Quelques heures plus tard, je suis encore à l'hôpital. Manon va mieux, elle se repose. Moi, je ne peux pas partir. Je rôde dans les couloirs comme une âme en peine, habité par la caresse de sa paume, par la vibration de son pouls sous mes doigts. La sensation est si prégnante que j'en ai des vertiges. Je cherche un café, un coin sombre, un peu de solitude pour savourer ma victoire.Je m'engage dans un couloir latéral, mal éclairé, qui mène à une zone de stockage temporaire. Des chariots de linge sale, des piles de draps, une odeur de lessive et de renfermé. Et soudain, je le vois.Raphaël est là, adossé au mur, à moitié caché par un chariot de produits ménagers. Il a sa blouse froissée, sa cravate de travers. Il tient le pinceau dans sa main droite, et il le regarde fixement, comme hypnotisé. Il ne m'a pas vu arriver. Il est perdu dans sa contemplation, vulnérable, loin du monde. Un prédateur tapi, mais un prédateur blessé, qui lèche ses plaies.
Last Updated : 2026-06-28 Read more