Mag-log inPOV d’AdelineLes portes du train claquent derrière moi, et une vague de chaleur remplace le froid du quai collé à mon manteau. Les écouteurs de quelqu’un laissent filtrer une version grésillante de « Sleigh Ride » trois sièges plus loin. Un gamin plaque son visage contre la vitre de l’autre côté de l’allée, comptant le minuscule sapin artificiel en équilibre sur les genoux de sa mère.Je m’accroche à la barre au-dessus de moi et trouve un endroit où me tenir, bottes calées contre le balancement de la voiture, écharpe rentrée dans un manteau qui fait un bien moins bon travail que les tailleurs de Colette. Des sacs de courses encombrent chaque espace libre, rubans et paquets emballés qui dépassent entre les épaules.Tout le monde dans ce train va quelque part de chaud.Je vérifie l’heure sur mon téléphone par habitude, le pouce glissant sur l’écran de verrouillage, puis je m’arrête.Six heures quinze.Pendant trois semaines, six heures quinze signifiait une voiture devant mon immeuble,
POV d’AdelineLa basse cogne contre l’eau avant même que le yacht n’apparaisse, le son roulant le long du quai par vagues qui atteignent ma poitrine une demi-seconde après que mes oreilles l’enregistrent. Julian amène la voiture le long de la jetée, et la portière s’ouvre sur le sel et le vent, la rafale qui s’empare de mon manteau comme s’il attendait toute la soirée son heure.Des lumières s’étirent de rambarde en rambarde, or contre un ciel devenu noir, des tours de champagne captant la lueur depuis trente pieds. Je grimpe la passerelle en talons qui n’ont jamais été conçus pour les bateaux, une main fermement accrochée à la rambarde, l’autre serrant mon manteau pendant que le vent tente de me l’arracher purement et simplement des épaules.Albert monte à côté de moi, son manteau bougeant à peine malgré les mêmes rafales qui s’acharnent à me dénuder.Typique.« Rossi ! » La voix d’Antonio tonne à travers le pont, tirant Albert dans une poignée de main qui l’entraîne d’un demi-pas de
POV d’AdelineLe vent gravit la colline devant moi, tire sur les plis de ma jupe et menace de révéler exactement à quel point mon sous-vêtement n’est pas cher. Je plante le club de golf dans l’herbe, m’en sers d’appui, et me hisse le long de la pente, les talons de mes chaussures de golf s’enfonçant dans un sol qui ressemble plus à un tapis qu’à de la terre.De l’herbe de riches.Je m’accroupis et passe la paume sur une touffe. Les brins sont tous à la même hauteur, taillés avec une précision qui me démange la poitrine. La boue n’existe pas ici. Les mauvaises herbes ont apparemment été interdites sur la propriété. Aucun pissenlit n’ose exister. Quelqu’un paie un autre être humain pour s’assurer que cette herbe n’a jamais un mauvais jour, et je suis debout dessus dans une jupe qui a coûté plus cher que mon dernier loyer.L’air de décembre mord à travers le tissu, et je tire l’ourlet vers le bas pour ce qui doit bien être la centième fois depuis que Julian m’a déposée au club-house. Mon
POV d’AlbertManhattan rampe sous les fenêtres dans sa grille habituelle de mouvements, le trafic s’insinuant entre les tours tandis que je reste assis avec le rapport de Matteo ouvert sur le bureau, l’homme du parking réduit à une pile de clichés granuleux et un nom que nous n’arrivons toujours pas à confirmer. Mon café a refroidi à côté des pages. Je ne m’en suis rendu compte que maintenant.La porte s’ouvre sans frapper, et Adeline entre comme si le bureau lui appartenait plus qu’à moi, un café dans une main, une pile de ses propres notes écrasée sous l’autre bras.« Tes dîners sont hostiles. »Je ne lève pas les yeux tout de suite. « Bonjour à toi aussi. »Elle laisse tomber ses notes sur la chaise en face de mon bureau, rate complètement le siège, les papiers glissant à moitié sur le sol avant qu’elle décide que c’est très bien et les laisse là. « Je suis sérieuse. Je croyais aller à un dîner. Je ne savais pas que je m’étais inscrite à un oral de trois heures mené par des gens qu
POV d’AlbertUne lame s’enfonce dans le cadre doré de l’autre côté de la pièce avant même que je me sois installé dans mon fauteuil, se plantant pile au centre de l’œil d’un ancêtre Rockefeller que personne dans cet hôtel n’a pris la peine d’identifier.Vivian n’a pas l’air particulièrement fière du tir. Elle traverse la pièce d’un pas tranquille, talons à peine audibles sur le tapis, et arrache le couteau d’un coup de poignet.« Ils ne devraient vraiment pas laisser l’argenterie de qualité à disposition. » Elle revient vers la table, la lame tournoyant une fois entre ses doigts avant de s’asseoir en face de moi. « Ça encourage les mauvaises habitudes. »Manhattan s’étend derrière elle à travers la paroi de verre, quarante étages plus bas, l’or et le rouge qui se fondent dans la grille de la ville. Des bougies brûlent bas le long de la table et de lourds rideaux attendent, tirés pour l’instant, prêts à sceller l’espace dès que le personnel aura terminé son dernier passage.La sécurité
POV d’AlbertLa portière se referme derrière moi et Julian s’engage dans le trafic sans attendre d’instruction, le café qui rétrécit dans le rétroviseur latéral tandis que je m’installe sur le siège et cherche ma manchette par habitude.« Petit ami ? » Les yeux de Julian se dirigent vers le rétroviseur, de l’amusement filtré dans le mot unique.Je ne réponds pas tout de suite. Par la vitre, Adeline se tient sur le trottoir dans ce tablier, la tache de café marquant encore le tissu près de sa hanche, son chignon qui se défait d’un côté là où elle a dû tirer dessus pendant son service. La peau sous ses yeux paraît plus lourde qu’hier, et les mèches lâches autour de son visage rendent évident que le chignon n’a pas survécu au service. Ses bras se croisent, puis se décroisent, ses mains semblant ne plus savoir où se poser maintenant que je ne suis plus debout devant elle.Puis sa bouche s’incurve, sans défense, à la seconde où elle croit que personne ne regarde.Elle se reprend une demi-r







