Mag-log inCHAPITRE 9 — LUCAS
Le lendemain, Lucas revint.
Je l'aperçus depuis la fenêtre de ma chambre : une voiture noire s'arrêta devant le perron, et il en sortit, vêtu d'un jean et d'une veste en cuir, l'allure décontractée d'un homme qui n'appartenait pas à ce monde de cendres et de secrets. Il leva les yeux vers ma fenêtre, et je me reculai, le cœur battant.
Il avait promis de m'aider. Mais personne ne pouvait m'aider. Pas contre Lucian.
Je descendis malgré tout, incapable de rester enfermée plus longtemps. Le hall était silencieux, les domestiques invisibles. Lucas m'attendait près de la porte, un sourire doux aux lèvres.
« Staline. Tu es pâle. Tu as dormi ? »
Je secouai la tête. Il s'approcha, me prit les mains. Ses doigts étaient chauds, rassurants.
« Il faut que tu me dises ce qui se passe. Vraiment. Je suis là pour toi. »
Sa gentillesse me fit l'effet d'une lame. Je me dégageai doucement.
« Tu ne devrais pas être ici, Lucas. »
« Pourquoi ? Parce que ton beau-frère est un taré ? »
Sa voix avait claqué, plus dure qu'à l'ordinaire. Je levai les yeux vers lui, surprise.
« Tu ne le connais pas. »
« Et toi ? Tu crois le connaître ? » Il secoua la tête, la mâchoire serrée. « Je t'ai vue hier, Staline. Tu tremblais. Tu avais l'air d'une bête traquée. Ce n'est pas toi. »
Je baissai les yeux. Il avait raison. Je n'étais plus moi. J'étais un champ de ruines.
Lucas fit un pas vers moi, baissa la voix.
« Je peux t'emmener loin d'ici. Chez moi, tu serais en sécurité. Il ne te trouverait pas. »
Je voulais y croire. Mais l'ombre de Lucian s'étendait partout, jusque dans mes veines.
« Il me trouverait. » murmurai-je.
« Alors on irait plus loin. On trouverait une solution. »
Sa main se posa sur mon bras, et je levai les yeux. Dans son regard, il y avait une tendresse ancienne, celle de l'enfance, des jeux partagés, des rires. Lucas avait toujours été mon refuge. Mais aujourd'hui, son sourire ne suffisait plus à me sauver.
Un bruit de pas résonna dans le hall.
Lucian descendait l'escalier, lentement, les mains dans les poches de son pantalon noir. Il portait une chemise blanche entrouverte, et ses cheveux sombres retombaient en désordre sur son front. Ses yeux gris se posèrent sur Lucas, puis sur moi, et je vis la tempête s'y allumer.
Il ne dit pas un mot. Il traversa le hall, chaque pas résonnant comme un coup de gong. Il s'arrêta à un mètre de nous, le regard rivé sur la main de Lucas posée sur mon bras.
« Enlève ta main. » dit-il, d'une voix basse, presque suave.
Lucas ne bougea pas. « Je parlais avec Staline. »
« Je t'ai dit d'enlever ta main. »
La tension était si épaisse que je pouvais la couper au couteau. Je me dégageai de Lucas, reculai d'un pas.
Lucian sourit, mais ce sourire n'avait rien de chaleureux.
« Tu devrais partir, Lucas. Maintenant. »
« Et si je refuse ? »
Lucian se tourna vers moi, et son regard me transperça. Puis il revint à Lucas, le toisant comme un insecte.
« Tu ne veux pas connaître la réponse. »
Lucas serra les poings. « Tu la séquestres ? Tu la menaces ? Tu crois que je vais rester sans rien faire ? »
Lucian s'avança d'un pas, réduisant l'espace. Sa voix tomba, glaciale.
« Je crois que tu vas rentrer chez toi, la fermer, et ne plus jamais revenir ici. »
Il pencha la tête, un sourire cruel aux lèvres.
« Reste loin d'elle, Lucas. C'est un conseil. Ou une menace. Choisis. »
Lucas soutint son regard, mais je vis ses épaules se tendre. Il n'était pas de taille, et il le savait. Pourtant, il ne recula pas.
