MasukTESSAJe ne sais pas exactement pourquoi j’ai composé le numéro de Dario.Ce n’était pas un plan. Pas une stratégie. Juste un geste presque automatique, un réflexe né de ce silence trop lourd qui s’est installé en moi dès que la journée s’est terminée. Je rentrais chez moi, seule, encore une fois, et l’idée de passer la soirée à ruminer m’a soudain paru insupportable.Alors j’ai appelé.Il décroche rapidement, comme s’il avait attendu.— Tessa ?Sa voix est chaleureuse, légèrement surprise, mais pas méfiante. Je me rends compte trop tard que je n’ai rien préparé à dire.— Désolée, je… je te dérange peut-être.— Pas du tout. Qu’est-ce qu’il se passe ?Je m’arrête sur le trottoir, sac sur l’épaule, voitures qui passent autour de moi. Je pourrais raccrocher. Dire que je me suis trompée. Mais je n’en ai pas envie.— Je voulais savoir si tu avais encore des séances photo prévues prochainement. J’aurais besoin de… travailler.Je choisis ce mot volontairement. Travailler. Pas voir du monde.
NOAHJe la laisse jouer son rôle.C’est ce que je me répète depuis ce matin. Je la regarde évoluer dans les couloirs, droite, concentrée, impeccablement professionnelle, et je fais comme si ça ne me touchait pas. Comme si cette indifférence qu’elle affiche n’était qu’un masque temporaire. Un jeu. Une posture.Je sais faire, moi aussi.Quand je lui parle, c’est froid. Strictement professionnel. Pas une intonation de trop, pas un mot inutile. Je lui demande un point sur un dossier, elle me répond avec efficacité. Rien à redire. Trop propre. Trop lisse.Un mur.Je m’en félicite presque. C’est ce que je voulais, non ? Que chacun reste à sa place. Que le travail ne soit pas parasité par ce qu’on a partagé. Alors pourquoi cette sensation désagréable dans la poitrine, comme un tiraillement constant que je n’arrive pas à ignorer ?Je fais semblant de travailler, mais en réalité je l’observe. Discrètement. Pas comme un homme jaloux, surtout pas. Comme un responsable qui surveille son équipe. C
TESSAJe travaille comme si de rien n’était.De l’extérieur, tout est normal. Trop normal, même. J’arrive à l’heure, badge autour du cou, démarche assurée, sourire poli prêt à être dégainé au bon moment. Personne ne voit que je fonctionne en mode survie, que chaque geste est calculé pour ne pas laisser la place au moindre débordement.Ce matin, j’ai pris le temps de me préparer.Pas par coquetterie.Pas pour lui.Pour moi.Je me suis levée plus tôt que nécessaire. J’ai choisi mes vêtements avec attention, une tenue dans laquelle je me sens à la fois professionnelle et féminine. J’ai coiffé mes cheveux soigneusement, appliqué un maquillage léger mais précis. Pas pour attirer des regards. Juste pour me regarder dans le miroir et me reconnaître. Me rappeler que je suis encore là, entière, debout.J’avais besoin de me sentir bien dans mon corps pour ne pas m’effondrer à l’intérieur.Dans l’ascenseur, j’ai observé mon reflet dans la paroi métallique. J’ai vu les cernes que je n’ai pas réus
NOAHLa porte se referme derrière elle sans claquer. Un bruit banal, presque discret, et pourtant il résonne dans l’appartement comme un coup sec. Je reste immobile sur le canapé, le mug encore chaud entre les mains, les yeux fixés sur l’écran de télévision que je ne regarde plus depuis longtemps.Les informations défilent, continues, indifférentes. Des mots, des chiffres, des visages sérieux. Le monde va bien, apparemment. Le monde avance. Ici, rien ne bouge.Je n’ai pas bougé non plus quand elle est passée devant moi. J’ai levé les yeux, j’ai attendu, et elle m’a ignoré. Pas ostensiblement. Pas avec mépris. Avec quelque chose de bien pire : une neutralité parfaite.Je serre légèrement le mug, jusqu’à sentir la chaleur me brûler la paume. Je ne lâche pas pour autant. J’ai besoin de ce point fixe, de cette sensation concrète, pour ne pas me lever et faire quelque chose d’idiot.Elle a respecté mes mots. À la lettre.Cette pensée me traverse lentement, insistante. Elle a pris ce que j’
TESSAJe passe d’abord chez moi avant d’aller à l’hôtel. Pas par attachement. Par nécessité. J’ai besoin de vêtements propres, de mes affaires, de cette douche qui me permettra de remettre un semblant d’ordre sur ce que je ressens. La nuit chez Linda m’a protégée, mais elle n’a rien réparé. Elle m’a juste permis de tenir jusqu’au matin.Quand j’ouvre la porte de l’appartement, je comprends immédiatement que Noah est là.L’odeur du café flotte dans l’air, amère, familière. La télévision est allumée, le son bas, calé sur une chaîne d’informations en continu. Les voix se succèdent, neutres, mécaniques, comme si le monde continuait à tourner normalement malgré ce qui s’est passé cette nuit.Il est assis sur le canapé.Décontracté en apparence. Un mug dans la main. Les yeux rivés sur l’écran.Il lève la tête quand j’entre.Nos regards se croisent une fraction de seconde. Juste assez pour que je voie qu’il n’a pas dormi. Les traits tirés, la mâchoire serrée, cette rigidité dans les épaule
TESSALe téléphone vibre sur la table basse et le son me fait sursauter malgré le silence paisible de l’appartement de Linda. Il est tard, la lumière est tamisée, et tout semble figé autour de moi, comme si le monde s’était arrêté alors que mon cœur, lui, continue de battre trop vite. Je sais avant même de regarder l’écran que c’est lui. Je le sais à cette tension soudaine dans ma poitrine, à cette appréhension familière qui me traverse sans me demander mon avis.Je prends le téléphone, m’assois un peu plus droit sur le canapé et inspire profondément avant d’ouvrir le message, comme si ce simple geste pouvait m’y préparer. Mais rien ne prépare à ce genre de mots.Je lis lentement. Une première fois. Puis une seconde, incapable de croire que c’est bien réel. Le ton est froid, tranchant, définitif. Il est inutile que je lui parle. Je suis une gamine. Tout est fini.Le mot me heurte de plein fouet. Gamine. Il s’impose à moi avec une violence sourde, comme une accusation que je n’ai même







