LOGINJe m’appelle Staline Fladig. Et j’ai commis l’erreur impardonnable : tomber amoureuse du diable qui dort sous le même toit que moi. Il est le fils de mon beau-père. Mon beau-frère. L’interdit absolu. Un monstre aux yeux de braise qui me dévore du regard quand personne ne regarde, qui murmure des menaces enrobées de velours noir derrière les portes closes. La nuit, il me fait trembler. Le jour, je dois sourire à notre famille recomposée comme si de rien n’était. Personne ne sait qu’il m’a volé mon premier baiser sous les combles, personne ne soupçonne l’enfer qu’il tisse autour de moi. Il m’a prévenue : « Tu es à moi, Staline. Un seul mot, et je détruis tout ce que tu aimes. » Je suis à sa merci. Prisonnière d’un désir interdit, d’une tension qui fera exploser notre famille. Il est diabolique. Il est mon bourreau. Et le pire ? Je ne suis plus sûre de vouloir qu’il s’arrête.
View MoreCHAPITRE 1 — LE MANOIR
Je n’aurais jamais dû accepter.
La grille du manoir s’est refermée derrière moi avec un claquement métallique, un bruit de prison. J’ai serré la poignée de ma valise jusqu’à blanchir mes jointures. L’allée de gravier crissait sous mes pas comme si chaque pierre me prévenait de faire demi-tour.
La bâtisse se dressait au bout, immense, noire, mangée par le lierre. Les fenêtres à meneaux luisaient d’une lumière jaunâtre, pareille à des yeux qui m’épiaient déjà. Je me sentais minuscule, une intruse dans un monde qui ne voulait pas de moi.
Mon beau-père, Edmond, m’avait envoyé une voiture. Pas un mot de bienvenue, juste un chauffeur au visage fermé et une enveloppe avec une clé. « Votre chambre est au deuxième étage, aile est. » Rien d’autre.
J’avais perdu ma mère six mois plus tôt. Depuis, je survivais dans un studio minable, enchaînant les petits boulots, refusant de demander de l’aide. Et puis Edmond avait appelé. « Tu es ma belle-fille, Staline. La famille doit rester unie. Reviens au manoir. »
La famille. Le mot sonnait faux dans sa bouche. Ma mère m’avait toujours mise en garde contre lui. « Ne lui fais jamais confiance. C’est un serpent. » Mais je n’avais nulle part où aller.
Le hall d’entrée était glacial. Un lustre en cristal pendait du plafond, ses milliers de pendeloques reflétant mon reflet brisé. Une domestique silencieuse m’a débarrassée de ma valise sans croiser mon regard. Tout sentait la cire, le vieux bois, et quelque chose d’autre, plus subtil : un parfum d’épices sombres, de cuir et de tabac.
« Mademoiselle Staline. »
La voix venait de l’escalier. Je me suis retournée.
Il se tenait là, appuyé contre la rampe, les bras croisés. Grand, large d’épaules, vêtu d’une chemise noire aux manches retroussées. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, retombaient sur son front. Mais ce sont ses yeux qui m’ont clouée sur place.
Des yeux gris, presque argentés, d’une intensité qui transperçait l’air entre nous. Il me dévisageait comme s’il lisait chaque page de ma vie, chaque secret enfoui, chaque peur.
Je le connaissais. Pas personnellement. Mais je savais qui il était.
Lucian Arnaud.
Mon beau-frère.
La rumeur disait qu’il dirigeait l’empire familial d’une main de fer, qu’il ne parlait que pour donner des ordres, qu’il n’avait jamais aimé personne. Certains murmuraient qu’il était dangereux, qu’il valait mieux ne pas croiser son chemin. D’autres, plus bas, disaient qu’il n’avait pas d’âme.
Je l’avais vu une fois, à l’enterrement de mon père. Il était resté à l’écart, silhouette noire sous la pluie, ne s’était pas approché de la tombe. Je n’avais pas oublié ce regard.
Aujourd’hui, il me regardait comme si j’étais une proie.
« Lucian, » ai-je murmuré, plus pour moi que pour lui.
Il n’a pas répondu. Il a descendu les marches lentement, sans me quitter des yeux. Chacun de ses pas résonnait dans le silence, régulier, menaçant.
