Chapitre 94CaméliaJe referme le journal, et mes mains retombent sur mes genoux, inertes, comme si elles n'avaient plus la force de porter le poids de ce que je viens de lire. Le cuir usé de la couverture est doux sous mes doigts, usé par les années, par les mains d'Hélène qui l'ont tenu avant moi, par les larmes qu'elle a versées sur ces pages. Les larmes coulent sur mes joues, silencieuses, brûlantes, et je ne les essuie pas. Je ne peux pas les essuyer. Elles roulent jusqu'à mes lèvres, et je goûte leur sel, ce sel qui est le même que celui des larmes d'Hélène, versées il y a vingt ans dans cette même chambre, sur ce même parquet.Elles coulent pour Hélène, cette femme que je n'ai jamais connue, dont j'ai seulement vu le portrait sur la cheminée, cette femme aux yeux gris et au sourire triste qui ressemblait tant à son fils. Cette femme qui a vécu l'enfer dans cette maison, qui a été enfermée dans cette aile comme une prisonnière, qui a été privée de lumière, de liberté, de bonheur
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