VINCEJe n’avais jamais eu peur de la mort. Ni de la mienne, ni de celle des autres. Dans mon monde, la faucheuse est une compagne de lit, une ombre familière qui s’assoit à votre table chaque soir, partageant votre pain et votre vin avant de faucher l’un de vos hommes. Mais alors que je regardais Sofia, étendue sur ce lit immense, sa peau de porcelaine devenue translucide sous l’effet d’une fièvre dévastatrice, j’ai ressenti quelque chose que je n’avais pas éprouvé depuis des années : de la terreur. Une terreur froide, viscérale, qui m’a glacé le sang plus sûrement que le canon d’un fusil pressé contre ma tempe.Elle était là, minuscule, perdue dans l’immensité de mes draps de soie noire, luttant pour chaque inspiration comme si l’air lui-même était devenu un luxe qu’elle ne pouvait plus s’offrir. Ses lèvres, habituellement si provocantes, si pleines de cette insolence qui me rendait fou, étaient gercées et exsangues. Ses paupières tremblaient sur des rêves sombres, des territoires o
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