Je me suis redressée. Je n’avais pas survécu à la mort de ma mère pour me laisser intimider par un homme.
« Où est mon beau-père ? » ai-je demandé d’une voix ferme.
Il s’est arrêté à deux pas de moi. Il me dépassait d’une tête. Une cicatrice fine barrait sa mâchoire, à peine visible dans la pénombre.
« Il n’est pas là. »
Sa voix était grave, veloutée, mais froide. Elle coula dans ma poitrine comme une caresse et une menace à la fois.
« Il m’a demandé de m’installer. »
« Je sais. »
Il a penché la tête, et ses yeux ont glissé de mon visage à ma gorge, puis à mes mains crispées. J’ai eu l’impression qu’il notait chaque détail, chaque frisson, chaque battement de cœur.
« Vous devriez repartir. »
Le ton n’était pas un conseil. C’était un ordre.
« Je n’ai nulle part où aller. »
« Ce n’est pas mon problème. »
J’ai serré les dents. « Votre père m’a invitée. »
« Mon père invite beaucoup de gens. Peu d’entre eux survivent à l’hiver. »
Un froid m’a parcourue. Il ne plaisantait pas. Il ne souriait pas. Il ne cillait même pas.
« Je ne suis pas venue pour subir vos menaces, Lucian. »
Il a esquissé un mouvement, à peine perceptible, comme s’il retenait un geste. Ses doigts se sont refermés brièvement sur l’air avant de se détendre.
« Ce ne sont pas des menaces. C’est un fait. »
Il s’est avancé encore, réduisant la distance entre nous. J’ai senti sa chaleur, son parfum — ce mélange de cuir, de tabac et de quelque chose de plus sombre, presque animal. Mon cœur s’est emballé, et je l’ai détesté pour ça.
« Ici, tout le monde joue un rôle, Staline. Le vôtre est déjà écrit. Et il ne vous plaît pas. »
Il a levé la main, lentement, comme s’il allait toucher mon visage. Je me suis reculée d’un pas, le dos contre la porte d’entrée.
Il a souri. Un sourire sans chaleur, un simple étirement des lèvres.
« Vous voyez ? Vous avez déjà peur. »
« Je n’ai pas peur de vous. »
« Vous devriez. »
Il s’est détourné, me laissant respirer à nouveau. Il a jeté un regard par-dessus son épaule.
« Votre chambre est prête. Ne traînez pas dans les couloirs la nuit. Les murs ont des oreilles et les portes ne se ferment pas toutes de l’intérieur. »
Puis il a disparu dans l’ombre du grand escalier, avalé par la pénombre. Je suis restée figée, le souffle court, les jambes tremblantes.
La domestique est revenue, visage impassible.
« Mademoiselle ? Votre chambre. »
Je l’ai suivie dans un état second. Le couloir de l’aile est était long, étroit, tapissé de portraits aux regards sévères. Ma valise m’attendait près d’un lit à baldaquin, dans une chambre immense qui sentait la poussière et la lavande fanée.
La femme a allumé une lampe, a murmuré un « bonsoir » mécanique et s’est éclipsée.
Je me suis assise sur le lit. Le silence était écrasant. Dehors, le vent s’était levé, faisant grincer les volets. Et malgré le froid, je sentais encore cette chaleur étrange sur ma peau, comme une empreinte invisible.
Il avait raison. Je n’aurais jamais dû venir.
Mais il était trop tard.
J’ai ouvert ma valise, en ai sorti une photo de ma mère. Son sourire, sa douceur. « Courage, ma fille. » murmurait-elle dans mes souvenirs.
La lampe a vacillé.
Je me suis levée pour fermer les rideaux. C’est là que je l’ai vue.
Une ombre sur la pelouse, à la lisière des arbres. Immobile. Les mains dans les poches. La tête levée vers ma fenêtre.
Lucian.
Il m’observait.
Et dans le silence de la nuit, une phrase m’est revenue, glaciale, prononcée d’une voix que je n’oublierais jamais.