« Je ne te laisserai pas la détruire. » dit-il.
Lucian éclata d'un rire sans joie.
« La détruire ? Tu ne comprends rien. Je suis la seule chose qui la maintient en vie. »
Il se tourna vers moi, et son regard s'adoucit imperceptiblement, comme une lame qui se reflète dans la brume.
« N'est-ce pas, Staline ? »
Je ne répondis pas. Ma gorge était nouée.
Lucas me regarda, attendant un signe. Mais je restai muette, paralysée par cette emprise qui me liait à Lucian malgré moi.
Finalement, Lucian fit un geste vers la porte.
« Va-t'en, Lucas. Avant que je ne te fasse regretter d'être venu. »
Il y avait dans sa voix une promesse si sombre que Lucas blêmit.
Lucas me jeta un dernier regard, impuissant, puis il recula vers la porte.
« Je reviendrai, Staline. Je te sortirai de là. »
Il sortit. La porte se referma lourdement.
Lucian se tourna vers moi, le visage impénétrable.
« Toi, tu remontes dans ta chambre. »
Je ne bougeai pas.
Il s'approcha, prit mon visage entre ses mains, et plongea ses yeux dans les miens.
« Tu m'appartiens, Staline. Ne l'oublie jamais. »
Puis il me relâcha et s'éloigna, me laissant seule dans le hall vide, le cœur en miettes et le nom de Lucas résonnant encore dans ma tête.
CHAPITRE 29 — LA GUERRE COMMENCEJe retrouvai Lucian dans le bureau de son père.Il m’avait envoyé un message quelques minutes après la scène du salon : « Attends-moi dans ma chambre. Ne bouge pas. » Mais je n’avais pas obéi. J’avais suivi la silhouette furieuse qui traversait le hall, et je m’étais glissée derrière lui jusqu’à la porte du bureau, restant dans l’ombre du couloir.La pièce était vaste, tapissée de boiseries sombres, avec une immense bibliothèque qui couvrait tout un mur. Armand était assis derrière son bureau en acajou, un verre de whisky à la main. Il n’avait pas l’air surpris de voir Lucian entrer sans frapper.« Ferme la porte, » dit-il calmement.Lucian la claqua derrière lui avec une violence qui fit trembler les murs. Je reculai d’un pas, le cœur battant.« Tu as signé un contrat avec Victor Hale sans même en parler à Staline, » attaqua Lucian, la voix vibrante de rage. « Tu savais très bien ce que cela signifiait. Tu l’as condamnée à un enfer. »Armand but une g
CHAPITRE 28 — LA VENTEJe n’ai pas dormi.Après que Lucian m’eut ramenée à ma chambre, après ses promesses murmurées dans l’obscurité, après le baiser brûlant qu’il déposa sur mon front avant de s’éclipser, je restai allongée sur mon lit, les yeux grands ouverts, à fixer le plafond. Les heures s’égrenèrent, lentes, impitoyables. Dans ma tête tournaient en boucle les mots de mon beau-père : une proposition de mariage, pour toi, Staline.Je me sentais vendue. Livrée à un inconnu comme une pièce de bétail, sans qu’on m’ait seulement demandé mon avis. Ma mère m’avait élevée dans l’idée que le mariage était un choix, pas une contrainte. Si elle me voyait aujourd’hui, enfermée dans ce manoir de marbre et de secrets, elle pleurerait de rage.Au matin, je n’eus même pas la force de descendre. Je restai sous la couette, les genoux repliés contre la poitrine, écoutant les bruits étouffés de la maison qui s’éveillait. Des pas dans le couloir, des portes qui claquent, des chuchotements. Puis, ver
