Mag-log inChapitre 60 — Le cadeau de DamianoLyraLe matin se lève, pâle et brumeux, sur les vignes endormies. Je me tiens devant la fenêtre de ma chambre, enveloppée dans un châle de laine, les yeux perdus dans ce paysage que j'ai appris à aimer. Les collines ondulent doucement, les cyprès montent vers le ciel comme des prières, les premières lumières du jour caressent les feuilles encore humides de rosée. Tout est calme, serein, presque irréel. Et pourtant, mon cœur bat trop vite, mes mains sont moites, mon ventre se serre.Aujourd'hui, je vais lui dire.Je me le répète depuis l'aube, depuis cette conversation nocturne avec Rosa, depuis ces heures de veille à tourner les mots dans ma tête. Aujourd'hui, je vais tout avouer à Damiano. Je vais lui dire que je m'appelle Lyra, que je ne suis pas Serena, que notre mariage est bâti sur un mensonge. Je vais lui dire que je l'aime, que je l'aime assez pour lui rendre sa liberté, quitte à tout perdre.Mais avant cela, il y a ce matin, ce petit-déjeuner
Chapitre 59 — La confession à RosaLyraJe descends dans la cuisine au milieu de la nuit, incapable de dormir, le ventre noué par l'angoisse et les nausées. La maison est silencieuse, plongée dans cette obscurité épaisse qui précède l'aube. Je marche pieds nus sur le carrelage froid, les mains posées sur mon ventre arrondi, comme pour protéger cette vie qui grandit en moi. La lune filtre à travers les fenêtres, dessine des ombres mouvantes sur les murs. Tout est calme, mais en moi, c'est le chaos.Rosa est dans la cuisine, assise à la grande table, une tasse de tisane devant elle. Elle m'attend. Elle attend toujours, comme si elle savait d'instinct que je viendrais, que je ne pourrais pas rester seule avec mes tourments. Elle me voit entrer, ne dit rien, me fait signe de m'asseoir. J'obéis, le cœur lourd, les larmes proches.— Vous n'arrivez pas à dormir, dit-elle.— Non. Pas cette nuit.— C'est le bébé. Il grandit. Il vous fatigue. Et puis, il y a tout le reste.Elle me regarde, ses
Chapitre 58 — Le ventre qui se voitLyraLe soir tombe sur le domaine, mais je n'ai pas trouvé le courage de parler à Damiano. Les heures ont passé, lentes, lourdes, remplies de cette angoisse qui me ronge de l'intérieur. Je me suis enfermée dans ma chambre, puis dans la bibliothèque, puis dans le jardin. J'ai tourné en rond, incapable de me fixer, incapable de penser clairement. Chaque fois que j'entendais les pas de Damiano, mon cœur s'emballait, puis se brisait quand il s'éloignait. Je ne peux pas. Pas ce soir. Pas encore.Pourtant, mon corps, lui, ne ment pas. Il porte la vérité, visible, palpable, impossible à cacher plus longtemps. Mon ventre s'arrondit, doucement mais sûrement. Les robes amples que Rosa m'a trouvées ne suffisent plus à dissimuler cette vie qui grandit en moi. Ce matin encore, en m'habillant, j'ai dû lutter pour fermer une robe qui, il y a deux semaines, flottait autour de ma taille. Rosa m'a regardée, a souri tristement, et m'a apporté une autre tenue, plus lar
Chapitre 57 — La visite de VittorioLyraJe ne m'attendais pas à le voir ici. Pas dans cette maison, pas dans ce domaine, pas au milieu de ma vie toscane. Et pourtant, il est là, debout dans le grand salon, silhouette massive vêtue d'un costume sombre, le visage marqué par les années et la colère. Mon père. Vittorio Castiel. L'homme qui m'a vendue, qui m'a giflée, qui m'a condamnée à ce mensonge. Il est venu jusqu'en Toscane, et sa présence est une menace plus grande encore que celle de Vittoria.Rosa m'a prévenue, affolée, en descendant l'escalier. Un homme demande à vous voir, Signorina. Il dit qu'il est votre père. J'ai failli m'évanouir. Mon père. Ici. Maintenant. Je me suis composé un visage, j'ai ravalé ma peur, et je suis descendue.Il se tient près de la cheminée, les mains dans le dos, le regard fixé sur les portraits des ancêtres De Luca. Il ne se retourne pas quand j'entre. Il attend que je vienne à lui, comme toujours. Il ne se déplace jamais pour personne, surtout pas pou
Chapitre 56 — La lettre de menaceLyraLe bonheur aura duré trois jours. Trois jours de douceur, d'attentions, de projets partagés. Trois jours à parler de l'enfant, à imaginer l'avenir, à se croire enfin à l'abri. Puis la lettre est arrivée.Elle était posée sur le plateau du petit-déjeuner, glissée sous la tasse de café, sans enveloppe, sans timbre. Une simple feuille de papier, pliée en quatre, avec mon nom écrit à la main : Serena De Luca. Mon nom d'emprunt, tracé d'une écriture que je ne connaissais pas, nerveuse, irrégulière.J'ai attendu d'être seule pour l'ouvrir. Damiano était déjà descendu dans les vignes, Rosa s'affairait dans la cuisine. Je me suis enfermée dans la bibliothèque, le cœur battant, les doigts tremblants. Et j'ai lu.« Tu crois que tu as gagné, mais ce n'est pas fini. Loin de là. Tu portes un enfant qui n'aurait jamais dû exister, un enfant qui portera un nom qui n'est pas le tien. Je sais qui tu es, Lyra. Je sais tout. Et bientôt, Damiano saura tout, lui auss
Chapitre 55 — L'accalmie trompeuseLyraQuatre jours. Quatre jours de calme, de silence, de paix fragile. Quatre jours que Vittoria est partie, que sa voiture a disparu au bout de l'allée, que son parfum ne flotte plus dans les couloirs. Quatre jours, et je commence à peine à respirer, à desserrer l'étau qui m'écrasait la poitrine. Mais je sais que cette accalmie est trompeuse. Je sais que Vittoria n'a pas renoncé. Elle prépare sa revanche, quelque part, dans l'ombre, et je dois rester sur mes gardes.Damiano est différent. Plus présent, plus tendre, plus attentif. Il vient me voir dans la bibliothèque, m'accompagne dans les vignes, me parle de son travail, de ses projets. Il essaie de réparer ce qui a été brisé, de recoller les morceaux de notre couple malmené. Et moi, je me laisse faire, j'accueille cette tendresse, je m'y accroche comme à une bouée. Mais au fond de moi, le doute demeure. Le mensonge demeure. Et je ne peux pas l'oublier.Ce matin, il m'a emmenée à Montepulciano. Une







