LOGINChapitre 58 — Le ventre qui se voitLyraLe soir tombe sur le domaine, mais je n'ai pas trouvé le courage de parler à Damiano. Les heures ont passé, lentes, lourdes, remplies de cette angoisse qui me ronge de l'intérieur. Je me suis enfermée dans ma chambre, puis dans la bibliothèque, puis dans le jardin. J'ai tourné en rond, incapable de me fixer, incapable de penser clairement. Chaque fois que j'entendais les pas de Damiano, mon cœur s'emballait, puis se brisait quand il s'éloignait. Je ne peux pas. Pas ce soir. Pas encore.Pourtant, mon corps, lui, ne ment pas. Il porte la vérité, visible, palpable, impossible à cacher plus longtemps. Mon ventre s'arrondit, doucement mais sûrement. Les robes amples que Rosa m'a trouvées ne suffisent plus à dissimuler cette vie qui grandit en moi. Ce matin encore, en m'habillant, j'ai dû lutter pour fermer une robe qui, il y a deux semaines, flottait autour de ma taille. Rosa m'a regardée, a souri tristement, et m'a apporté une autre tenue, plus lar
Chapitre 57 — La visite de VittorioLyraJe ne m'attendais pas à le voir ici. Pas dans cette maison, pas dans ce domaine, pas au milieu de ma vie toscane. Et pourtant, il est là, debout dans le grand salon, silhouette massive vêtue d'un costume sombre, le visage marqué par les années et la colère. Mon père. Vittorio Castiel. L'homme qui m'a vendue, qui m'a giflée, qui m'a condamnée à ce mensonge. Il est venu jusqu'en Toscane, et sa présence est une menace plus grande encore que celle de Vittoria.Rosa m'a prévenue, affolée, en descendant l'escalier. Un homme demande à vous voir, Signorina. Il dit qu'il est votre père. J'ai failli m'évanouir. Mon père. Ici. Maintenant. Je me suis composé un visage, j'ai ravalé ma peur, et je suis descendue.Il se tient près de la cheminée, les mains dans le dos, le regard fixé sur les portraits des ancêtres De Luca. Il ne se retourne pas quand j'entre. Il attend que je vienne à lui, comme toujours. Il ne se déplace jamais pour personne, surtout pas pou
Chapitre 56 — La lettre de menaceLyraLe bonheur aura duré trois jours. Trois jours de douceur, d'attentions, de projets partagés. Trois jours à parler de l'enfant, à imaginer l'avenir, à se croire enfin à l'abri. Puis la lettre est arrivée.Elle était posée sur le plateau du petit-déjeuner, glissée sous la tasse de café, sans enveloppe, sans timbre. Une simple feuille de papier, pliée en quatre, avec mon nom écrit à la main : Serena De Luca. Mon nom d'emprunt, tracé d'une écriture que je ne connaissais pas, nerveuse, irrégulière.J'ai attendu d'être seule pour l'ouvrir. Damiano était déjà descendu dans les vignes, Rosa s'affairait dans la cuisine. Je me suis enfermée dans la bibliothèque, le cœur battant, les doigts tremblants. Et j'ai lu.« Tu crois que tu as gagné, mais ce n'est pas fini. Loin de là. Tu portes un enfant qui n'aurait jamais dû exister, un enfant qui portera un nom qui n'est pas le tien. Je sais qui tu es, Lyra. Je sais tout. Et bientôt, Damiano saura tout, lui auss
Chapitre 55 — L'accalmie trompeuseLyraQuatre jours. Quatre jours de calme, de silence, de paix fragile. Quatre jours que Vittoria est partie, que sa voiture a disparu au bout de l'allée, que son parfum ne flotte plus dans les couloirs. Quatre jours, et je commence à peine à respirer, à desserrer l'étau qui m'écrasait la poitrine. Mais je sais que cette accalmie est trompeuse. Je sais que Vittoria n'a pas renoncé. Elle prépare sa revanche, quelque part, dans l'ombre, et je dois rester sur mes gardes.Damiano est différent. Plus présent, plus tendre, plus attentif. Il vient me voir dans la bibliothèque, m'accompagne dans les vignes, me parle de son travail, de ses projets. Il essaie de réparer ce qui a été brisé, de recoller les morceaux de notre couple malmené. Et moi, je me laisse faire, j'accueille cette tendresse, je m'y accroche comme à une bouée. Mais au fond de moi, le doute demeure. Le mensonge demeure. Et je ne peux pas l'oublier.Ce matin, il m'a emmenée à Montepulciano. Une
Chapitre 54 — L'expulsionDamianoJe ne dors pas. Assis dans le bureau de mon père, le collier posé devant moi, je fixe les émeraudes qui brillent sous la lampe. Ce collier, ma mère le portait les soirs de fête, quand le domaine s'illuminait et que la musique montait jusqu'aux vignes. Je le vois encore, autour de son cou, ses doigts qui le caressaient machinalement. Il est tout ce qui me reste d'elle, de sa grâce, de sa douceur. Et ce soir, il a été retrouvé sous l'oreiller de Serena.Serena. Ma femme. Celle que je croyais connaître, et qui m'échappe chaque jour un peu plus. Elle a parlé du collier à midi, comme si elle voulait attirer l'attention sur lui. Et ce soir, il a disparu, pour réapparaître dans sa chambre. C'est trop simple, trop évident. Et pourtant, je ne peux pas me résoudre à la croire coupable. Quelque chose en moi refuse, se révolte. Serena n'est pas une voleuse. Elle n'est pas capable d'une telle bassesse.Mais alors, qui ? Vittoria ? Elle était là, à midi, quand le s
Chapitre 53 — Le collier disparuLyraDeux jours ont passé depuis la scène du cellier. Deux jours de silence, de tension, de regards qui s'évitent et de sourires qui mentent. Damiano est revenu vers moi, il a tenté de réparer ce qui pouvait l'être, mais la blessure est là, profonde, et elle ne cicatrise pas. Vittoria, elle, est restée. Elle rôde dans la maison, s'installe dans les salons, se promène dans les jardins, comme si elle était chez elle. Comme si elle avait tous les droits. Et moi, je serre les dents, je ravale ma colère, je fais semblant de ne pas voir.Ce matin, Rosa m'a prise à part, dans l'office. Son visage était grave, ses mains tremblaient légèrement. Elle m'a parlé du dossier, de ce qu'elle avait trouvé dans le bureau du vieux Signor De Luca, de ces lettres, de ces relevés, de ces preuves qui accablent Vittoria. Elle m'a dit qu'elle le gardait en lieu sûr, qu'elle attendait le bon moment pour le montrer à Damiano. J'ai hoché la tête, le cœur battant, partagée entre l