« Tu n’aurais jamais dû venir vivre ici. »
CHAPITRE 10 — LA JALOUSIEJe n'ai pas remonté dans ma chambre.Je suis restée là, debout au milieu du hall, à fixer la porte par laquelle Lucas venait de disparaître. Son parfum flottait encore, un mélange de vétiver et de liberté. Mais la voix de Lucian résonnait en moi comme un glas : Tu m'appartiens.La colère monta, lentement, irrépressible. Je n'appartenais à personne. Ni à Lucian, ni à cette maison, ni à ce monde de mensonges. J'étais Staline. Et j'avais survécu à pire que lui.Je tournai les talons et me dirigeai vers l'aile est, là où se trouvait le bureau de Lucian. Je savais qu'il y passerait la journée. Il fallait que je lui parle, que je mette les choses au clair.La porte du bureau était entrouverte. Je la poussai sans frapper.Lucian était assis derrière un immense bureau en acajou, les coudes posés sur des dossiers étalés. Il leva les yeux à mon entrée, et son regard s'assombrit.« Tu devrais être dans ta chambre. »« Je ne suis pas ta prisonnière. »Il se leva lentemen
CHAPITRE 9 — LUCASLe lendemain, Lucas revint.Je l'aperçus depuis la fenêtre de ma chambre : une voiture noire s'arrêta devant le perron, et il en sortit, vêtu d'un jean et d'une veste en cuir, l'allure décontractée d'un homme qui n'appartenait pas à ce monde de cendres et de secrets. Il leva les yeux vers ma fenêtre, et je me reculai, le cœur battant.Il avait promis de m'aider. Mais personne ne pouvait m'aider. Pas contre Lucian.Je descendis malgré tout, incapable de rester enfermée plus longtemps. Le hall était silencieux, les domestiques invisibles. Lucas m'attendait près de la porte, un sourire doux aux lèvres.« Staline. Tu es pâle. Tu as dormi ? »Je secouai la tête. Il s'approcha, me prit les mains. Ses doigts étaient chauds, rassurants.« Il faut que tu me dises ce qui se passe. Vraiment. Je suis là pour toi. »Sa gentillesse me fit l'effet d'une lame. Je me dégageai doucement.« Tu ne devrais pas être ici, Lucas. »« Pourquoi ? Parce que ton beau-frère est un taré ? »Sa v
CHAPITRE 8 — LE SECRETJe n'ai pas dormi.La photo était posée sur ma table de chevet, comme une preuve accablante. Je la regardais sans la voir, les mots de Lucian tournant en boucle dans ma tête : Je te surveillais avant même de savoir que tu serais ma famille.Qu'est-ce que cela signifiait ? Comment pouvait-il me surveiller avant ? Nous ne nous étions jamais rencontrés, du moins pas avant l'enterrement de mon père. Ma mère ne m'avait jamais parlé de lui. Alors d'où venait cette obsession ?L'aube me trouva assise sur le rebord de la fenêtre, les genoux contre la poitrine, épuisée et pourtant incapable de rester en place. Il fallait que je sache. Il fallait qu'il réponde.Je me levai, enfilai une veste, et sortis de ma chambre.Le manoir s'éveillait à peine. Les domestiques s'affairaient dans les cuisines, le bruit des casseroles montait par les couloirs. Je cherchais Lucian.Je le trouvai dans la serre.Il était là, debout devant les rosiers, le dos tourné, les mains dans les poche
CHAPITRE 7 — LA PHOTOLe goût de Lucian était encore sur mes lèvres, comme une brûlure qui refusait de s'éteindre.Il m'avait laissée là, dans mon lit défait, le souffle court, le corps en miettes. J'aurais dû le détester. Mais ce n'était pas de la haine qui me faisait trembler.Je me levai d'un bond, arrachai les draps, ouvris la fenêtre. L'air froid me gifla, mais il ne calma rien. La chambre sentait lui — ce parfum de cuir, de tabac, d'interdit.Je m'habillai en hâte, comme si les vêtements pouvaient me protéger. Puis je restai debout au milieu de la pièce, désœuvrée, les pensées en chaos. Il fallait que je comprenne. Que je sache jusqu'où allait cette obsession.La maison était silencieuse. Je descendis l'escalier, traversai le hall, évitai les domestiques. Mes pas me portèrent vers l'aile ouest, là où se trouvait la chambre de Lucian. Je le savais parce que je l'avais entendu y entrer, une nuit, après l'avoir suivi.La porte était fermée, mais pas verrouillée. Je la poussai lente


















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