. Du 25 au 30. C'est non négociable, a-t-il affirmé.— Non, ça va aller... J'ai répondu machinalement.— Mais... la fin du mois, c'est bientôt. Et moi ?— Et toi, tu vas me montrer par des actes que tu mérites qu'on investisse dans cette relation, non ? C'est ce que j'attends de toi. Mais la décision ne m'appartient pas. Elle t'appartient, à toi.Il s'est approché du canapé, m'a tendu la main avec le sac de mes affaires.— Je suis monté te chercher ça. Tu restes ici ce soir. Lave-toi le visage. J'ai un deuxième tour de visio, je monte dans deux heures vérifier que tu n'as pas mis le feu à la cuisine.Il a déposé le sac et s'est détourné, s'éloignant vers l'ascenseur.— Noah ! ai-je crié, la panique me saisissant à la gorge.— Qu'est-ce que je fais à la fin du mois ? Tu vas me laisser seule ?Il a appuyé

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    TessaJ’ai pris une grande inspiration, puis une autre. L’odeur de la nourriture qu’il préparait – quelque chose d’épicé, d’agressif, qui contrastait avec le parfum vanillé que je laissais dans l’appartement – m’a rappelé qu’il était là, vivant, en colère. Et qu’il me laissait mijoter dans ma propre culpabilité.Je ne pouvais pas le laisser faire. L’ultimatum résonnait trop fort : si tu ne me donnes pas ta confiance totale, j’en ai fini. Définitivement.Je devais parler, même si ma voix était faible. Je devais affronter le silence qu’il avait dressé entre nous.— Noah, j’ai dit, ma voix tremblante, à peine audible au-dessus du bruit de sa fourchette heurtant l’assiette.Il n’a pas bougé. Il n’a pas tourné la tête. Il a continué à manger, le dos toujours tourné. Il m’effaçait.J’ai serré les dents et j’ai parlé plus fort, m’accrochant au fragment de papier comme à ma dernière bouée.— Je... Je sais que tu n’as pas fouillé. J’ai bien vu le stylo. C’est ma faute, j’ai laissé le cahier ou

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    TessaLe silence est revenu, mais il était chargé d’électricité, mille fois plus lourd que le vacarme du bureau en bas. Noah était dans la cuisine américaine, à peine visible derrière l’îlot, mais sa présence remplissait la pièce, intense et menaçante. Il faisait claquer des ustensiles, des gestes brusques, laissant s’échapper sa fureur par ces bruits secs.J’ai senti mes larmes se tarir, remplacées par une froide terreur. Ce n’était plus le Noah vexé, ni l’amant exigeant. C’était le Noah définitif. Celui qui avait dit : — J’en ai fini. Définitivement.Mon corps s’est mis à trembler, pas seulement de douleur, mais de peur. La peur de le perdre, cette fois pour de bon, à cause de ma propre stupidité et de mon orgueil. J’ai ramassé le fragment de journal froissé qu’il avait jeté. L’encre noire sur la feuille déchirée criait ma folie. Il avait raison. Il avait complètement raison.Je n’avais pas “juste” soupçonné. J’avais écrit mes peurs comme une accusation, sans lui laisser la chance d

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    TESSAIl m’a portée jusqu’à la salle de bain, me déposant sur la cuvette avec un manque de délicatesse volontaire. Je le sent tendu tout autant que moi, mais moi j'ai mes raisons, je ne veux pas rester chez lui, je veux ma chambre, ma colocation mon chez moi !— Tu te débrouilles. Tu m’appelles quand tu as fini. Et ne bouge pas.Il s’est tourné vers la porte, et l’a fermée, me laissant seule avec mes sanglots, mon pied endolori, et l’odeur du savon de l’hôtel. Il n’avait pas attendu derrière le mur. Il était sorti. Il se foutait complètement de mes larmes. Il était seulement concentré sur la logistique de ma survie.Quand j’ai réussi à me rhabiller, je l’ai appelé, la voix tremblante. Il est revenu immédiatement. Il m’a soulevée vers le lavabos pour que je me lave les main et ensuite il m'a ramenée vers le canapé ou j'ai repris ma place.L’humiliation de cette scène, la deuxième en quelques heures, m’a laissé un goût amer.Il s’est assis sur la table basse face à moi, comme un procureu

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    TessaL’heure d’attente qui a suivi son départ a été une torture silencieuse. Je n’étais plus qu’une douleur pulsatile enveloppée dans une couverture, fixant les reflets de la ville sur la baie vitrée. J’ai ruminé. J’ai maudit son autorité, ce baiser condescendant, cette miette d’affection jetée entre deux transactions financières pour s’assurer que sa propriété reste docile.La rage et le désespoir se sont mêlés à l’effet apaisant du paracétamol, mais rien n’a pu masquer l’humiliation qui bouillonnait en moi. Il me traitait comme une enfant, comme un meuble précieux et fragile qu’on doit garder sous clef.Plus le temps passait, plus l’urgence devenait pressante. Il était censé revenir dans une heure, mais son « heure » pouvait facilement se transformer en une heure et demie s’il décidait de faire un détour par son bureau pour reprendre un verre d’eau. Je ne pouvais plus attendre.J’ai pris la décision, rapide, irréfléchie, celle qu’il redoutait. Mon corps, depuis des heures, luttait

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