AliceLe printemps est venu, et il a menti.Je devais partir il y a un mois. Le col des Chèvres Blanches est praticable depuis trois semaines. Mon baluchon est prêt , il est prêt depuis le lendemain matin de la nuit sale, ce matin où j'ai déchiré l'esquisse du loup et jeté les confettis par la fenêtre. J'ai plié une tunique, deux jupons, des bas, un peigne, un couteau, quelques pièces qu'Elias a insisté pour glisser sous mes chemises. J'ai roulé une couverture. J'ai enveloppé trois pinceaux dans un chiffon huilé. J'ai fait un baluchon compact, bien serré, prêt à être hissé sur une épaule.Il est toujours là, sur la chaise de ma chambre, à attendre.Chaque matin, je le regarde. Chaque matin, je me dis : aujourd'hui. Chaque soir, je ne suis pas partie.Ce n'est pas de la lâcheté. Ce n'est pas non plus de la nostalgie. C'est autre chose. C'est une lassitude si profonde qu'elle me fait rester assise devant le chevalet à ne rien peindre pendant des heures. La nuit sale a laissé quelque cho
Last Updated : 2026-08-11 Read more