CHAPITRE 27 — LE MARIAGE FAMILIALLe salon entier semblait retenir son souffle.Lucian se tenait dans l'embrasure de la porte, le visage blême de rage contenue, les poings serrés le long du corps. Son regard allait de son père à moi, comme s'il cherchait une issue à ce piège qui venait de se refermer sur nous.« Tu ne peux pas faire ça, » dit-il d'une voix sourde, menaçante.Mon beau-père, Armand Delacroix, ne cilla pas. Il se cala dans son fauteuil, croisa les jambes, et planta ses yeux froids dans ceux de son fils.« Je peux, et je vais le faire. Staline n'est pas ta sœur par le sang, mais elle porte notre nom depuis que sa mère m'a épousé. Elle a des devoirs envers cette famille, comme nous tous. »« Elle n'a rien à voir avec tes dettes ! » explosa Lucian en faisant un pas dans la pièce. « Tu ne vas pas la vendre comme une marchandise pour sauver tes affaires pourries. »Armand haussa un sourcil, un sourire mauvais aux lèvres. « Tu parles de dettes, mon fils. Mais c'est toi qui as
CHAPITRE 26 — LE RETOURLe jour se levait à peine lorsque nous reprîmes la route.Lucian conduisait en silence, les yeux rivés sur la route, le visage marqué par la fatigue et la douleur. Son épaule blessée semblait le faire souffrir, mais il ne s'en plaignait pas. Il se contentait de serrer les dents, les doigts crispés sur le volant.« On ne peut pas rentrer ensemble, dit-il finalement. Quelqu'un pourrait nous voir. »Je hochai la tête. « Je sais. Dépose-moi à l'arrêt de bus près de la grille, je finirai à pied. »Il me jeta un regard en coin. « Tu crois que je vais te laisser marcher seule après ce qui s'est passé ? »« Je crois que tu n'as pas le choix. Si on veut éviter les soupçons, il faut qu'on arrive séparément. »Il grogna, mais ne protesta pas davantage. Il se gara un peu plus loin, à l'abri d'un bosquet, et se tourna vers moi. Ses yeux étaient sombres, inquiets.« Staline, si quelqu'un te pose des questions, tu ne sais rien. Tu as passé la nuit dans ta chambre. Compris ? »
CHAPITRE 25 — LA LIBERTÉLa portière ouverte laissait entrer le froid de la nuit, mais je ne frissonnai pas. J'étais ailleurs, suspendue entre deux mondes : celui de la raison qui me criait de fuir, et celui de mon cœur qui me clouait sur place.Lucian n'avait pas bougé. Il fixait le pare-brise, les mains posées sur ses cuisses, le visage impassible. Pourtant, je percevais la tension qui irradiait de tout son être, cette retenue douloureuse, comme s'il luttait contre lui-même pour ne pas refermer la portière et m'enfermer à jamais dans sa cage.Je fis un pas. Un seul.Mon pied toucha le sol gravillonneux, et le bruit me sembla démesuré dans le silence. Je m'extirpai lentement de la voiture, le souffle court, le cœur battant à un rythme insoutenable. L'air glacé me gifla le visage, me ramenant brutalement à la réalité.J'étais dehors. Libre.La route s'étendait devant moi, sombre et déserte, bordée d'arbres décharnés dont les branches griffaient le ciel. Je fis un pas, puis un autre. C
CHAPITRE 24 — LA CONFESSIONLes mots de Lucian claquèrent dans l'habitacle comme un coup de fouet.Je restai figée, le souffle coupé, le regard plongé dans le sien. La pénombre de la nuit l'enveloppait, soulignant les contours de son visage tuméfié, la dureté de sa mâchoire, la lueur fiévreuse qui brûlait dans ses yeux.« Tu ne me crois pas ? » demandai-je d'une voix blanche.Il resserra sa main sur ma nuque, juste assez pour m'ancrer à lui, sans me faire mal. « Je crois ce que je vois. Et ce que je vois, c'est une jeune femme qui se ment à elle-même. Qui préfère les belles excuses aux vérités qui dérangent. »Je déglutis, sentant la chaleur de ses doigts se diffuser dans ma nuque. « Et quelle serait cette vérité, selon toi ? »Il se pencha encore, jusqu'à ce que son front touche presque le mien. « Que tu es venue parce que tu m'aimes. Parce que tu ne supportes pas l'idée de me perdre. Parce que je te manque, même quand je suis là. Et parce que, malgré tout ce que je t'ai fait, tu ne







